" En quelques jours, nos vaches ont perdu près de 10 kg de lait "
À Ryes, près de Bayeux, la vague de chaleur de fin juin a mis à rude épreuve le troupeau de la SCL du Petit Fontaine. En l'espace de quelques jours, la production laitière a chuté de près de 10 kg par vache, tandis que la fréquentation des robots de traite et l'ingestion ont fortement reculé.
âLes derniers épisodes de chaleurs rappellent que, même en Normandie, l'adaptation des bâtiments au changement climatique devient une nécessité. À quelques kilomètres seulement des plages du Bessin, les associés de la SCL du Petit Fontaine pensaient encore bénéficier d'un climat relativement préservé. " Nous n'avions jamais connu une telle situation en Normandie, et encore moins ici, en bord de mer ", témoignent les éleveurs, avant de poursuivre : " nous nous attendions à une légère baisse de production laitière, mais certainement pas à un tel décrochage." Le choc a été brutal.
"La production est passée de 35 à 26 kg de lait par vache. Les animaux mangeaient moins, ruminaient moins et se déplaçaient moins"
Les 90 vaches laitières du troupeau, disposées en logettes dos à dos dans un bâtiment équipé de bardages en bois ajourés et conduites avec deux robots de traite ont rapidement manifesté les signes classiques du stress thermique. " En quelques jours, la production est passée de 35 à 26 kg de lait par vache. Les animaux mangeaient moins, ruminaient moins et se déplaçaient moins. Cela s'est également traduit par une baisse de fréquentation des robots de traite, avec seulement 2,1 traites par jour contre 2,6 habituellement. "
Eau et ventilation : leviers prioritaires
Face à cette situation, les éleveurs ont sollicité l'intervention de David Perdrix, conseiller spécialisé en bâtiments aux Chambres d'agriculture de Normandie, afin de réaliser un diagnostic de leur exploitation. Premier constat : l'accès à l'eau doit devenir une priorité absolue. " Lors des épisodes de fortes chaleurs, l'eau devient le premier aliment de la vache. Une laitière en situation de stress thermique peut consommer plus de 150 litres d'eau par jour. Il est essentiel que cette ressource soit disponible en quantité suffisante et facilement accessible." Le diagnostic a également mis en évidence la nécessité d'améliorer les circulations d'air à l'intérieur du bâtiment.
" Beaucoup de bâtiments restent encore trop fermés. Avant d'investir dans des équipements coûteux, il faut d'abord chercher à maximiser la ventilation naturelle en ouvrant davantage les façades et en facilitant l'évacuation de l'air chaud " résume le conseiller. Les associés étudient désormais plusieurs pistes d'amélioration, dont l'installation d'une ventilation mécanique pour renforcer le confort thermique du troupeau. " Les bâtiments ne peuvent plus être conçus uniquement pour une ventilation hivernale. Ils doivent désormais permettre aux animaux de conserver leur confort et leurs performances durant les épisodes de chaleur ".
"Les bâtiments ne peuvent plus être conçus uniquement pour une ventilation hivernale"
L'expérience vécue à Ryes illustre parfaitement les recommandations du Cniel pour renforcer la résilience des élevages laitiers face au changement climatique. La première étape consiste à réaliser un diagnostic complet du bâtiment afin d'identifier les facteurs les plus pénalisants : ventilation insuffisante, accès à l'eau limité, confort du couchage, zones exposées à la chaleur ou encore rayonnement solaire excessif. Le premier levier reste la ventilation naturelle. Un bâtiment bien orienté par rapport aux vents dominants et disposant d'ouvertures modulables limite considérablement l'accumulation de chaleur.
Lorsque cette solution atteint ses limites, la ventilation mécanique constitue un complément particulièrement efficace. Des ventilateurs correctement dimensionnés augmentent la vitesse de l'air au niveau des animaux et favorisent l'évacuation de la chaleur corporelle. L'abreuvement représente également un enjeu stratégique. Dès que les températures augmentent, les besoins en eau des vaches explosent.