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Production vache allaitante
Des résultats toujours modestes pour les naisseurs herbagers

L’analyse conduite par les réseaux d’élevage viande bovine de Normandie sur 19 exploitations spécialisées en vache allaitante souligne la sensibilité de ces systèmes face aux soubresauts de la conjoncture viande bovine et l’importance des évolutions à venir concernant les aides.

Sur 3 ans, l’excédent brut d’exploitation est en moyenne de 44 000 €/UMO familiale et le résultat d’exploitation ne permet pas  une rémunération satisfaisante de la main d’œuvre. L’analyse des coûts de production révèle cependant des marges de manœuvre qu’il est important d’exploiter pour assurer la pérennité des exploitations. Dans le cadre des travaux conduits sur le réseau viande bovine de Normandie, une analyse spécifique a été réalisée sur un échantillon constant de 19 exploitations en production de vaches allaitantes entre 2009 et 2011. Ces exploitations sont conduites par 1,2 unité de main d'œuvre (UMO), principalement familiale.La  SAU est de 120 ha. L’herbe couvre plus de 90 % de la surface totale et la Surface Fourragère Principale (SFP) représente 93 % de la SAU. Ces exploitations, résolument herbagères, détiennent un troupeau de 72 vaches allaitantes, le plus souvent charolaises. Pour 1/3 de ces exploitations, une partie des broutards est gardée pour produire des bœufs. En 2009, suite à la FCO et la conjoncture difficile en broutard, quelques taurillons ont été produits.Le chargement moyen est de l’ordre de 1,2 UGB/ha SFP. La grande majorité de ces exploitations perçoit la PHAE (Prime Herbagère Agri Environnementale) (tableau 1).


Une productivité moyenne du troupeau en deçà des objectifs souhaités

Sur cet échantillon, les performances du troupeau sont moyennes. Il est vrai que les épisodes FCO de 2008, le printemps froid et sec de 2010 et la sévère sécheresse 2011 ont compliqué la conduite des troupeaux et les récoltes. Il est cependant notoire que, quelques soient les échantillons pris en compte, les performances observées sont le plus souvent en deçà des objectifs recommandés. Les objectifs : sevrer plus de 90 % de veau par vache mise à la reproduction,  réduire les IVV à 365 jours,  ramener la mortalité à 5 ou 8 % selon les races… ne sont pas toujours atteints. Par ailleurs, pour cet échantillon, le chargement moyen à tendance à baisser : 1,21 en 2009 et 1,15 en 2011 (tableau 2).

Des prix qui ne permettent pas de couvrir les coûts de production

Sur 3 ans, ces 19 exploitations enregistrent des résultats économiques modestes (tableau 3).Par Unité de Main d’Oeuvre Familiale (UMO), l’Excédent Brut d'Exploitation (EBE) moyen est de 44 000 €. Ce niveau est proche de celui observé pour les 25 % supérieurs de l’analyse par système conduite par les Chambres d’agriculture de Normandie à partir des données du CER.Ces exploitations dégagent un produit moyen de 120 000 €/UMO. Les primes constituent un tiers du produit total et sont égales, en moyenne, à l’EBE. Cela confirme la sensibilité de ces systèmes à toutes évolutions réglementaires concernant le soutien au revenu des producteurs allaitants. Entre 2009 et 2011, le produit hors primes a progressé de 20 000 €. Sur la même période, l’EBE moyen par exploitation est passé de 42 000 € à 55 000 € et le résultat courant de 11 000 € à 23 000 €. La légère amélioration de la productivité et des prix de vente observée sur cette période a été en partie anéantie par l’augmentation des charges, notamment alimentaires. Ce traitement confirme le faible niveau de marge brute par ha de SFP, hors primes, dégagée par la production allaitante (tableau 4).

Coûts de production : le poids élevé des charges de structure

Le coût de production, ramené à 100 kg de viande vive produite, s’élève à 415 € dont 80 % correspondent aux charges de structure. Les charges de mécanisation et la rémunération de la main d’œuvre constituent les principaux postes de charges, respectivement 24 et 21 % du total. La rémunération de main d’œuvre est calculée sur la base de 1,5 SMIC brut (26 000 €/UMO) (graphique 1). Le poids des charges de structure souligne, outre l’importance de la maîtrise des investissements dont ceux liés à la mécanisation,  la nécessité d’améliorer la productivité du troupeau et des surfaces afin de les diluer au mieux. Les réseaux d’élevage(1) ont démontré que chacun des principaux leviers techniques : optimisation du système fourrager (pâturage tournant, récolte précoce…), amélioration des résultats de reproduction (mortalité, IVV…), augmentation des croissances animales (suivi technique, amélioration génétique…), générait une baisse des coûts de production de l’ordre de 30 € pour 100 kg de viande vive.  En 2011, le total des produits (385 €/100 kgvv) ne couvre pas l’ensemble des charges. Pour une rémunération à hauteur 1.5 SMIC par UMO familiale, les broutards et les animaux finis auraient du se vendre 14 % plus cher. C’est à peu près l’augmentation du prix de la viande et des broutards observée en 2012. Dommage que 2012 soit aussi l’année de la flambée des coûts de l’alimentation, de l’énergie… L’augmentation globale de ces charges annulera en partie la hausse des cours tant attendue.

Cas particulier des naisseurs polyculteurs

Le traitement de 11 exploitations naisseur-polyculteur suivies sur les trois mêmes années permet de caractériser ce système. En moyenne, pour cet échantillon, la surface totale est de 150 ha dont 43 % en SFP (60 ha d’herbe et 7 ha de maïs) et 57 % en culture de vente. Le troupeau est constitué en moyenne de 66 vaches avec une conduite fourragère plus intensive que les herbagers. Le chargement est de l’ordre de 1,9 UGB/ha de SF. La productivité du troupeau allaitant et des surfaces est supérieure à celle des herbagers avec une moindre mortalité (- 2 %), un IVV meilleur (- 12 jours) et une production brute de viande plus élevée (respectivement + 33 kg/UGB et + 250 kgvv/ha SF). La productivité de main d’œuvre est de 32 000 kg de viande vive par UMO soit 3 000 kg de plus que pour les herbagers.Pour cet échantillon, l’EBE par UMO familiale se situe en moyenne sur 3 ans à 54 000 € mais présente une plus forte variabilité annuelle du fait de la volatilité du prix des céréales.L’approche coût de production appliquée à cet échantillon montre qu’il est légèrement plus faible que pour les herbagers (390 €/100 kgvv soit - 5 %). En revanche, le  produit prime ramené au 100 kgvv est  inférieur de moitié et affecte le niveau de la rémunération de la main d’œuvre familiale.

Les réseaux d’élevage viande bovine de Normandie

41 exploitations spécialisées en viande bovine font partie de ce dispositif de recherche de références. Naisseurs, naisseurs engraisseurs de bœufs ou de taurillons, engraisseurs de taurillons, herbagers ou polyculteurs, en agriculture biologique ou en conventionnel, en zone humide, dans le bocage ou en plaine, la diversité des systèmes de production présents en Normandie y est étudiée sous tous les angles : technique, économique, environnemental, travail…Ce dispositif est conduit par les Chambres d'agriculture de Normandie et l'Institut de l'Elevage. Il bénéficie des soutiens financiers de l'Etat et des Régions. Les travaux sont disponibles sur les sites des chambres départementales.

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