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Deux préfets pour le dialogue

A Forges (61), le GAEC du Loiret a accueilli Nicole Klein et Isabelle David, respectivement préfètes de Normandie et de l'Orne. Christian, Christianne et Romain Montebran traduisent leur désarroi par des chiffres. S'y ajoutent également des lourdeurs administratives avec « l'ubuesque » déclaration des surfaces non agricole.

© VM

Vendredi 12 février, le GAEC du Loiret a été pris en exemple. La famille Montebran a tenté de transmettre ses incertitudes quotidiennes aux préfètes de l’Orne et de la Région. La rencontre a duré plus de 4 heures. Leurs difficultés économiques sont partagées par l'ensemble des éleveurs de Normandie. Ils produisent 370 000 litres de lait avec 60 vaches normandes. La baisse de 50 €/1000 litres du lait représente une perte de 20 000 € de chiffre d'affaires sur le dernier exercice. L'exploitation ne voit pas le bout du tunnel. La nouvelle prévision de 30 € de baisse devrait faire chuter le chiffre d'affaires de 25 000 €. “C'est 25 à 30 % de l'EBE du dernier exercice soit 100 % des prélèvements privés”, détaille Christian Montebran. En vache allaitante, les éleveurs comptent 100 € de moins par animal commercialisé. Sur cette exploitation, le manque à gagner atteint 8 000 € pour le produit viande. “Et les grandes cultures ne compenseront pas la perte de revenu”, précise Romain Montebran. 

Surfaces Non Agricole : la lourdeur de trop
La rencontre est restée cordiale. Même si la délégation d’agriculteurs s’est parfois montrée agacée. Dans un contexte tendu, les Surfaces Non Agricoles (SNA) n'apaisent pas les exploitants. La famille Montebran s'est connectée sur le site Telepac. Chaque agriculteur ayant déposé une demande d’aide PAC doit y consulter la restitution de l’ensemble des SNA de son exploitation. Les éleveurs y ont  découvert de nombreuses anomalies : “J'ai, notamment, un fossé qui n'existe pas enregistré dans les surfaces en haut. Cet aspect administratif devient de plus en plus compliqué à suivre. C'est démotivant”. Si un agriculteur constate une erreur sur l’identification d’une SNA, il doit imprimer la fiche de la SNA concernée, y indiquer ses observations (contour, type, caractéristiques) puis la retourner à la Direction Départementale des Territoires. Certains cas sont ubuesques. “Nous avons un agriculteur qui a 2400 lignes SNA pour 200 hectares”, indique Anne-marie Denis, présidente de la FDSEA de l'Orne.

Simplification ?
Lorsqu'elle a découvert le dispositif, la FNSEA a réagi. Concrètement, les SNA qui apparaissaient avec une surface ou une intersection inférieures 0,49 ha n’apparaîtront plus dans les dossiers, soit plus de 60 % des cas. En revanche, d'autres requêtes n'ont pas abouti. “Nous demandions que les surfaces en herbe disparaissent des SNA. C'est inutile puisqu'elles ne comptent pas dans les SIE (Surfaces d'Intérêt Ecologique). L'État y gagnerait en intelligence de travail. Nous voulions également que les agriculteurs puissent signaler les erreurs par téléphone. Nos demandes ont été rejetées”, regrette Arnold Puech d'Alissac, président de la FRSEA de Normandie. “Le 3 septembre, le premier ministre a pourtant demandé une pause sur les normes. Nous voulons un peu de lisibilité”, poursuit Guillaume Larchevêque, président des Jeunes Agriculteurs. En attendant, une batteuse dans un champ peut sortir comme anomalie... Jean Cezard, directeur de la DRAAF, comprend que “les agriculteurs tombent de leur chaise en voyant ça. Les subventions européennes sont soumises à condition. J'explique le pourquoi, mais je ne dis pas que c'est la bonne manière”.

Contrôle fertilisation incohérent
Au chapitre des contrôles “irritants”, les agriculteurs dénoncent aussi une nouvelle fois des incohérences et une démarche infantilisante. Avec des rendements supérieurs et moins d'azote que sur le plan prévisionnel, un exploitant risque une pénalité sur ses aides PAC. “Nous sommes dans la suréglementation. Ce qui compte, c'est la dose dans la parcelle”, lancent les agriculteurs qui suivent la visite des préfètes. Dans le même temps, les teneurs en protéines des blés normands baissent. Problème, l’exportation devient plus compliquée. “Nous sommes à un taux de 10,8 de protéines en moyenne sur les blés. C’est un souci. Les blocages à 170 unités dans certains secteurs interpellent. Les outils de pilotage reconnus (comme Farmstar) facilitent l’ajout d’azote en fin de cycle”, souligne Jean-Pierre Prévost, responsable grandes cultures de la FDSEA 61.
Les difficultés sont multiples. Jean-Louis Belloche, président de la Chambre d’agriculture résume : “Nous avons déjà eu des crises. Cette fois-ci, toutes les productions sont touchées”. Il n’existe donc pas qu’une  unique solution.

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