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Valorisation des surfaces en herbe
De la viande bovine dans les systèmes laitiers

Jusqu’en 2006, date du découplage des primes viande bovine, la valorisation par des bœufs des surfaces non labourables était la solution la plus simple et souvent la plus rentable. Aujourd’hui, les solutions sont plus ouvertes mais la souplesse de mise en place et le niveau des marges demeurent les éléments principaux du choix.
En dehors de la vache allaitante primée qui reste la meilleure solution en terme de marge brute, les autres productions de viande bovine que ce soit les vaches allaitantes non primées, les bœufs et génisses de viande, dégagent des niveaux de marge de l’ordre de 300 à 700 euros/ha selon le niveau d’intensification. Bien que ces marges soient modestes, la production de bovin viande à l’herbe est souvent la solution à la valorisation des prairies non labourables et non accessibles au troupeau laitier.

Le plus simple reste le bœuf
Bien que le potentiel de croissance et de conformation des veaux laitiers est le plus souvent limité, produire des bœufs avec les mâles nés sur l’exploitation permet tout d’abord de valoriser les veaux pas chers en fin d’été. L’achat de veaux ou de broutards d’un meilleur potentiel améliore la marge mais accroît les risques sanitaires liés à l’introduction de bovins. Par ailleurs, la pratique du croisement sur laitières autorise de meilleures performances mais elle ne doit en aucun cas pénaliser la marge lait.
Selon les régimes alimentaires, les bœufs peuvent être produits à 24-30 mois ou à 30-34 mois.
Quelle que soit la conduite retenue (ensilage d’herbe ou foin, finition à l’auge ou à l’herbe), la rentabilité est directement conditionnée par la maîtrise du coût alimentaire. Celui-ci passe par une conduite raisonnée des pâtures et la réduction des coûts de complémentation en hiver pour profiter au mieux des croissances compensatrices à l’herbe.
Par ailleurs, pour améliorer la marge commerciale, il est important d’élever quand les veaux ne sont pas chers, mais aussi, de vendre en dehors des baisses de prix saisonnières. A classement égal, le prix des bœufs est pratiquement celui des vaches de réforme. C’est pourquoi il est préférable de les vendre en été. Cela revient à s’organiser pour vendre à partir de juin les bœufs finis à l’herbe à savoir dès que l’épiaison des pâtures est bien maîtrisée. Pour les bœufs finis à l’auge, ils pourront rester à “nettoyer” les parcelles jusqu’en fin d’année puis commencer tardivement leur phase de finition pour être vendu en fin d’hiver. Dans tous les cas, il est commercialement important de maîtriser leur état d’engraissement.
La production de bœufs et génisses de viande est, par ailleurs, complémentaire de la production laitière. La souplesse de conduite de ces bovins viande permet de les utiliser pour pâturer les excédents d’herbe des prairies du troupeau laitier, et d’améliorer ainsi la qualité et le rendement de ces prairies.

La vache allaitante : un deuxième métier
La production de vaches allaitantes non primées permet de dégager des marges supérieures à la production de bœufs, au moins quand les broutards se commercialisent à un prix correct. Ce différentiel de marge est cependant faible au regard du travail et de la technicité qu’exigent cette production.
Tout d’abord, constituer un troupeau allaitant est une vraie aventure. Choisir la race, acheter les bons reproducteurs, éviter les problèmes sanitaires et d’adaptation, décider des orientations génétiques, sont autant de questions qui nécessitent une réflexion approfondie.
Ensuite, une fois le troupeau constitué, son suivi doit être rigoureux pour atteindre l’objectif d’un veau sevré par an et par vache. La surveillance des animaux doit être renforcée au moment de la mise à la reproduction et autour du vêlage. Elle doit s’inscrire dans une organisation du travail bien raisonnée.
Le produit d’une vache allaitante est faible puisqu’il représente le tiers de celui d’une vache laitière. Il est donc nécessaire de maîtriser les charges, et d’abord, la charge alimentaire. Cela passe par le choix d’une période de vêlage en cohérence avec le potentiel des prairies et la disponibilité en bâtiments. La maîtrise du coût alimentaire est aussi le résultat d’une conduite performante des prairies et d’un rationnement hivernal adapté. En règle générale, les éleveurs laitiers suralimentent les allaitantes. Il ne faut pas oublier qu’une vache allaitante en plein “pic de lactation” produit 6 à 8 litres de lait. Dans ces conditions, le maïs n’a pas sa place, et les bons ensilages d’herbe doivent être le plus souvent rationnés.

Le pire serait de gaspiller l’herbe
Même si le niveau des marges viande bovine est peu attractif, c’est souvent un passage obligé dans les systèmes laitiers avec des excédents d’herbe importants. Une valorisation de toute la matière sèche produite sur l’exploitation est gage de produit et donc de revenu. Le bovin viande permet cette valorisation.
La production de viande bovine à l’herbe ne doit cependant pas générer d’investissements lourds en équipement matériel et bâtiment. Elle doit être raisonnée globalement, les aspects travail, fiscalité, environnement, sanitaire font partie de la réflexion.
Chambre d'Agriculture de la Manche
jcdorenlor@manche.chambagri.fr
www.manche.chambagri.fr

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