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Huile de colza, carburant vert
Du producteur au proche consommateur

Beaucoup en rêvait, les adhérents d’Ecovaloris l’ont fait ! 70 hectares sont désormais consacrés, dans la Manche, au carburant vert.

Christian Viste (Virandeville), le colza-carburant le fait rêver.
Christian Viste (Virandeville), le colza-carburant le fait rêver.
© E.C.
l a une couleur vert/jaune foncé, semblable à de l’or qui aurait vieilli. L’huile de colza “carburant” sera t-il un nouvel Eldorado pour les agriculteurs ? Christian Viste, installé à Virandeville (nord-Manche), l’un de ses promoteurs, allons, disons même un véritable passionné de cette production reste prudent tout en soulignant des avantages incontestables. Premier cru 2005 Le développement du colza “carburant” dans la Manche, c’est à la cuma Ecovaloris qu’on le doit. Une cuma qui s’est faite un nom grâce à ses nombreuses innovations comme le compost de fumier, le déchiquetage du bois (destiné aux chaudières) ou le sur-semis sur prairies. “On a démarré en 2005 par l’implantation de colza sur jachères. La première pression a suivi. Nous en sommes à la seconde et la troisième année de culture est implantée”. 2005, Christian Viste s’en souvient parfaitement, “nous étions six à presser le colza; aujourd’hui nous sommes 16 sur une zone descendant jusqu’à Sainte-Marie du Mont”. Pas question de mettre tous ces oeufs dans le même panier, en l’occurrence d’avoir une seule et grosse presse. “Nous avons préféré investir dans deux matériels de 50 kilos/heure pour des raisons de sécurité : si l’un tombe en panne, on peut continuer uniquement avec la seconde presse. Et puis, on ne sait jamais, si le groupe se dissout, deux petites presses sont plus faciles à vendre qu’une grosse”. Vendre ? Christian n’y pense même pas, cette allusion fait partie de la stratégie du groupe “colza” : tout prévoir dans les plus petits détails. A tel point, que l’huile “made in Ecovaloris” est filtré à un micron, répondant sans difficultés aux normes allemandes, les plus exigeantes en la matière. “D’ailleurs, la clé du système, c’est un décantage de l’huile brut pendant quatre semaines, suivi d’un filtrage rigoureux”. 65 000 litres Les 2000 quintaux de colza récoltés sont donc en cours de traitement grâce à la presse ambulante qui, à l’instar de l’alambic du bouilleur autrefois, se déplace de ferme en ferme. “Au total, les 16 adhérents obtiendront 65 000 litres d’huile”. Un précieux liquide qui ira alimenter les moteurs d’engins agricoles comme les tracteurs. “La plupart d’entre nous les font tourner avec un mélange de fuel, mais nous avons un adhérent qui démarre, pour des raisons de commodités sur le fuel puis passe, à 100% sur le carburant végétal”. Sa satisfaction, Christian Viste la trouve tout d’abord dans l’emploi des jachères. “J’en avais assez de passer le broyeur”. Bref, notre homme ne brûle plus de fuel pour les entretenir mais ce sont les jachères qui lui procurent du carburant. “L’aspect environnemental est aussi très satisfaisant. On pollue moins puisque pour les carburants fossiles, il faut dépenser trois litres (extraction, transport multiples, transformation) pour en produire un à la pompe. Pour l’huile de colza, avec un litre d’équivalent carburant “classique”, on en produit 4”.Prudence La prudence chez C. Viste se décline sur tous les aspects de cette nouvelle production. “Il ne faut pas rêver. La surface de la France entière ne suffirait à produire le colza pour tous les véhicules en circulation. Aujourd’hui, avec la baisse du prix du pétrole, on est “juste” compétitif”. Mais le véritable intérêt, Christian Viste le trouve ailleurs. “Pour produire du “bioéthanol” ou du Diester, il faut de grosses usines. En un mot, ce sont seulement les industriels en place qui peuvent s’en charger. Avec le colza “carburant”, c’est simple : le producteur sème, récolte, presse et alimente un moteur diesel en circuit court”. Au fur et à mesure des phrases, C. Viste se prend à rêver. “Le colza a aussi un rôle social; nous ne sommes plus seulement vue comme des pollueurs. L’idéal, ce serait que nos voisins “rurbains” fassent le plein chez “leur” agriculteur. En terme de communication...” Un regret pourtant, “j’ai entendu quelques responsables professionnels dire qu’il fallait laisser le pressage et la commercialisation aux outils en place”. Une véritable erreur, d’autant plus que si la législation européenne finit par s’appliquer réellement en France, les collectivités, dans un premier temps, pourront faire marcher leurs camions et autres véhicules au colza “carburant”. Allons plus loin dans le rêve de Christian Viste, les villes de Saint-Lô, Cherbourg ou Coutances allant chercher leur carburant à la ferme ! Mieux encore, les diverses tendances agricoles, enfin unis sur un même projet (ce n’est pas monnaie courante) mettant sur pieds des unités de transformation fixe dans trois ou quatre endroits du département. Tiens, il ne manquerait plus qu’une Indication Géographique protégée (IGP) “huile-carburant du Cotentin”, voire une AOC.
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