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Eau : le puits n’est pas sans fonds...

L’implantation d’un captage est à l’étude à 800 mètres de la ferme de Thierry Le Boucher. Sur cette source de tensions, l’agriculteur prône le dialogue. Mais, il n’hésite pas à pointer du doigt les incohérences administratives du dossier.

© VM

Avec un captage à 800 mètres de sa ferme, Thierry Le Boucher est directement concerné par le dossier eau. Cerné par l’urbanisation, l’agriculteur a toujours choisi la voie du dialogue avec ses voisins. Mais avec une artificialisation qui se développe autour de lui, ce céréalier ne comprend pas la stigmatisation de l’agriculture. Sa ferme a perdu 20 hectares en 10 ans. 15 autres devraient encore disparaître à terme. Avec la construction d’une quatre voies, un captage est ainsi devenu hors normes. Sur sa commune de Giberville, un nouveau forage est à l’étude, à quelques mètres du premier. L’agriculteur ne cherche pas à l’interdire, mais il veut comprendre. “La société a besoin d’eau.  J’en suis conscient et je ne m’opposerai pas”. L’homme mise sur le pragmatisme. Reste que 30 à 40 % de l’exploitation, des champs seront coupés en deux par le périmètre de protection.

“L’agriculture évolue et continuera d’évoluer”
“L’agriculture s’est adaptée. Nos méthodes évoluent et évolueront. Je veux être exemplaire pour être crédible”. Thierry Le Boucher projette, par exemple, d’acheter une bineuse avec guidage optique en CUMA. Et depuis plusieurs années, il n’utilise plus d’engrais chimiques de fond. “Même si parfois, les urbains semblent les préférer à l’odeur produite par le compost”, s’amuse-t-il.
L’agriculteur doit cependant répondre à des impératifs économiques. Maintenir un revenu avec des surfaces en moins et des contraintes en plus, l’équation paraît insoluble. “J’ai une famille et deux enfants en études. Je dois produire un blé de qualité riche en protéines. Si j’ai des pertes financières, elles doivent être compensées”, souligne l’agriculteur. Thierry Le Boucher s’appuie sur sa comptabilité. “Si je perds, une contrepartie doit être trouvée. Mes résultats sont retenus par l’administration fiscale. Pourquoi ne seraient-ils pas reconnus par l’administration de l’eau ?”

Un pompage qui asséchait les puits
Thierry Le Boucher estime que l’agriculture touche moins le territoire que d’autres activités. “Avec l’imperméabilisation des sols, on constate que les bassins d’eau pluviale sont devenus marron. Notre profession n’en est pas responsable. Nous sommes les seuls à ne pas toucher à la typologie de la terre”. Avec une voisine hydrogéologue, il pointe donc les conséquences du projet de pompage de Giberville. “Nous avons surveillé les niveaux pendant les essais. Nous avons réalisé des mesures précises qui montrent que les eaux ont baissé lors des pompages”. Ces tests ont été réalisés à l’automne dernier. Ces résultats seront transmis lors de l’enquête publique. En 2011, le préfet avait déjà refusé un prélèvement d’eau. L’étude  de l’époque n’étant pas assez complète. Actuellement de nouvelles expertises ont débuté.

Un problème connu par la SMN dès les années 60
Pour Thierry Le Boucher, ce problème d’assèchement de la nappe n’est pas nouveau. “En 1963 lorsque le forage était fortement utilisé par la SMN, les puits étaient à sec. Dans un courrier adressé à mon père, l’entreprise s’était engagée à réapprovisionner les prairies en eau”.
L’agriculteur milite pour des règles claires. La qualité de l’eau est un enjeu de société dans son ensemble. “Pouquoi le cimetière situé à 300 mètres du captage n’est pas dans le périmètre de protection comme mon exploitation pourtant plus éloignée ? Pourrais-je y épandre mon compost ou des digestats d’unité de méthanisation ?” Les questions sont encore nombreuses. Mais Thierry Le Boucher est prêt au dialogue.

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