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1974
Faucille et armée révolutionnent l’ensilage de maïs

Le 23 septembre prochain à partir de 14 h se tiendra à Chaulieu, aux confins de l’Orne, de la Manche et du Calvados, la fête de l’ensilage de maïs à l’ancienne. Clin d’œil dans le rétroviseur.

S’il est une campagne maïs qui a marqué les esprits, c’est bien l’année 1974. 1974 est à l’ensilage ce que 1976 fut à la moisson. Deux crus marqués par des conditions météorologiques exceptionnelles comme quoi, il y a plus de 30 ans déjà, "y a plus de saisons ma pauv’ dame!" Excès d’humidité dans un cas, sécheresse inégalée deux ans plus tard mais un dénominateur commun à ces accidents de la nature : un incroyable élan de solidarité au sein du monde paysan. La machine et la technologie ne sont rien sans l’homme.

Et 1, et 2, et 3 rangs
Tout s’annonçait pourtant bien dans notre édition du 6 septembre 1974. "La récolte du maïs-fourrage : mettez toutes les chances de votre côté," pouvait-on lire. Un article de 2 pages noirci par les plumes de MM Lechopier et Sauvalle de l’EDE du Calvados.  Ils évoquaient les différents débits de chantier. De l’ensileuse portée 1 rang qui "peut traîner la remorque ce qui économise un tracteur et un homme. Mais le débit sera diminué en raison des temps d’accrochage et de décrochage" à l’automotrice 3 rangs développant 200 cv. Il faut alors, selon les configurations, d’1 h30 à 4 h 30 pour ensiler un ha pour un coût global de chantier variant de 464 à 561 F/ha.
Toujours pas d’inquiétude tout début octobre. Notre journal publie une grille de détermination du prix du maïs sur pied. Sur une base de 52 F le sac de grain, le prix à l’hectare varie de 2 011 F (20 % de MS et 8 T de MS/ha) à 3 890 F (35 % de MS et 14 T de MS/ha).
Changement de ton vers le 11 octobre. "Le vent et la pluie ralentissent le déroulement des chantiers",titre notre regretté confrère Jacques Martin (responsable alors de l’édition de l’Orne). Si le Perche est épargné, Bocage, Pays d’Auge et Pays d’Ouche font face à des conditions météo exécrables : 18 mm d’eau en quelques jours et des vents violents. On évoque ici ou là jusqu’à 50 % de perte.
Ça monte d’un cran la semaine suivante. Le sujet fait la UNE de notre  édition du 18 octobre. Tracteurs, remorques et ensileuses s’enlisent dans les champs.
Rien ne va plus fin octobre : "avec la persistance du mauvais temps, la récolte du maïs est très compromise". Les FDSEA du Calvados et de la Manche en appellent à l’armée. On manque de bras mais aussi de machines. Des contacts avec des départements plus au sud de la Normandie ont été établis pour tenter de faire monter du matériel spécial: tracteurs à chenilles, tracteurs à roues cages, matériel militaire, récolteuse de riz...
Certains éleveurs vont même jusqu’à faire pâturer leur champ de maïs, ce qui n’est pas sans risque. L’un d’eux perdra 6 vaches par intoxication.
L’armée à la rescousse
On mesure véritablement l’ampleur de la catastrophe dans notre édition du 8 novembre. Dans certaines régions, seuls 25 % des ensilages ont été récoltés et la pluie perdure. 400 mm d’eau en 2 mois dans la Manche ou bien encore 330 mm dans le pays d’Auge en octobre : un record absolu. Les champs de maïs deviennent des champs de bataille, c’est Verdun. Les half-tracks (automoteur puissant à 4 roues motrices) de la Gendarmerie ou les engins de travaux publics s’avèrent inefficaces dans la boue et trop coûteux. Seul système D qui fonctionne : la faucille pour alimenter une ensileuse en poste fixe. Encore faut-il trouver les bras disponibles. Le syndicalisme fait le forcing. Une trentaine de militaires arrive dans la Manche.
Le 6 novembre, le Préfet de l’Orne se rend dans les champs. Accompagné de MM. Droulin et Moreau (respectivement secrétaire général de la FDSEA 61 et de l’union cantonale de Vimoutiers), il confirme l’arrivée imminente de soldats du contingent supplémentaire. Ils seront affectés par groupes de dix dans les exploitations contraintes de ramasser à la faucille. Il en coûtera à l’agriculteur vingt francs par soldat et par jour.

Comment passer l’hiver ?
Epilogue de cette campagne maïs 1974 dans notre édition du 6 décembre. Notre journal consacre deux pages au thème suivant : "comment passer l’hiver au moindre mal avec des stocks d’ensilage maïs insuffisants et de qualité médiocre ?" Pas de recette miracle. Les rations à base de betteraves, de luzerne déshydratée + paille, de paille + céréales (...) offrent quelques alternatives mais pour sûr, "l’hiver sera dur pour l’estomac des laitières". Automne 1974, on en parlera encore dans 50 ans. C’était sans compter sur l’été 1976 qui a encore plus marqué les esprits. Mais l’été 2007 est passé par là. Les moissonneuses-batteuses se sont embourbées dans les blés. Pourquoi pas les ensileuses dans les maïs ? Dur, dur, l’armée de contingent n’existe plus. Pourvu qu’il ne pleuve pas le 23 !

Th. Guillemot
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