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FDSEA/JA Manche : il est où le bout du tunnel ?

150 agriculteurs (ices), jeunes et aînés, ont répondu jeudi dernier à l’appel à la mobilisation lancé par la FDSEA et JA. Et si le syndicalisme a décidé de remettre le couvert du mécontentement, c’est parce que les éleveurs, toutes productions confondues, ne voient aucune issue à la crise qui les secoue depuis trop longtemps. Il manque dans l’envellope 2015 du plan d’urgence plus de 1 M€ alors que dans les exploitations, les factures 2016 commencent déjà à s’entasser.

«On sort des semis de maïs et nombreux sont ceux qui n’ont pas pu payer leurs semences». Antoine Maquerel, le nouveau patron JA départemental, est amer en ce milieu de printemps. «Les Jeunes Agriculteurs de la Manche ne peuvent pas accepter que, par manque de lisibilité pour l’avenir, des jeunes désireux de s’installer repoussent voire annulent leur projet. Rappelons que les installations d’aujourd’hui permettront de maintenir demain des industries et donc de l’emploi dans notre territoire rural». Et ils étaient nombreux les jeunes, jeudi dernier à St-Lô, à avoir répondu à l’appel de la FDSEA et de JA. 150 manifestants et une bonne dizaine de tracteurs se sont retrouvés vers 20 heures devant la mairie pour un défilé jusqu’à la préfecture où ils ont exprimé, avec retenue, leurs inquiétudes et désarrois.

Une perte de 210 M€
« Les semaines se suivent et se ressemblent, déplore Sébastien Amand (président de la FDSEA). La crise agricole se perpétue dans le temps,  depuis 18 mois. Aucune embellie n’est envisagée par les économistes. Cette crise est d’autant plus grave qu’en plus de durer, elle touche toutes les productions de l’élevage jusqu’au végétal ». Les chiffres parlent. Viande bovine : - 40 M€. Porcs : - 38 M€. Baisse de la PAC : - 11 M€. Légumes: - 6 M€. Lait: - 116 M€. Et la Ferme  Manche de faire ses totaux finaux. En cumulé, son chiffre d’affaires aura dévissé en 2015 de 210 M€. Et le pire est peut-être à venir puisque 2016 sera du même tonneau.


Un PSE complexe et insuffisant
Un PSE (Plan de Soutien à l’Elevage) avait pourtant été annoncé à grands coups d’effets d’annonce par les plus hautes autorités de l’Etat en septembre 2015 au lendemain de la grande manifestation parisienne. «Un effet pansement sur une jambe de bois, se fâchent les responsables syndicaux. L’enveloppe ne couvre que 10 à 15 % des pertes subies dans le département à cause de l’effondrement des cours agricoles. Concrètement, sa mise en œuvre a été longue et fastidieuse. Le PSE présente encore aujourd’hui de nombreuses incohérences. Les dossiers en cours d’instructions sont nombreux. Beaucoup d’exploitants, atterrés, n’ont pas encore réalisé de demande bien qu’entrant dans les critères d’éligibilité déterminés par l’Etat». Les freins dans l’instruction des dossiers et la lourdeur administrative, malgré les efforts déployés localement par les agents de la DDTM, pour un retour financier sans aucune réalité avec les pertes subies en ont découragé plus d’un. Et même quand tout a cheminé normalement, c’est un retard de paiement que la Ferme Manche subit. «Des paiements bloqués par France Agri Mer, des demandes non abondées faute d’enveloppe suffisante, listent la FDSEA et JA. Par ailleurs, certaines mesures comme l’année blanche aboutissent avec beaucoup de difficultés puis sont bloquées par les banques. Outre un PSE qui manque d’ambition, c’est une PAC incohérente que dénonce le syndicalisme.

Incohérente PAC
«La complexité des dossiers sur chaque déclaration se justifie par un traitement moyen de 500 SNA par dossier. Ceci implique des difficultés et un temps d’instruction supplémentaire. La dématérialisation via Télépac oblige les agriculteurs à avoir accès à internet à défaut de passer par des organismes de services pour leur déclaration (PAC, ABA, ABL...). Le département présente des zones blanches. Le traitement des ABA (Aides aux Bovins Allaitants) n’est toujours pas disponible à la DDTM. Les demandeurs 2015 et 2016 ne connaissent toujours pas leurs références. Les éleveurs n’ont pas connaissance des attributions qui seront effectives pour 2015, notamment pour les MAE. De ce fait, le risque d’une déclaration erronée est plus que probable. Ce manque de réactivité des services de l’Etat aura des conséquences pécuniaires sur la trésorerie  plus particulièrement chez les jeunes. Les agriculteurs font leur déclaration 2016 alors qu’ils n’ont pas encore de retour sur la télédéclaration 2015. Ils effectuent ainsi des demandes alors qu’ils n’ont à ce jour pas de réponse sur les critères de paiement vert comme la SIE...» Autant de sources d’inquiétudes que la délégation conduite par Sébastien Amand et Antoine Maquerel accompagnés de simples adhérents et reçue jeudi soir à la préfecture a recensées. Et si l’écoute locale est attentionnée, c’est plus à Paris que les leviers de décisions sont à actionner. La fronde manchoise pourrait ainsi trouver un écho national.  Soleil ou pas, début juin s’annonce déjà chaud.

Antoine Maquerel (président de JA)
«L’agenda concernant le solde du versement des aides PAC est inacceptable quand on sait que la PAC déclarée en 2015, au lieu d’être touchée en décembre comme habituellement, ne le sera que fin 2016. Inacceptable surtout pour les jeunes agriculteurs qui, installés en 2015, n’ont même pas pu percevoir d’ATR (Apport de Trésorerie Remboursable). Inacceptable encore pour les exploitations en redressement judiciaire qui ne peuvent pas percevoir d’ATR, considérée comme une aide. Autre revendication, c’est le plan de soutien à l’élevage décidé en septembre dernier. Il y a eu des critères d’éligibilité décidés en cellule départementale . Au final, beaucoup de demandes ont été reçues mais seuls ceux qui ont déclaré plus de 27 % de perte d’EBE seraient concernés. Or, on a environ 170 dossiers qui sont entre 25 % et 27 %. Les aides les concernant ne seraient pas versées faute de moyens, l’enveloppe ayant été consommée. Il manque plus de 1 M€. L’Etat doit aller au bout de ses engagements puisqu’il avait affirmé qu’il répondrait à l’ensemble des demandes. Concernant enfin le solde de versement de la PAC non versé, c’est bien parce que les circulaires qui auraient donné les moyens à la DDTM de faire son travail ne sont pas arrivés en département. Pendant ce temps, on sort des semis de maïs et nombreux sont ceux qui n’ont pas pu payer leurs semences».

 

Sébastien Amand (président de la FDSEA)
«Nous sommes d’abord là pour rappeler aux pouvoirs publics, aux élus mais aussi à la société que le monde agricole est toujours en crise. Certes, un plan de soutien à l’élevage a été mis en place en 2015 mais la Manche est un département à forte densité d’élevage alors ce plan n’est pas suffisamment conséquent. Sur les dossiers concernant le plan d’urgence déposés en 2015, il manque 1,1 M€. Par ailleurs, cette crise perdure dans toutes les filières animales, lait, viande bovine, viande porcine.... 2016 risque ainsi d’être encore plus dure que 2015. Les pouvoirs publics doivent donc réagir très vite et commencer à réfléchir à un plan de sortie de crise, version 2016. Au-delà, on ne pourra pas continuer de plan de soutien en plan de soutien. Il faut que nos élus, la société, prennent en considération que l’activité agricole doit être traitée de façon différente. Nous sommes sur une activité économique qui demande beaucoup de capitaux tout en dégageant peu de rentabilité et on voudrait la soumettre à la loi des marchés, à la loi des lobbies financiers mondiaux ou européens qui se servent des matières premières que nous produisons pour faire de la spéculation. Pour nos exploitations, c’est économiquement insurmontable. Ce que nous proposons concrètement, c’est de remettre sur la table le sujet de la TVA sociale».

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