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FDSEA 61 - environnement et agriculture : en "vert" et contre tous

Pour son assemblée générale, la FDSEA de l'Orne a illustré le lien entre les difficultés quotidiennes du terrain et le travail des responsables nationaux. La surenchère environnementale pèse parfois sur le moral. Sous le regard des élus locaux, le débat a permis de mettre des mots sur les maux des exploitants. Le syndicat a donné la parole aux producteurs pour un échange direct avec Eric Thirouin, président de la commission environnement de la FNSEA.

© VM

« Sur leur ferme, les agriculteurs se demandent souvent : que fait la FNSEA pour moi ? », remarque Sylvain Delye, responsable de la commission environnement de la FDSEA de l'Orne. Questions, doutes, incertitudes se sont exprimés à travers le témoignage de quatre agriculteurs. L'exercice n'est pas exhaustif. Il a cependant le mérite de souligner la concordance entre le quotidien des agriculteurs et les actions menées par les responsables de la  FNSEA. Parmi ces derniers, tous ont leur spécialité. Celle d'Eric Thirouin, c'est l'environnement. Le dossier s'avère suffisamment vaste pour alimenter deux heures de débats.
Le thème "l'agriculture, une chance pour l'environnement ?" a rempli la halle aux Toiles d'Alençon. Éleveurs de porcs, de volailles de bovins ou céréaliers : la question environnementale les réunit tous. Face aux élus locaux, Denis, Benoit, Thierry et Alexis ont témoigné au nom de leurs collègues. Nombreux sont ceux qui se retrouveront dans leurs propos. Ces agriculteurs ont pointé la multiplication des normes. Tous demandent une « ligne claire et des règles stables »

Denis Douchis : pas de sans labour sans glyphosate
Premier de ces grands témoins, Denis Douchy (canton de Courtomer) est installé depuis deux ans sur la ferme familiale.  Il produit notamment des semences qui lui donnent une vision sur les recettes de son exploitation. Pour les pois, un régulateur de croissance a été retiré du marché. « J'ai pu récolter dans un seul sens ! La démarche a été très compliquée. Cette année, j'ai donc refusé un contrat qui m'apportait 160 EUR/ha de marge supplémentaire par rapport à un pois standard ». L'agriculteur s'inquiète  aussi de l'avenir du glyphosate : «Sans ce produit, je serais obligé de revenir au labour. Car le glyphosate me donne une solution de repli. Le « sans labour» permet de limiter l'utilisation de molécules ». Le concept s'avère difficile à décrypter auprès du grand public. Sur ce dossier, Eric Thirouin peut témoigner des longues tractations dans les cabinets parisiens. Stéphane Le Foll était favorable au maintien du glyphosate et Ségolène Royal, opposée. Le travail de la FNSEA est parfois invisible. « Nous étions parvenus à un accord interministériel. Le temps d'un week-end, les positions ont changé. Au final sur les 28 pays de l'Union européenne, deux étaient contre l'autorisation du glyphosate.  La France et Malte ». Le « monsieur environnement de la FNSEA » pointe les ONG environnementales : « il faudra se poser la question de savoir si elles sont représentatives ? Cette interrogation est valable dans les départements ». Les élus locaux présents au premier rang pourront la méditer... 

Benoît Guérin : des bois de haie à revaloriser localement
Second témoignage : celui de Benoit Guérin. L'homme est installé à proximité de Flers. Il élève 65 vaches normandes. Sur ses 80 ha, 60 % sont composés de prairie naturelle. L'agriculteur constate une sous-valorisation de ses haies. « Leur entretien représente un coût élevé et le bois n'est pas acheté correctement ». Ce constat est partagé par Eric Thirouin. « Nous adressons ce message à nos hommes politiques. Arrêtez de tergiverser ! Il faut assumer ses exigences environnementales. Cela passe par une bonne valorisation locale du bois. Nous ne voulons pas non plus que les haies soient mises sous cloche. Les agriculteurs ne planteront pas pour se créer des contraintes. Nous tentons de faire passer ce message depuis longtemps », insiste Eric Thirouin.
L'autre inquiétude de l'éleveur concerne le stockage des effluents d'élevage. Depuis de nombreux mois, la FNSEA s'active en coulisse. Pour rappel, la France a été condamnée en 2014 sur sa mauvaise application de la directive nitrates. « Nous avons ensuite négocié pas à pas. Les responsables du dossier à l'Europe sont venus en France. Nous avons finalement obtenu le droit de stocker 9 mois en couvrant le sol », détaille le président de la commission environnement de la FNSEA.

Thierry Vandermeersch : point de salut sans drainage
Thierry Vandermeersch est, lui,  confronté à des parcelles humides dans le secteur de l'Aigle. Avec le durcissement des normes, le drainage y est interdit. « J'ai pu y faire une moitié de récolte. Le rendement était de 20 qx/ha. La moisson a été effectuée avec une batteuse à chenille. J'ai perdu de l'argent. Ce problème de portance des sols est valable aussi bien pour les cultures que pour les animaux », raconte l'agriculteur. Sylvain Delye, responsable de la commission environnement de la FDSEA 61 et de la FRSEA Basse-Normandie, milite pour « une inversion de la charge de la preuve pour savoir si une terre peut être drainée ou non ».
Pour rappel : la loi sur l'eau, révisée en 2009, contraint le drainage. Son application plus stricte depuis 2014 provoque l'arrêt de projet. Les dossiers s'avèrent trop lourds à monter pour un résultat souvent négatif. Le classement en zone humide se détermine par rapport à une grille intitulée «GEPPA». La loi autorise le préfet de région à supprimer deux tranches de cette grille. Pendant 15 mois, la FDSEA 61 a porté cette demande à l'échelle départementale.  La DDT et la préfecture l'ont validée. Le préfet de région doit maintenant trancher.

Alexis Brière : pas copain comme cochon avec quelques voisins
Dernier intervenant de la soirée, Alexis Brière illustre la délicate cohabitation avec les néo-ruraux. Avec ses associés, il a choisi d'agrandir l'atelier porc et de ne plus acheter de porcelets. Objectif : favoriser l'autonomie de l'exploitation. L'administration a validé le dossier. La décision a d'ailleurs été confirmée par Isabelle David, préfète de l'Orne. « Seuls quelques voisins installés depuis 5-6 ans dans le village se sont opposés. On a eu des messages comme : 3 fois plus de cochons, 3 fois plus de cancer. C'est une pression dure à supporter  ». Une pétition en ligne a récolté 20 000 signatures. Ces soutiens ont parfois des origines farfelues venues de Singapour ou de Montréal. « Nous sommes aujourd'hui confrontés à l'émotionnel. Nous avons pourtant évité le pire. Le ministère voulait mettre en place une étude d'opportunité que les voisins pouvaient exiger afin de savoir s'il était opportun de produire du porc » explique Eric Thirouin. Ce dernier prend également l'exemple du Comité National de Transition Energétique. 13 ONG environnementales y siègent pour deux agriculteurs. « Là-bas, 50 % des dossiers traités concernent pourtant l'agriculture ».
Si la tâche du syndicalisme agricole n'est pas aisée dans l'Orne, les conflits  à Paris sont nombreux. D'où l'importance pour les représentants de la FNSEA de s'appuyer sur une base forte.

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