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FDSEA 14 : préserver l’entente obligatoire

Pour sa dernière assemblée générale en tant que président de la FDSEA, Patrice Lepainteur, en rendant hommage à Xavier Beulin (le président de la FNSEA trop tôt disparu) a tracé la voie à suivre : «préserver l’entente obligatoire dans l’intérêt des agriculteurs de notre département.» Une vision qui doit se construire collectivement. Décryptage.

llll L’assemblée générale de la FDSEA du Calvados s’est tenue mercredi dernier à Caen. L’occasion pour son président, Patrice Lepainteur, de rendre hommage dans un moment de recueillement à Xavier Beulin, disparu il y a quelques semaines. «Xavier était un visionnaire. Il nous avait tracé la voie. A nous de poursuivre ce chemin avec l’ensemble des organisations économiques». Sylvie Brunel, invitée aux travaux, s’est associée à ces propos fustigeant au passage «les médias qui ont trainé Xavier Beulin dans la boue. C’est en partie ce qui l’a tué».

Faire fi des anciennes querelles
Pour son dernier rapport d’orientation, Patrice Lepainteur a lui aussi tracé une voie. «A l’heure où la FDSEA va connaitre d’autres responsables, je formule le vœu de préserver l’entente obligatoire, dans un climat d’ambiance conviviale. Je formule le vœu qu’au-delà de notre structure syndicale, nous mettions en avant l’intérêt des agriculteurs de notre département sur des intérêts partisans. Ne construisons pas l’avenir sur d’anciennes querelles syndicales mais sur une vision partagée de l’agriculture de demain.
Cette vision doit aussi se construire avec l’ensemble des organisations agricoles, qu’elles soient d’ordre mutualistes ou économiques. Le rôle de responsable syndical ne doit pas s’arrêter qu’à la mise en place d’actions de contestations, mais de travailler avec nos outils économiques et coopératifs pour imaginer une complémentarité d’actions qui visent à l’amélioration de nos situations.»

Eviter l’affrontement
Une prise de position largement partagée à en croire l’applaudimètre.
Mais si le syndicalisme n’a plus d’énergie à dépenser en luttes fratricides, d’autres écueils sont à éviter. Lors des différentes prises de parole, c’est notamment la coopération qui a été secouée. «A l’heure où les relations se tendent parfois sur des incompréhensions entre le syndicalisme et la coopération, il est de notre devoir d’aller confronter nos points de vue avec les responsables élus de la coopération qui détiennent la même légitimité que nous puisqu’ils ont été aussi élus. Ne tombons pas dans le piège de l’affrontement que l’ensemble des agriculteurs ne nous pardonnerait pas», a insisté Patrice Lepainteur. En d’autres termes, le monde agricole doit laver son linge sale en famille afin de monter au front de la communication uni. Un sentiment partagé par Sylvie Brunel qui, invitée il y a peu à l’assemblée générale de la Coordination Rurale, a regretté la stratégie de ce syndicat qui consiste avant tout à faire de l’anti-FNSEA. Les enjeux de demain, «nourrir 10 milliards d’hommes 3 fois par jour»,  méritent de prendre un peu de hauteur.

Refaire de l’agriculture une priorité
Géographe et ayant œuvré de nombreuses années dans des ONG (Organisation Non Gouvernementale) humanitaires, Sylvie Brunel discourt à contre courant du bien pensant médiatico-politique. «Il faut refaire de l’agriculture une priorité pour sauver la France», insiste-t-elle. «Entre l’évolution démographique et le changement climatique, il ne faut pas relâcher la pression. La famine est toujours une réalité en 2017. La faim constitue une arme de guerre en Syrie». Elle défend donc une agriculture qui produit à un prix compétitif «car le prix de la nourriture conditionne la paix sociale».
Elle n’exclut pas le bio mais rappelle au passage «que c’est une graine de concombre bio qui à fait 53 morts il y a quelques années». Elle n’est pas contre les circuits courts qui supposent de moins manger en hiver et de se priver définitivement de café. Elle n’est pas contre les végétariens mais rappelle que l’herbe n’est pas un aliment assimilable par l’humain d’où l’intérêt de la vache et que l’on vend aujourd’hui des substituts de viande plus cher que la viande. En d’autres termes, Sylvie Brunel défend l’agriculture à la française (rejoignant en ce sens la politique agricole défendue par François Fillon) «deuxième employeur et qui pilote 2/3 des paysages. Nous faisons aussi partie des pays qui ont la plus longue espérance de vie». Alors pourquoi autant de désamour et pourquoi ce fossé qui semble se creuse de plus en plus profondément entre les agriculteurs et la société ? «95 % de notre population est sous influence urbaine. Il existe un racisme urbain qui veut que l’agriculteur soit un peu plus pauvre que les autres». Mais loin de baisser les bras, la professeure à la Sorbonne invite chacun à se retrousser les manches. Un message relayé par Patrice Lepainteur, Anne-Marie Denis (présidente de la FDSEA 61) et Nicolas Declomesnil (président de JA 14) qui participaient à cette table ronde. Dans ce plaidoyer pour l’agriculture, ils ont défendu une image positive et d’avenir du métier d’agriculteur. «La sécurité alimentaire, quantitativement et qualitativement, devient un enjeu stratégique. Les prix jouent au yoyo, être éleveur est devenu un métier à risque, notre colère est légitime mais nous devons communiquer autrement sur notre métier», partagent les responsables syndicaux. Un écho à cette productrice de lait qui dénonçait la grande distribution s’accaparant l’image de l’agriculture.

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