Questions à Evan Motte, référent technique agro chez Nat'Up
[EXPERT] "Un maïs sans grain a une valeur pour l'alimentation animale"
Juin 2026 a été historiquement chaud. Quelles manifestations de la sécheresse sur le maïs ?
Juin 2026 a été historiquement chaud. Quelles manifestations de la sécheresse sur le maïs ?
Pouvez-vous rappeler le contexte climatique de cet été ?
Juin 2026 a été historiquement chaud. Le problème, c'est que cette sécheresse et cette chaleur tombent en pleine floraison du maïs, le stade le plus sensible de tout son cycle.
Concrètement, qu'est-ce que ça change pour les épis ?
D'abord, des défauts de fécondation : la chaleur bloque la sortie des soies et stérilise le pollen, donc on a des épis mal fécondés, voire aucun épi. Ensuite, un blocage du gabarit : la plante enroule ses feuilles et ferme ses stomates pour limiter l'évapotranspiration, ce qui coupe la photosynthèse et bride la croissance. Et enfin des brûlures de feuillage, qui remontent progressivement du bas de la plante vers le haut.
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Comment évaluer l'état réel d'une parcelle ?
On distingue trois situations. Si le feuillage est encore majoritairement vert, la plante reste fonctionnelle : mieux vaut attendre et, si la pluie revient, un potentiel de reprise existe. On conseille alors d'attendre deux à trois semaines après la floraison pour compter les grains réellement formés avant de fixer une date d'ensilage.
Deuxième cas : plus de 30 % de feuilles sèches mais une tige encore verte. Là, le potentiel grain sera quasi nul sans pluie rapide, donc on recommande de valoriser vite ces parcelles en affouragement en vert ou au pâturage, plutôt qu'un silo classique. Car sur un maïs desséché mais immature, on prend un vrai risque de pertes de jus.
Troisième cas, le plus critique : moins de deux feuilles vertes par plante. La croissance est stoppée, aucun épi ne se formera. Il faut récolter sans attendre pour préserver ce qui reste de valeur alimentaire.
Est-ce qu'un maïs sans grain garde une vraie valeur pour l'alimentation animale ?
Il y a moins d'amidon mais la plante accumule des sucres solubles dans la tige. La digestibilité des fibres reste correcte si la plante n'est pas totalement brûlée. Et les teneurs en protéines sont supérieures, car les rendements plus faibles concentrent les matières azotées.
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Sur le plan du chantier de récolte, à quoi doivent s'attendre les exploitants ?
À une accélération très rapide de la montée en matière sèche, avec des récoltes avancées d'un mois. On invite chacun à vérifier ses dates prévisionnelles, plutôt que de se fier aux repères habituels. Pour les maïs de très petit gabarit, le pâturage direct reste l'option la plus économique.
Un dernier conseil pour la suite de la campagne ?
Ne pas ressemer tant que le sol reste sec car le risque d'échec de levée est réel. Dès que la pluie revient sérieusement, plusieurs cultures fourragères permettent de reconstituer les stocks avant l'hiver : un sorgho fourrager multi-coupe, un colza fourrager, ou une dérobée rapide type RGI alternatif, éventuellement associé à du trèfle.