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FDSEA et JA du Calvados remettent les EGA sur la table des négociations

Jeudi 14 février, une délégation d’éleveurs a rencontré les directeurs des magasins Carrefour Côte de Nacre, à Caen, et de Cora, à Rots. Objectif : faire le point sur l’application des décrets issus des EGA pour le lait

© JP

Les EGA (États généraux de l’alimentation), aussi appelés Egalim et mis en route depuis un an et demi, ont pour objectif de modifier la mécanique de calcul des prix des produits alimentaires. Le but étant de partir du prix de revient des producteurs et de le décliner jusqu’au consommateur, afin d’arriver à une juste rémunération des producteurs. Deux décrets sont déjà parus : un sur le relèvement du seuil de revente à perte ; l’autre sur le l’encadrement des promotions, dont les producteurs ont souvent l’impression d’en supporter le coût. Le troisième, portant sur la prise en compte du prix de revient, est dans les tuyaux.
« Depuis des années, la période de janvier février est compliquée, car c’est celle des négociations sur les produits de marques entre les industriels et les grandes surfaces, souvent très tendues », contextualise Philippe Marie, responsable de la section lait à la FDSEA. Jeudi 14 février, il était accompagné par Nicolas Declomesnil et François Rihouet, tous deux JA, le premier du Calvados, le second de la Manche, pour discuter avec les responsables de Carrefour et de Cora.

Défendre les producteurs
« Tous les ans, nous sommes attentifs au déroulement des négociations, poursuit Philippe Marie. Et particulièrement cette année, car les EGA doivent enfin permettre une plus juste rémunération des agriculteurs. » Trois objectifs à la rencontre :  vérifier que le prix de revient est intégré dans les conditions générales de vente proposées par les industriels ; répondre aux questions de la distribution sur la mécanique de redescente du prix aux producteurs ; faire le point sur la prise en compte des règles des EGA par les distributeurs.
« Nous les avons interrogés sur le niveau d’augmentation des tarifs et avons remis les États généraux de l’alimentation sur la table », souligne Philippe Marie. « Les grandes surfaces sont attentives aux marchés de niche. Mais nous sommes là pour défendre les 60 000 producteurs de lait et pour surveiller les prix de tous les produits laitiers », ajoute François Rihouet.
Les distributeurs rencontrés jeudi dernier affirment respecter les EGA et appliquer les relèvements des seuils de revente à perte (SRP). Mais les producteurs émettent des doutes quant au ruissellement de la hausse de prix des produits, comme les sodas ou certains alcools, sur leur rémunération : « l’impact de ce point sera probablement limité pour nos produits, car les produits laitiers sont moins bataillés en prix que les sodas par exemple. L’État semble jouer son rôle en multipliant les contrôles de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), comme nous l’ont appris certains distributeurs », informe Philippe Marie.

Des concessions avec Lactalis
L’important pour le revenu des éleveurs est la prise en compte du prix de revient, autrement appelée construction du prix en marche avant. Premier point positif, « nous avons déjà des signatures entre les industriels et les distributeurs », constate Philippe Marie, alors que les années précédentes, tout se signait le soir de la date butoir, c’est-à-dire le 28 février.
Marc Duret, responsable des relations avec le monde agricole pour Carrefour France, confirme une contractualisation en amont : « nous avons fait des concessions avec Lactalis. Ce n’est pas parfait, mais nous entreprenons une démarche de co-construction. Nous voulons concrétiser le ruissellement. La modélisation de la construction du prix du lait est actée avec les marques nationales. On veut que les agriculteurs récupèrent de l’argent. » Il assure que Carrefour fait « un effort sur le lait » en « concrétisant plus tôt que d’habitude ». Mais nous aurons besoin de vérifier que ces augmentations de tarifs arriveront bien jusqu’aux producteurs.

À surveiller
Si les agriculteurs présents jeudi 14 février apprécient le geste, ils restent prudents. « En ce moment, les négociations sur les produits de marques vont dans le bon sens. Qu’en sera-t-il pour les marques distributeurs ? Ce n’est pas la première fois que nous constatons des avancées, qui retombent au bout de quelques mois. Pour être certains des résultats, il nous faudra faire le bilan au bout d’un an », estime Philippe Marie.
« Les négociations en cours sur les produits laitiers se passent mieux que les années précédentes, confirme Nicolas Declomesnil. Mais nous voulons que le coût de production soit pris en compte pour toutes les négociations de tous les produits laitiers, dont ceux des marques distributeurs. »
À l’issue de la rencontre avec Carrefour, le déménagement de la plateforme d’achat de Carpiquet a été évoqué : « nous ne sommes pas contre le développement économique des entreprises ni que la centrale d’achat reste en territoire caennais, mais nous serons vigilants sur la consommation de foncier agricole », conclut Nicolas Declomesnil.

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