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Troupeau allaitant
Des récoltes de printemps insuffisantes et à compenser

Le printemps froid, puis sec a pénalisé les rendements des prairies. Les éleveurs allaitants évoquent le plus souvent des baisses de rendement sur les premières fauches de l’ordre de 50 % par rapport à une année normale. De plus, certains éleveurs ont fait pâturer des surfaces initialement prévues être fauchées. Cette sécheresse printanière aura des répercussions fortes sur cette campagne et principalement dans les systèmes allaitants qui sont, par nature, très herbagers.

La première chose à faire à cette saison est d’évaluer objectivement la quantité de fourrage qui va manquer à l’entrée de l’hiver.
Avec une pluviométrie plus favorable début juin au moins dans certaines zones, les pâtures sont aujourd’hui de bonne qualité et parfois en quantité suffisante.
La faible pousse d’herbe au printemps a permis chez les éleveurs qui n’ont pas l’habitude de faire pâturer ras les animaux, de bien maîtriser l’épiaison et d’avoir aujourd’hui des pâtures de qualité qui auront une bonne productivité si la pluviométrie estivale est correcte. “A quelque chose, malheur est bon…”.
En revanche, la baisse des récoltes doit être compensée. Plusieurs stratégies s’offrent aux éleveurs.

Augmenter la fertilisation azotée
Si la pluviométrie est suffisante, un apport sous forme d’ammonitrate de 30 ou 40 unités/ha sur les meilleures prairies pâturées ou récoltées augmentera le rendement de l’ordre de 0,7 à 1 tonne de matière sèche par hectare. Cette production sera utile pour une seconde coupe et pour éventuellement allonger le temps de pâture en arrière saison si les conditions sont bonnes.

Anticiper les réformes des animaux
Commercialement, cette stratégie est souvent gagnante en période normale. Les cours des bœufs, génisses de viande et des vaches de réforme sont proches de leur meilleur niveau à cette saison et connaissent, le plus souvent, une baisse saisonnière en automne.
En situation de déficit fourrager, vendre en début d’été génère une économie de 300 à 400 kg de matière sèche par gros bovin et par mois. Si les animaux prévus être vendus sont déjà en bon état, rien ne sert d’attendre, les croissances sont souvent modestes en cette saison. Cependant, pour les bovins manquant d’état une complémentation de 2 ou 3 kg de concentré type céréale ou pulpe, si la disponibilité en herbe est correcte, permettra d’avancer d’un mois ou deux la vente.

Sevrer précocement
Les broutards nés cet hiver n’ont pas, en règle générale, souffert de la sécheresse. Envisager le sevrage précoce de ceux-ci permet d’une part de vendre précocement les vaches vides ou
prévues à la réforme, et éventuellement de réduire la consommation d’herbe des vaches taries les plus en état en leur distribuant  un tiers de ration de paille. A l’échelle d’un troupeau d’une cinquantaine de vaches, la réforme anticipée des vaches et le sevrage précoce des veaux économiseront une dizaine de tonnes d’herbe pour assurer une seconde coupe.
Le sevrage des veaux peut s’envisager à compter de 5 ou 6 mois. Cela nécessite cependant qu’ils consomment avant sevrage 1,5 à 2 kg de concentré par jour. Après le sevrage, la complémentation sera maintenue si les broutards(es) restent en pâture. Si l’option de distribuer de la paille est envisagée, elle sera plutôt réservée aux mâles destinés à la vente et la complémentation sera alors augmentée à 3 ou 4 kg par jour.

Allonger le temps de pâture en arrière saison
Si ces secondes coupes ne suffisent pas à combler le déficit, il est possible d’envisager, si cela n’est pas l’habitude, d’allonger la durée de pâturage en arrière saison. Si les conditions d’un pâturage tardif sont réunies (parcelles portantes avec abris naturels), l’économie par vache et par mois de pâture supplémentaire est de  300 kg de foin et 150 kg paille.
Le pâturage tardif est d’autant plus intéressant qu’il est bénéfique sur le rendement, la qualité et la précocité de la prairie l’année suivante. Effectivement, le nettoyage des parcelles en arrière saison favorise une reprise précoce de la végétation au printemps et le tallage des graminées. C’est aussi un moyen d’assurer une mise à l’herbe précoce des animaux au printemps prochain et ainsi de réduire les besoins hivernaux.

Penser aux dérobées
Pour les éleveurs qui ont des céréales, il est possible d’envisager dès la récolte des céréales l’implantation d’une dérobée (RGI, colza, sorgho fourrager) qui, pâturée ou ensilée à l’automne, permet de récupérer quelques tonnes de matière sèche à l’hectare. Cependant, il est nécessaire qu’il pleuve pour assurer une bonne levée.
L’ensilage de céréales immatures est aussi une solution pour pallier à la baisse de stocks. Ce fourrage présente de faibles valeurs alimentaires, non compatibles pour faire de l’engraissement mais adaptées à l’alimentation des allaitantes. Sur la base de 8,5 t de matière sèche par hectare après la  prise en compte des pertes pour un rendement objectif de 60 qx par hectare, il est important de s’interroger sur la pertinence de cette stratégie. Ensiler une céréale immature revient à se priver d’un produit de 800 à 1 000 € par hectare de céréales selon les opportunités sur le prix de la paille. Dans les zones où la paille est chère et quand les éleveurs sont organisés pour valoriser à la ferme les céréales produites, ce produit permet d’acheter des fourrages d’utilisation plus facile. Le principal avantage de l’ensilage de céréales immatures est  de pouvoir réaliser une implantation très précoce de dérobée.

Acheter si nécessaire
Au moins dans les situations les plus tendues, ces différentes solutions développées ne suffiront pas à combler le déficit fourrager de printemps. Certains éleveurs devront se résoudre à acheter des aliments, fourrages ou concentrés et cela  même si la pénurie risque de faire augmenter les prix.
Tout d’abord, il est nécessaire de faire un état des lieux des récoltes faites et des besoins pour évaluer le type de fourrage ou de concentré à acheter. En système allaitant, le plus simple est d’acheter du foin ou de la paille, qui avec plus ou moins de concentré sont adaptés à l’alimentation des vaches et des génisses. Le concentré pourra être, soit des céréales ou des protéagineux achetés à la récolte, du corn gluten feed, de la pulpe ou encore des tourteaux ou des drèches pour l’équilibre des rations. De plus, selon les régions, il existe aussi des disponibilités en coproduits humides : pulpes et drèches diverses, légumes… La variabilité de la qualité des co produits et la volatilité des cours des matières premières amènent les utilisateurs à rester toujours vigilants sur la qualité des produits, sur les prix et les modalités de livraison. Pour ces produits, les coûts d’approche, de stockage et de distribution doivent être bien cernés, ainsi que les teneurs en matière sèche et les pertes attendues. Pour les produits humides, les pertes sont estimées entres 10 % et 25 % selon les produits. Outre les prix d’équivalence indiqués à titre indicatif dans le tableau joint, c’est le coût final de la ration et  la facilité d’utilisation des aliments qui feront la décision.
Dans ces systèmes naisseurs engraisseurs de taurillons avec du maïs fourrage, il est possible de prévoir d’affecter une partie du maïs ensilage aux troupeaux allaitants. Cependant, cela ne doit pas se faire au détriment de l’engraissement, d’une part parce que toutes ruptures de stocks en engraissement de taurillons est dommageable au niveau des
performances de croissance et d’autre part, parce que le maïs ensilage n’est pas adapté à l’alimentation des troupeaux allaitants, à moins d’être rationné et correctement complémenté.

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