Aller au contenu principal

A La Vespière, près d'Orbec (14)
Du champ jusqu'au silo : le maïs ravitaille les corbeaux

Sangliers, étourneaux et désormais corbeaux... A La Vespière, près d'Orbec (14), le maïs en terre comme en silo constitue une cible privilégiée d'espèces pas toujours classées nuisibles. Damien et Jean-Claude, aux premières loges, prônent à minima une régulation.

© TG

Dans quelques jours, Damien Feugère et Jean-Claude, son père, vont ensiler leur parcelle de maïs qui jouxte l'A28. Il leur faudra utiliser un bec rotatif qui se déjoue des lignes de semis. Et pour cause, au printemps dernier, un resemis s'est imposé. Au banc des accusés : une colonie de corbeaux estimée à plus d'un milliers de becs. «Dès que le maïs lève, le germe étant très appétant, ils prennent le rang et arrachent tout. Sur cette parcelle de 5 ha, plus de 2 ha ont été détruits. On a donc du resemer 2 fois», se fâche Damien, par ailleurs trésorier de JA 14. Et de souligner : «ça fait 3 ans que ça dure».
Arrivé à La Vespière en 1957, Jean-Claude confirme que les corvidés se multiplient depuis quelques années. «Cela fait 40 ans que je fais du maïs mais, dans ma jeunesse, il y en avait moins. On commence même aujourd'hui à voir des choucas».

Pas de prédateurs
Pour les corvidés, La Vespière, c'est presque «camping paradis». des parcelles de maïs, un garde-mangé qu'ils occupent du levé au couché du soleil au printemps, cernées par des bois qui leurs servent de dortoir. «En mai/juin, quand je vais au matin chercher mes vaches au champ, je les vois arriver de tous les horizons. Ils ont un oeil incroyable. Il y a les guetteurs. Ils se parlent et poussent des cris d'alarme en cas de danger», a observé Jean-Claude. Pas étonnant donc qu'ils se multiplient à la vitesse grand V dans ce biotope très favorable d'autant plus qu'ils n'ont pas de prédateurs. Même pas les chasseurs. «Un corbeau se trouve rarement à portée de fusil et puis, de toute façon, il n'intéresse personne. Le renard si..., il détruit les portées de lapins ou de perdreaux».
Et il n'y a pas qu'au printemps que les corbeaux provoquent des dégâts. «Ils s'attaquent aux bâches de silos et boules d'enrubannage. De plus, à l'instar des étourneaux, on les retrouve sur les fronts d'attaque. Au-delà des pertes directes et indirectes, sur le plan sanitaire, ce n'est pas le top», concède Damien.

Lutte : passer à la vitesse supérieure
Damien et Jean-Claude ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot face à ce fléau. Ils ont testé différents moyens de lutte. L'effaroucheur phonique (le canon) ? «Ça ne marche pas bien et ça peut poser des problèmes de voisinage avec les non agriculteurs». L'épouvantail ? «Ça fonctionne quelques jours mais ils s'y habituent très vite. Et puis, il faut qu'il y ait du vent». L'effaroucheur combinant les deux ? «C'est sans doute ce qui donne les meilleurs résultats mais ça se limite à une parcelle de 5 ha par appareil». Membre du réseau JA, Damien avance sa proposition validée par la profession, jeune et aînée, lors de différentes réunions de travail organisées par la FDSEA et les JA en collaboration avec la FREDON : la régulation des populations par prélèvement. «Il faudrait pouvoir les piéger avec une cage». Mais pour cela, il faut être piégeur habilité. «J'ai 30 noms de jeunes agriculteurs qui sont prêts à se former à condition de faire sauter quelques verrous», assure le trésorier de JA 14. Il suffirait ainsi de desserrer quelques freins pour démarrer un plan de bataille de grande envergure. Le premier est d'aspect financier : qui va financer la formation et les cages piégeuses ? Le second est une demande d'assouplissement dans la règlementation. Si le cadrage de telles actions n'est nullement remis en cause, la gestion du temps (comme les délais pour gérer l'équarrissage) pose quelques questions. «Nous souhaiterions aussi être épaulés par des piégeurs aguerris», insiste Damien. Effectivement, animal futé, il ne suffit pas de jouer les Rambo pour mettre le corvidé en cage.
Agriculteurs, jeunes et aînés, affichent donc leur volonté de prendre à bras le corps un problème qui empoisonne la vie des éleveurs mais aussi des céréaliers.
A suivre dans les prochaines semaines.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Le méteil implanté cet automne pourra être récolté en ensilage en mai.
Sécheresse : miser sur les prairies sous couvert
Alors que les fourrages manquent, le semis de prairie sous couvert de méteil est encore possible. Mais il la remise des bêtes au…
Dans l'Orne, en 2024, la Ferme des chèvres brasseuses a inauguré son investissement de 600 000 euros pour changer d'échelle.
Les bières locales dans le creux de la vague en Normandie
Au Fêno, parmi les nouveautés, un bar à bières rassemblera 17 brasseries artisanales de Normandie. La filière ne connait plus la…
"Il faut s'adapter aux aléas climatiques", clame Samuel Courvallet, exploitant et maire de la commune de Pierrefitte-en-Cinglais. Il a engagé un projet de retenue collinaire, mais le stockage des eaux hivernales divise en local.
"Je trouvais utile de récupérer cette eau, plutôt qu'elle aille à la mer" : dans le Calvados, il crée une retenue collinaire
En Suisse Normande, à Pierrefitte-en-Cinglais, Samuel Courvallet aménage une retenue d'eau collinaire. L'arboriculteur voit dans…
La série 7 du robot Agbot (marque AgXeed) peut être équipée d'un outil allant jusqu'à 18 m avec ses 230 ch. L'autonomie court jusqu'à 24 heures.
La Cuma de Sassy teste le robot AgBot
La Fédération des Cuma Normandie Ouest, en partenariat avec la Cuma de Sassy, a proposé une démonstration du robot autonome…
Le cochon de Bayeux et ses copains des autres races patrimoniales normandes sera au Fêno tout le week-end à Caen
Fêno à Caen : le meilleur de la Normandie à dévorer ce week-end
Du 16 au 18 octobre 2026, le Festival de la Normandie revient au Parc des expositions de Caen avec 420 exposants. Entre…
"Le seul dossier que je veux bien continuer de regarder, c'est la RN 12, car le sud de l'Eure et l'Orne ", dit Hervé Morin
"L'investissement sur les routes, c'est terminé"
La Région Normandie prépare son budget 2027. Les ressources diminuent et l'investissement plafonnera à 550 millions d'euros. Il y…
Publicité