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Stratégie
Faut-il acheter des vaches pour produire plus ?

La question est d’actualité car beaucoup d’éleveurs bas-normands s’interrogent sur l’opportunité d’augmenter la production de leur cheptel comme les industriels laitiers leur demandent.

Et ce, d’autant plus que l’année fourragère n’a pas toujours permis de prendre de l’avance sur la réalisation droit à produire. Le climat très particulier de cette année a eu un effet négatif sur la quantité et la qualité des stocks. Si l’on rajoute à ces éléments une conjoncture céréales euphorique qui conduit au renchérissement des concentrés, la réponse à la question devient souvent difficile.

D’abord pour produire plus, il faut des stocks...
Le premier élément de réponse est déjà dans l’état des stocks disponibles. Compte tenu du printemps humide, les stocks récoltés sur herbe sont souvent faibles mais surtout de qualité médiocre. Quelques analyses de foins de première coupe fauchés avec plus d’un mois de retard par rapport à l’année dernière réalisées dans les réseaux d’élevages montrent des valeurs comprises entre 0,40 et 0,45 UFL par kg de MS, et 0, 50 à 0, 55 UFL pour les regains. Bien sûr, tous ne sont pas comme ceux-ci, mais la qualité moyenne des foins de cette année se situe bien en dessous de celle des années précédentes et souvent la disponibilité est faible. Dans ce contexte, les prix risquent d’être élevés et spéculatifs sans toujours garantir la qualité du fourrage acheté.
Il est trop tôt pour évaluer les récoltes de maïs ensilage, mais l’hétérogénéité est déjà bien visible selon les dates de semis et les choix variétaux. Là aussi, les prix risquent d’être élevés et l’offre réduite.
Dans ces conditions, une disponibilité conséquente en stocks est la condition indispensable pour imaginer développer sa production laitière. L’achat de fourrages contribuerait à fortement augmenter les coûts de production, et tout particulièrement le coût alimentaire. L’aliment MASH® peut offrir plus de disponibilité, et peut être une solution pour pallier un déficit fourrager temporaire, mais lui aussi subira le cours élevé des céréales. Enfin les coproduits, subissent également la spéculation. La disponibilité sera faible dans la mesure où un forte proportion des ces produits seront orientés vers la déshydratation.

... Ensuite trouver les vaches
Dans un contexte où la perspective de “rallonges” laitières peut s’offrir à tous les éleveurs, tous sont dans la même phase d’interrogation et s’inscrivent dans les mêmes stratégies. Le contexte du moment crée une forte demande sur des vaches en lactation ou des génisses amouillantes alors que la disponibilité n’est pas supérieure à celle des années passées. Lorsque tout le monde cherche le même produit, son prix flambe !
Les prix se situent actuellement à des niveaux très élevés ; 1 500, 1 700 € et parfois plus, pour des vaches en lait. Ces prix peuvent très bien se justifier, à condition toutefois que le niveau de production et la qualité du lait soient au rendez vous. Or ces deux éléments sont souvent mal appréhendés au moment de l’achat de l’animal.
Le stade de lactation et le niveau de production sont deux éléments importants du calcul. La valeur de l’animal s’amortira d’autant mieux que sa production sera élevée et que la vache aura la possibilité de réaliser une seconde lactation (voir calculs).
Attention aussi à l’impact sanitaire. Il est toujours délicat d’introduire dans l’urgence de nouvelles vaches aux origines et situations trop peu connues. Il ne s’agit pas de dégrader la qualité du lait initialement produit et perdre sur le prix ce que l’on va gagner sur la quantité. Le choix de l’animal est primordial dans ce contexte.
La signature d’un billet de garantie conventionnelle permet de s’entendre sur les conditions de reprise de l’animal en cas d’analyses sanitaires défavorables. On peut ajouter aux analyses obligatoires des conditions indispensables à la poursuite de la carrière de l’animal dans l’élevage (cellules par exemple).
Il n’y aura pas de période d’essai et de phase d’observation pour la nouvelle vache qui entrera directement en production. Son logement doit être assuré sans conduire à une sur densité préjudiciable au confort et à l’ambiance en bâtiment.

Puis prendre en compte le prix du lait et le coût alimentaire
Autre élément à prendre en compte est le prix du lait sur l’exploitation. Bien sûr les augmentations sur le prix de base permettent d’amortir l’investis-sement en cheptel, mais plus le prix est élevé et plus l’intérêt d’acheter des vaches est fort. Ce sera plus particulièrement le cas des exploitations en filières de qualité disposant de compléments de prix conséquents et faisant le cumul des primes liées à la qualité sanitaire.
Si le prix du lait est altéré pour des raisons de qualité (cellules, butyriques), il est préférable de mettre en œuvre des actions pour améliorer cette qualité plutôt que d’investir pour produire une plus grande quantité de lait mal payé.
Enfin, le coût alimentaire de l’atelier laitier est aussi un élément déterminant. Rappelons que l’objectif est d’être inférieur à 90 €/1 000 litres. Le coût alimentaire des vaches supplémentaires peut être considéré comme marginal, mais sur l’ensemble d’un troupeau les économies possibles sont parfois très importantes. Pour une référence de 250 000 litres, + 10 €/1 000 litres par rapport à la référence c’est annuellement + 2 500 € ! Pour ceux dépassant cet objectif de 90 €/1 000 litres, l’intérêt de recaler les coûts fourragers et les coûts de concentrés sera toujours plus gagnant que de chercher à produire une “rallonge” laitière.
Après la synthèse de l’ensemble de ces paramètres, il faut admettre un taux d’échec pour les animaux introduits. Ce taux d’échec peut être important pour des génisses amouillantes. Il est plus faible pour des vaches en lait, mais il n’est pas nul.

Enfin, bien raisonner l’intérêt économique de son achat, selon sa propre situation
Les différents éléments à prendre en compte doit conduire à raisonner sous forme d’un budget partiel que chacun peut réaliser avec ses valeurs. Dans les cas présentés ci-après deux situations sont mises en évidence où la différence essentielle est la durée de présence de la vache achetée.

Pour conclure...
Répondre rapidement à une augmentation de production comporte toujours le risque de déstabiliser  le système d’exploita-tion en place par un impact sanitaire ou alimentaire imprévu.
Produire plus sur la fin de campagne implique en tout premier lieu, une disponibilité fourragère assurée en quantité et qualité. Mais la présence de stocks ne garantit pas pour autant l’achat effréné de vaches supplémentaires pour augmenter les volumes.
L’achat de vache en lait doit d’abord se faire avec toutes les règles de prudence sanitaires et si possible avec une bonne évaluation du niveau de production journalière. Une vache mise sur le marché en cours de lactation l’est toujours pour une bonne raison qu’il est judicieux de connaître.
Rappelons encore que les facteurs de variation qui déterminent l’intérêt économique de cette stratégie sont nombreux. Outre le prix de la vache, il y a également le niveau de valorisation du lait, le coût alimentaire, la valeur de la réforme à venir et d’une manière générale le niveau de maîtrise des charges d’élevage (vétérinaires, frais d’élevage, paille...).
Au regard des quelques exemples fournis ici, et compte tenu du contexte (prix des produits, disponibilité en vaches laitières), l’achat d’une vache en lactation n’est pas pertinent s’il s’agit de simplement répondre à une augmentation momentanée de la production comme une rallonge laitière en fin de campagne. Et ceci est d’autant plus vrai si vous devez amortir votre investissement sur une courte durée. En revanche si l’accroissement de volume est plus structurel et permanent, alors oui cette stratégie est payante.
Jérôme PAVIE
Réseaux d'Elevage
de Basse-Normandie
Etienne DOLIGEZ
Syndicat de Contrôle Laitier du Calvados

Exemple n°1
Achat d’une VL pour 6 mois

Exploitation achetant une vache en lait à 1 700 € pour 6 mois de lactation avec une production moyenne de 20 litres/jour. Sa production sur 180 jours sera alors de 3 600 litres.
- Prix du lait vente laiterie :     350 €/1 000 litres.
- Coût alimentaire (période hivernale seulement) :         90 €/1 000 litres.
- Frais vétérinaire et élevage : 30 €/1 000 litres.
La vache est réformée à l’issue des 6 mois de production, et vendue au prix de 900 €. Elle touche une PAB de 32 €.
Rappel du raisonnement d’un budget partiel
Eléments favorables à l’achat d’une vache = produits en plus + les charges en moins.
Eléments défavorables à l’achat d’un vache = produits en moins + les charges en plus.

Dans cette situation, l’intérêt est quasi nul (124 € par vache achetée). La production de 3 600 litres au prix de 350 € / 1 000 litres ne permet pas “d’amortir” le prix d’achat de la vache sur 6 mois, même avec des niveaux de charges maîtrisés.

Dans le cas le plus favorable où la production par jour (moyenne sur 6 mois) serait de 30 litres (tableau 1) et dans un contexte de prix de 370 €/1 000 litres, l’intérêt de l’achat d’un vache à amortir sur 6 mois devient très favorable avec 582 €.
Bien sûr et sans surprise, le prix d’achat de la vache est l’autre élément déterminant de ce calcul de prix d’intérêt (tableau 2).
 

Exemple n°2
Achat d’une VL pour 18 mois

Même situation que l’exemple 1 mais la vache est gardée sur une lactation suivante complète. Elle produira alors 1,5 lactation sur l’exploitation, soit 6 500 litres (20 litres par jour x 180 jours).
- Prix du lait vente laiterie :     350 €/1 000 litres.
- Coût alimentaire :        80 % de 90 €/1 000 litres car il intègre une saison de pâturage, soit : 72 €/1 000 litres.
- Frais vétérinaire et élevage (une IA et un vêlage) :         40 €/1 000 litres.
La vache est réformée à l’issue des 18 mois de production et vendue au prix de 900 € avec une PAB de 32 €.
Sur une lactation et demie, l’intérêt d’acheter une vache devient très favorable. Il s’élève à 1 745 € sur 18 mois, soit l’équivalent d’un gain de 1 160 € par lactation complète. Nous n’oublierons pas tout de même  un impact négatif sur la trésorerie la première année avec l’achat de la vache supplémentaire.
D’une manière générale, plus la carrière de la vache sera longue sur l’exploitation et plus son prix d’achat sera facilement amorti. L’achat de vaches supplémentaire doit donc s’inscrire sur une stratégie à plus long terme visant un accroissement durable du volume de lait ou en compensation à un manque d’animaux de renouvellement.

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