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Favoriser le changement par l'échange de groupe

Le réseau des Civam Normands s'est engagé dans le réseau Dephy d'Ecophyto en accompagnant un groupe de 10 agriculteurs dans l'Orne.

Les éleveurs de ce groupe Dephy Ferme se situent sur le bassin versant de la Rouvre, reconnu comme prioritaire par l’Agence de l’eau. Leur objectif est de développer l’autonomie globale de l’exploitation pour faire des économies sur tous les intrants. Cette autonomie se concrétise par la production de cultures à bas niveau d’intrant pour l’alimentation des animaux. De plus, la mobilisation de connaissances techniques leur permet davantage d’autonomie dans la prise de décision de déclenchement de traitements. C’est pourquoi, le groupe s’est orienté vers des systèmes polycultures et élevages herbagers pâturant autonomes et économes.

Focus sur la ferme de Jacqueline Toutain
L’exploitation est située au cœur du bocage Ornais et bénéficie d’un climat plutôt humide et doux. D’une surface de 72 ha, dont un peu plus de 30 en rotation avec les cultures, Jacqueline Toutain produit 291 000 litres de lait avec ses 50 vaches laitières. Se retrouvant seule sur la ferme en 2007 avec une situation financière tendue, un changement était nécessaire. C’est pourquoi, en 2011, elle signe une Maec « Système Fourrager Économe en Intrant » et intègre un groupe Civam travaillant sur l’herbe. Durant cette période, elle participe à plusieurs réunions du groupe Dephy pour finalement s’engager avec celui-ci en 2015.

>> Comment as-tu fait pour baisser ton IFT ?
J’ai commencé par faire des rotations qui permettent de réduire efficacement l’IFT. J’ai intégré l’herbe dans ma rotation depuis 5 ans. Avant je faisais du maïs, blé, maïs, blé … Je faisais 2 passages de traitement sur le maïs et 3 ou 4 sur le blé.
J’ai ensuite implanté des espèces plus résistantes aux maladies, comme par exemple le triticale qui a remplacé le blé. Par la suite j’ai intégré le méteil dans ma rotation, culture qui n’a pas besoin de traitements.
J’ai aussi travaillé sur les dates et densités de semis. Pour les cultures dans ma rotation, l’important est de ne pas semer trop tôt. Par exemple, pour les céréales, semer plutôt début novembre que fin octobre permet de limiter les risques des maladies et le développement des pucerons sur la culture. Semer moins épais diminue aussi les risques de maladies.
« Le plus important c’est d’agir avant que les maladies arrivent pour éviter d’avoir à traiter. »
Depuis l’année dernière, je fais du désherbage mécanique sur mon maïs. C’est une entreprise qui le fait et j’en suis contente. Certains membres du groupe Dephy se sont équipés à plusieurs mais ils sont un peu loin de ma ferme. L’année dernière, un passage phyto m’a couté environ 30€ par hectare alors que celui de la bineuse 40€, soit un écart de 10€ par hectare. Après, il n’y a pas que le côté herbier, le binage agit aussi sur le sol en l’aérant et en butant les rangs. Pour le moment, je passe en rattrapage uniquement mais je vais essayer l’année prochaine de le faire en premier passage.

>> Qu’est-ce que le groupe Dephy t’a apporté ?
Pas mal de choses, tout d’abord plus d’autonomie concernant mes achats de concentrés pour les animaux et d’engrais pour mes cultures. Il m’a permis de me former sur la gestion des prairies et des cultures, l’importance des haies mais aussi le fonctionnement de la vie du sol, l’environnement et de tout ce qui entoure nos fermes.
Au départ, j’étais juste là pour découvrir, mais le fait de voir que certains ont déjà fait des changements et que cela fonctionne, ça m’a rassuré. Faire évoluer son système peut-être stressant, mais le groupe m’a permis de relativiser et de me détacher des avis extérieurs. Sans le groupe, je ne me serais certainement pas lancée. De plus, le groupe m’a permis de rencontrer et de connaitre de belles personnes.
« Ça leur arrive aussi aux autres de se tromper. »

>> Que pourrais-tu dire à un agriculteur qui souhaite réduire ses traitements phytosanitaires ?
La première étape c’est de s’entourer d’autres agriculteurs. Ce n’est pas forcément facile d’intégrer un groupe déjà constitué mais cela permet, comme dit précédemment, de se rassurer et de se conforter dans ses changements.
Ensuite, je dirais qu’il faut y aller petit à petit et ne pas vouloir tout changer d’un coup. L’intégration de l’herbe dans la rotation et travailler sur la gestion des prairies sont les premières choses à mettre en place pour faire des économies en système polyculture élevage.
Le troisième conseil que je pourrais donner c’est de prendre en compte le potentiel de son terrain. Chaque ferme n’a pas le même outil de travail. Il faut être réaliste et faire avec ce que l’on a. Par exemple, sur une parcelle avec des cailloux, ne pas s’entêter à labourer.

Pour plus d’informations
Réseau des Civam Normands
2 rue de Montsecret – Vassy - 14410 Valdallière - Tél: 02.31.68.80.58
Mail: alexandre.malinge@civam.org - Web: civam-normands.org

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