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Elevage
Engraisser les broutards : une stratégie qui mérite réflexion

Face à la baisse et à l'instabilité du prix des broutards, les naisseurs s'interrogent sur l'opportunité de les engraisser eux-mêmes en bœufs ou en taurillons. Cette évolution de système doit être bien raisonnée. Elle a des conséquences lourdes sur le fonctionnement de l'exploitation.

Face à la baisse du prix du broutard, rechercher d'abord l'amélioration du système en place.
Face à la baisse du prix du broutard, rechercher d'abord l'amélioration du système en place.
© DR

Depuis un an, les marchés du broutard et de la broutarde sont en baisse et sont devenus très volatils. La FCO continue de
perturber les échanges et l'augmentation du prix des matières premières incite les engraisseurs à faire pression sur le prix du maigre. Pour les naisseurs, la commercialisation des broutards représente la moitié des ventes. Face à la baisse des prix du maigre, certains naisseurs envisagent d'évoluer vers un système naisseur engraisseur. L'engraissement des broutards implique de choisir entre la production de bœufs ou de taurillons. Quelle que soit l'orientation retenue, toute évolution de système doit être raisonnée.

Produire des bœufs : s’assurer d'un débouché valorisateur
Dans un système très herbager, la production de bœufs et éventuellement de quelques génisses de viande est aisée à mettre en œuvre. Elle ne génère pas d'évolution d'assolement. Elle est techniquement simple et modifie peu l'organisation du travail.
Économiquement, si cette production permet de valoriser des surfaces en herbe jusqu'ici sous-exploitées, l'augmentation des coûts sera faible et la rentabilité assurée. Une conduite raisonnée des pâtures permet d'améliorer la qualité de la flore et le rendement des prairies. Les ressources alimentaires ainsi dégagées nourriront quelques bovins viande supplémentaires. L'éle-veur choisira alors de garder les broutards et les broutardes qui présentent les meilleures aptitudes bouchères.
Par contre, si le système fourrager est parfaitement caler et que la production de bœufs se fait au détriment du nombre de vaches allaitantes ou en augmentant les coûts fourragers pour intensifier, le résultat économique est alors beaucoup plus aléatoire. A titre d'exemple, sur la base des prix de la viande bovine en 2007, l'équilibre de marge entre la production de broutards et la production de bœufs de race à viande se fait pour un broutard vendu autour de 650 €. A moins d'une très forte chute du prix du broutard, la réduction du troupeau allaitant pour produire des bœufs modifiera peu le niveau de marge et n'a donc pas d'intérêt particulier.
Une telle orientation pourrait cependant s'envisager dans le cadre d'une conversion à l'agriculture biologique ou d'une production pour une filière qualité proposant d'améliorer significativement le prix de vente des bœufs. Cela souligne le manque de valorisation des bœufs de race à viande sur le marché conventionnel. C'est d'autant plus vrai qu'ils sont âgés et trop lourds.
Dans tous les cas, la production de bœufs ne doit pas générer d'investissement spécifique, bâtiment en particulier.

Produire des taurillons : faire son calcul
Engraisser les broutards à l'auge pour produire des taurillons est compliqué pour les exploitations herbagères. Retourner des prairies pour être autonome en maïs et en céréales n'est pas toujours possible. Cette stratégie nécessite une évolution de l'assolement et une nouvelle organisation du travail. Il faut aussi disposer d'équipements spécifiques en matériel et en bâtiment.
Avec l'augmentation du prix des complémentaires azotés, des céréales et de l'énergie, les marges nettes des surfaces valorisées en viande bovine et celles consacrées aux céréales de vente tendent à s'équilibrer. Cette orientation doit donc amener à des approches techniques et économiques approfondies.
L'engraissement au sec des broutards, à partir d'achats de concentrés ou de matières premières, est plus simple à mettre en œuvre si les bâtiments le permettent. L'intérêt d'une telle stratégie est d'abord lié à l'écart de prix attendu entre le prix du taurillon et celui du broutard. Au regard des cotations passées, ce différentiel peut varier de 600 à 700 € entre un broutard de 300 kg vifs et un taurillon de 410 kg de carcasse. Le coût de production pour amener un broutard au stade d'un taurillon fini est évidemment aussi un élément du calcul. Sur la base de céréales à 180 €/tonne et d'un tourteau de soja à 380 €/tonne, le seul coût alimentaire pour l'engraissement est de l'ordre de 470 € par taurillon. Il faut y ajouter les autres frais d'élevage -y compris le risque de perte- qui peuvent atteindre 60 à 80 € par taurillon et les charges de structure générées : frais financiers, frais de mécanisation, EDF, eau, frais divers de gestion…Celles-ci peuvent atteindre 60 à 80 € par jeune bovin avant prise en compte des amortissements et de la main d'oeuvre.
La production de jeunes bovins légers mâles ou femelles de 12 à 14 mois est aussi envisageable. Il existe des créneaux spécifiques sur ces produits. En vêlage d'automne, ces productions permettent une utilisation optimale des bâtiments mais la conduite de l'engraissement doit être rigoureuse et le débouché commercial organisé.
Dans le contexte actuel de forte volatilité des cours du maigre, de la viande et des céréales, les hypothèses de calcul de rentabilité ne sont pas simples à fixer. La contractualisation est alors un atout important.

Toute évolution de système doit être raisonnée
Quelle que soit l'orientation retenue, toute évolution de système doit être raisonnée Elle ne doit pas conduire à désorganiser le fonctionnement établi, sans quoi les conséquences pourraient s'avérer importantes.
C'est notamment le cas au niveau de l'organisation du travail. La diversification des productions va parfois à l'encontre d'un bon suivi de l'élevage. En cheptel allaitant, pour maintenir un niveau élevé de productivité numérique (nombre de veaux sevrés par femelle mise à la reproduction), il est nécessaire de disposer de temps pour le suivi du troupeau. L'augmentation du nombre d'animaux doit aussi être compatible avec les disponibilités fourragères et ne pas conduire à des achats extérieurs importants. Par ailleurs, l'accroisse-ment du nombre d'animaux a des conséquences sur la perception de la PHAE. La mise en place de l'engraissement des broutards ne doit en aucun cas conduire à la perte de la PHAE ou de quelque aide environnementale que ce soit.
Enfin, toute évolution de système a des répercussions sur la trésorerie et la fiscalité. Elles doivent être mesurées.

D’abord optimiser l'existant
Lorsque les conditions économiques sont difficiles, le premier réflexe est de “resserrer les boulons”. Avant de modifier profondément un système établi, il est parfois plus intéressant d'améliorer les performances des productions en place et de rechercher les économies possibles.
Réduire la mortalité des veaux, produire des broutards lourds en maîtrisant la conduite des prairies, réformer les animaux improductifs, développer les performances génétiques, ce sont autant d'améliorations possibles qui peuvent être envisagées pour améliorer le produit.
Maîtriser au mieux la conduite des prairies permet de dégager des ressources fourragères pour envisager la production de quelques animaux de viande supplémentaires.
Dans certains cas, il peut aussi être envisagé de dégager quelques hectares de labour pour produire des céréales et être plus autonome en concentré. Disposer de céréale pour une meilleure finition des vaches et pour la repousse des broutards est un atout intéressant. La culture de quelques hectares de céréale dans une exploitation herbagère nécessite de mettre en place une rotation. Cela peut être l'occasion d'implanter des associations graminées et légumineuses. Cette culture récoltée constitue un excellent fourrage pour les vaches lorsque leurs besoins sont élevés, notamment pendant la période de mise à la reproduction.
Ces diverses pistes sont autant d'améliorations possibles qui peuvent, au moins en partie, compenser la baisse des broutards sans générer d'importante modification de système.

Jean-Claude Dorenlor
Chambre d'Agriculture 50
jcdorenlor@manche.chambagri.fr
www.manche.chambagri.fr

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