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Dealer d’ensileuses

Seconde édition de la fête de l’ensilage à l’ancienne le dimanche 14 septembre à Chaulieu (Manche). Rencontre avec Jacques Lebaudy, fondateur de la concession qui porte son nom, dealer et leader d’ensileuses !

Lebaudy/John Deere : un attelage et une référence mondiale dans le microcosme de l’ensileuse automotrice. L’aventure a démarré le 1er septembre 1963, à Lonlay-l’Abbaye (Orne), dans un modeste 150 m2 avec des tracteurs Porsche en devanture. Mais en 1964, Jacques Lebaudy, en signant son premier contrat avec la CFJD (Compagnie Française John Deere), scelle son destin avec un géant américain. En y ajoutant une qualité de SAV (Service Après Vente) irréprochable, notre concessionnaire ornais va devenir en quelques années dealer et leader de l’ensileuse automotrice.

Première traînée en 1967
C’est en 1967 que Jacques Lebaudy vend sa première ensileuse : une JD 34 traînée 2 rangs tractée par un JD 710 de 56 cv. A l’époque, New Holland, notamment avec sa 717, occupe le leader ship. Mais grâce à son SAV et à sa réputation naissante, la maison Lebaudy va prendre le marché sur son “petit secteur”. Un marché d’une dizaine d’unités par an. “On a d’abord vendu des un rang qui convenaient à des tracteurs développant 50 à 60 cv”. Puis sont arrivés les modèles deux rangs. Mais les tracteurs manquaient alors de puissance. Il a donc fallu innover “en montant des moteurs auxiliaires, se souvient Jacques Lebaudy. D’abord des moteurs de camion de 100 cv, récupérés à la casse, ça ne coûtait pas cher mais ça ne tenait pas. Ensuite,  on est passé au moteur neuf John Deere, plus cher mais fiable”.
Les clients de l’époque ? Quelques grosses CUMA (dont celles de Lonlay-le-Tesson et de Bellou-en-Houlme) et une demi-dizaine d’entrepreneurs de travaux agricoles, des pionniers. Mais si le moteur auxiliaire compense quelque peu le manque de puissance, l’ensileuse traînée impose le détourage des parcelles de maïs.

Première automotrice en 1973
C’est alors qu’en septembre 1972, John Deere annonce la sortie de deux automotrices (la 5200 de 140 cv pour 120 000 F et la 5400 de 210 cv pour 150 000 F) avec démonstration à l’appui dans le Grand Ouest. “Je n’y croyais pas, reconnaît humblement aujourd’hui Jacques Lebaudy. Trop puissant, trop cher...” Nonobstant, il embarque dans sa voiture 3 entrepreneurs pour jauger la bête dans les Côtes du Nord (Côtes d’Armor depuis). Quelques jours plus tard, 3 bons de commandes sont signés auxquels s’ajoute une 4e vente à mettre à l’actif de Joseph Dubois, vendeur historique de la concession Lebaudy. Botte secrète de ce démarrage sur les chapeaux de roues : les délais de livraison. John Deere a prévu de livrer 12 machines en France pour la saison 73. Lebaudy, sans se poser de questions, se taille la part du lion (33 %). En face chez le concurrent, New Holland, il faut patienter 18 mois. Une éternité pour un entrepreneur qui veut se démarquer. “L’année suivante est encore meilleure avec 9 ventes mais je pensais alors avoir fait le tour des ETA capables d’investir dans ce type de machines”, se souvient Jacques Lebaudy. Contrairement à toute attente, le marché va se tenir et se stabiliser aux alentours d’une dizaine de ventes par an.
Un marché sur lequel les constructeurs se bagarrent à coups de nouveautés. 1975: New Holland reprend des couleurs avec son détecteur de métal. John Deere n’y répond qu’en 1982 avec sa gamme 5720 et 5820. En plus du détecteur de métal, le constructeur ajoute l’éclateur de grains et un nouveau bec 4 rangs convergents. 400 exemplaires sont livrés dans le monde la première année dont 38 dans la cour de Lonlay-l’Abbaye.

Les Américains s’interrogent
Les Américains s’interrogent d’ailleurs. “Comment un petit distributeur français, coincé dans une région de petites exploitations, peut-il commercialiser autant d’automotrices alors qu’eux-mêmes n’en vendent pas aux USA, continent où les traînées 3 et 4 rangs sont légion ?” Les cadres dirigeants de chez John Deere viendront en Normandie consulter Jacques Lebaudy pour comprendre. La réponse est simple : le manque de puissance des tracteurs français et de petites parcelles bocagères qu’il faut détourer. Outre Atlantique, la puissance est surabondante et l’accessibilité des tours de champs ne pose pas de problème. Dernier élément : les CUMA n’existent pas aux USA et les entrepreneurs de travaux agricoles sont très rares. Ainsi donc, même si les exploitations américains sont grandes, elles ne disposent pas de surfaces en maïs fourrage suffisantes pour investir dans une automotrice. Ou alors d’occasion. C’est un autre savoir-faire de la maison Lebaudy. On achète des machines neuves “made in USA” pour les revendre là bas d’occasion quelques années plus tard. Et pas seulement aux Etats-Unis puisque la concession exporte désormais dans plus de 25 pays au monde.
John Deere poursuit sa marche en avant avec un bec 6 rangs en 1986. “Faut-il penser au 8 rangs ?”, s’interrogent les américains. “Bien sûr”, leur répond Jacques. Dans cette course à la puissance, il y a pourtant des limites, juge notre concessionnaire. “C’est le code de la route français et européen qui vont devenir les facteurs limitants. Nous serons bloqués en largeur sur les routes”. En attendant, et même si l’activité ensileuse n’a représenté au plus que 15 % du chiffre d’affaires annuel de la boutique, Jacques Lebaudy avoue que “ma foi dans l’ensileuse automotrice explique l’essentiel de ma réussite professionnelle”. Nul doute qu’il a fait passer le message à son successeur, Xavier Lebaudy.

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