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Gestion
Expertiser tous les compteurs laitiers

La conjoncture laitière a constitué le plat principal de l’assemblée générale d’AS Manche qui s’est tenue vendredi dernier à Brix. Les compteurs laitiers (recettes et charges) ont été expertisés.

"Il existe pour tous les ateliers laitiers, quelle que soit leur taille, des marges d’amélioration”. Un message fort délivré, vendredi dernier, par l’AS Manche mais aussi par Gérard Sidot, directeur du BTPL (Bureau Technique de Promotion Laitière). Un message d’espoir puisqu’il redonne de la perspective mais un message compliqué à faire passer. La conjoncture laitière 2009/2010 a cassé de nombreux ressorts. Les nerfs sont à vif, les esprits échauffés. Alors s’entendre dire que l’on peut faire mieux alors qu’on a l’impression d’avoir déjà tant donné n’est pas chose aisée à accepter. Mais les chiffres ont la dent dure. “Les conseils que nous donnions hier ne seront peut-être pas ceux que nous donnerons demain. On a fait plus attention au compteur recettes qu’au compteur charges”, explique-t-on du côté d’AS Manche. Le combat syndical sur le prix du lait conserve toute sa légitimité mais celui de la maîtrise des charges est économiquement tout aussi important. “A tous les niveaux, chassons en meute”, a invité le président Férey.

L’individu : première richesse de l’exploitation
Mais si l’expertise chiffrée est un préalable à toute analyse économique objective, elle ne règle pas tout. “Il faut garder une cohérence sociale dans nos systèmes, a-t-on rétorqué du côté de la salle. Pour mesurer la pertinence économique en élevage, il faut tenir compte du temps passé. Tenir compte du bénévolat aux travers du coup de main des parents à la retraite ou du beau-frère”. Avis partagé à 200 % par le président de l’AS Manche mais aussi par Gérard Sidot qui place l’homme au cœur du système. “Il faut investir sur l’individu, c’est la première richesse de l’exploitation, a-t-il martelé. Il faut intégrer le coût de la main-d’œuvre dans le prix de revient du lait”. Et en y intégrant le coût fictif d’une main-d’œuvre bénévole, on pourra mieux appréhender la pérennité d’un système le jour où il faudra faire appel au salariat de substitution. Une façon de remettre les pendules à l’heure.

Prix du lait : les lois de la relativité
Après ce préalable, le directeur du BTPL a tenté de répondre à cette question posée par les laitiers manchois : “quelles marges de progrès dans nos ateliers ?” “Le prix du lait n’a pas autant d’importance qu’on pourrait le penser sur le revenu de l’exploitation. Il faut prendre en compte la compétitivité du travail, même si ça ne fait pas plaisir, mais aussi la technique”. Pour illustrer ses propos décapants, Gérard Sidot a rappelé que la problématique de la mortalité des veaux(1), voire des vaches, la valorisation insuffisante des réformes (...), se soldaient par un delta de 80 e/1 000 l de marge brute ou de 20 000 e traduit en unité de main-d’œuvre. D’où la nécessité de disposer des bons indicateurs de rentabilité : “il faut travailler sur l’analytique. Déléguez vos labours , vos semis aux entreprises pour prendre le temps d’analyser la gestion de votre troupeau. N’investissez pas dans la ferraille et dans la tôle mais dans l’individu. Arrêtez d’être pessimiste. Sortez de la Manche.” Et de faire sienne une petite phrase de Christiane Lambert (vice-présidente de la FNSEA) : “pour réussir demain, il faut développer le travail assis et réduire le travail debout”.

La variabilité est intra-régionale
L’expertise du BTPL repose sur un réseau hexagonale de 24 coopératives adhérentes dont Isigny-Ste-Mère, Maîtres Laitiers et Elle&Vire en Basse-Normandie. Mais son champ d’investigation dépasse les frontières nationales grâce à son implication au sein du réseau européen EDF (European Dairy Farmers). Son expérience a permis de mettre en évidence que la rentabilité des ateliers laitiers n’est pas inter-régionale mais intra-régionale. La variabilité est plus importante à l’échelon Normandie qu’en comparant notre région à celle du Centre. Dans la même veine, on ne peut pas faire de lien entre la taille du troupeau et son niveau de rentabilité. La crise laitière concerne des gros et des petits. Elle en épargne aussi. Preuve qu’il existe bien dans tous les systèmes une petite marge de manœuvre. Et dans ce défi pour demain, la Basse-Normandie n’est pas la plus mal lotie notamment au regard de ses entreprises de transformations. 

(1): 14 % des veaux dans la Manche ne passent pas les 8 jours.

Exit CCAM, bonjour AS Manche
Pour sa première assemblée générale sous sa nouvelle identité, AS (Accompagnement Stratégie) Manche a bousculé ses habitudes en décentralisant ses travaux dans le nord Manche et profité de la proximité pour visiter l’usine des Maîtres Laitiers de Sottevast. AS Manche (anciennement AS/CCAM, centre de gestion agréé habilité créé en 1983 à l’initiative de la FDSEA et des JA) est devenu le 1er janvier dernier Association de Gestion et de Comptabilité inscrite à la suite du tableau de l’Ordre des Experts Comptables de Normandie. A l’échelon hexagonal, 50 AGC se sont fédérés au sein d’un réseau national pour une puissance de feu de 2 500 salariés au service de 100 000 entreprises adhérentes.

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