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Bertin George, responsable “Grandes cultures” à la FDSEA du Calvados
Du grain à moudre en réunions cantonales

Il y aura du grain à moudre lors des réunions FDSEA qui vont se succéder ces prochaines semaines. “CIPAN, revenu, diester, biocarburants, taxe carbone, BCAE, éléments topographiques (...)”, liste entre autres Bertin George. Le responsable “Grandes cultures” de la FDSEA invite d’ailleurs tous les agriculteurs du département à venir s’exprimer sur ces différents sujets.

Bertin George
Bertin George
© TG

Par arrêté préfectoral, la date de destruction des CIPAN (Culture Intermédiaire Piège A Nitrate) a été fixée au 15 décembre dans le Calvados. Une date trop tardive selon vous ?
Rappelons tout d’abord que nous n’avons rien contre les CIPAN qui jouent un rôle bien compris par les agriculteurs dans la protection de l’environnement. Cependant, il est agronomiquement prouvé que la meilleure efficacité des CIPAN suppose un semis au plus prês de la récolte des céréales et que, 60 jours après son implantation, elle a fait son boulot de piège à nitrate. Dans l’Oise, la Somme, la Marne ou bien encore la Haute-Marne, on l’a bien compris.
La date de destruction a été fixée de 8 semaines à 65 jours après son semis.
Dans l’Orne ou bien encore en Seine-Maritime, la date du 15 novembre a été retenue. Le Calvados fait figure de quasi exception.

Quels sont les inconvénients d’une destruction tardive ?
Après le 15 décembre, les fenêtres météorologiques se font plus rares. Il y a donc un danger potentiel de matraquer le sol. Autre problème avec la culture du lin très importante dans notre département. Elle demande une préparation de terre très pointue et très en amont: plusieurs mois avant le semis. Détruire un CIPAN aussi tardivement risque donc d’hypothéquer le potentiel de rendement et la qualité de la linière à suivre.
J’y ajouterai un dernier élément, social cette fois. Après le 15 décembre, c’est une période creuse en plaine. C’est aussi la période de Noël et de congés pour la main-d’œuvre salariée. On ne va quand même pas leur imposer de revenir travailler le 23, 24 ou 25 décembre sous prétexte qu’il y a un rayon de soleil.

Que réclame alors la FDSEA ?
Nous souhaitons une modification de l’arrêté pour que la date de destruction soit ramenée à 60 jours après le semis. Notre seul but est de rendre le dispositif CIPAN le plus efficient possible. Que l’on puisse également utiliser les repousses de céréales juste après la moisson pour profiter  d’un sol encore frais donc favorable à la germination et à l’implantation du couvert.

La filière diester a ses détracteurs. Que leur répondez-vous ?
Qu’il est toujours dommage de se diviser entre agriculteurs et plus particulièrement sur ce dossier des biocarburants. Pour illustrer mes propos, ne perdons pas de vue que nous sommes 100 000 producteurs de colza en France face à un seul distributeur majeur. Il était donc indispensable de regrouper l’offre pour peser dans les négociations commerciales.
Pourquoi d’ailleurs ne pas décliner cette organisation dans d’autres filières ? C’est un premier point.
Second élément de réponse, c’est le prix du colza qui s’est mieux maintenu que le blé grâce à la demande de la filière diester. Et maintenant que les jachères n’existent plus, il nous faut construire les bases d’une contractualisation, via la coopération et le négoce, pour assurer la pérennité de l’approvisionnement et des débouchés. Contractualisation qui doit apporter un plus aux agriculteurs qui s’engageront dans la durée.
Dernier point, jouer la carte des biocarburants, c’est répondre à une attente sociétale. 73 % des Français approuvent que leurs agriculteurs produisent des biocarburants. 91 % des Français sont favorables à l’arrivée des biocarburants de deuxième génération. Il ne faut pas se contenter de regarder passer ce train.
En terme de revenu, 2009 est en berne. Qu’attendre de 2010 ?
Selon Agreste, le revenu moyen en céréales et oléoprotéagineux affiche un recul de 51 % entre 2009 et 2008. En 2010 encore, nos coûts de production pourraient dépasser nos prix de vente. Nous subissons de plein fouet une politique européenne d’abandon de notre secteur contre laquelle nous nous sommes largement battus. Le pronostic de prix durablement élevés mis en avant par le ministre de l’époque, Michel Barnier, à l’occasion du bilan de santé de la PAC pour décider de démanteler les soutiens (prélèvement de 80 e/ha dans le Calvados) s’est avéré totalement erroné.
Mais si Bruxelles nous a lâchés et comme il est un peu illusoire de penser que nous avons la capacité à faire bouger les lignes du marché mondial, on peut mettre en place un système assurantiel et d’adaptations fiscales pour limer les effets catastrophiques d’aléas climatiques ou de renversement de tendance. Nous travaillons dans ce sens et avons fait des propositions. La balle est dans le camp des pouvoirs publics.

Autre dossier, celui de la menace d’une taxe carbone sur les biocarburants. Le bon sens l’a semble-t-il emporté ?
Les biocarburants, d’origine renouvelable à 100 %, ont un contenu carbone réputé nul comme le stipule explicitement la directive Energies Renouvelables adoptée par l’Union Européenne. Ils devaient donc, par définition être exonérés de cette taxe carbone. Mais c’était sans compter sur quelques lobbies. Nous nous sommes donc battus à tous les échelons. FOP, ORAMA, CGB , FNSEA et FDSEA ont alerté les sénateurs. et députés et nous avons obtenu gain de cause.
Mais nous devons restés très vigilant après la décision du Conseil constitutionnel de rejeter la Taxe Carbone au motif qu'elle était inégale et inefficace.

Par contre, sur celui des éléments topographiques dans le cadre des BCAE, ça sent encore le vinaigre ?
Pour bien connaître l’écueil dans lequel nous risquons de tomber si nous n’y prenons pas garde, il faut bien en mesurer les enjeux. 5 % de SET (Surface Equivalente Topographique), ça signifie en zone de plaine, retirer des surfaces en production. Est-ce politiquement correct alors qu’on demande aux agriculteurs de relever le défi alimentaire mondial? Est-ce environnementalement efficace alors que, pendant le même temps, on artificialise 200 ha tous les jours ? Est-ce économiquement compréhensible pour des céréaliers secoués par la conjoncture ?
Pour la FNSEA et les FDSEA, la réponse est clair, c’est NON ! Le carnet de route SET prévu par le ministère, c’est 1 % en 2010, 3 % en 2011 et 5 % en 2012. Un autre syndicat agricole plaide jusqu’à 7 % en 2012. FNE (France Nature Environnement) fait même de la surenchère à 10 %. Mais la FNSEA et ses sections spécialisées ont obtenu le principe d’un rendez-vous en octobre pour discuter de ces modalités pratiques. Que chaque agriculteur vienne émettre son point de vue à l’occasion de nos réunions cantonales. L’enjeu est majeur.

Taxe carbone : les exonérations des agriculteurs pas remises en cause
Les exonérations de taxe carbone dont bénéficient l'agriculture, la pêche et les transports ne seraient pas remises en cause par la décision du Conseil constitutionnel de rejeter la Taxe Carbone au motif qu'elle était inégale et inefficace. Interrogée sur RTL le 31 décembre, Christine Lagarde, ministre des Finances, a assuré que, pour ces secteurs, “le Conseil n'a pas critiqué cette disposition et il n'y a donc pas de raison d'y revenir”. Pour l'industrie lourde, “on va reprendre la copie et on va corriger ce point-là”, a-t-elle indiqué, en référence aux industries soumises aux quotas d'émission (gratuits jusqu'en 2013) et qui devaient donc échapper à l'impôt. Très attendu sur cette question à l'occasion de ses vœux télévisés du 31 décembre, Nicolas Sarkozy a simplement déclaré : “je ne suis pas un homme qui renonce à la première difficulté”. Le Gouvernement doit présenter le 20 janvier en Conseil des ministres une nouvelle mouture du texte.

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