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Questions à Manuel Rahain, commandant du groupement opérations du Sdis 14
Feux : "Les déchaumeurs effectuent une part très importante du travail. Sans leur intervention, les surfaces brûlées pourraient facilement être multipliées par deux"

À l'instar de la moisson, dont le calendrier n'a jamais été autant avancé en Normandie, les feux de surfaces cultivées, de végétations et de forêts n'ont jamais démarré aussi tôt dans le secteur, d'après le Sdis du Calvados.

En cette saison de travaux agricoles, combien d'hectares ont brûlé ?

Les bilans sont établis depuis le début de l'année. La grande majorité des incendies concerne toutefois la période allant de la mi-juin jusqu'à maintenant. Il y a aussi quelques petits feux de végétation plus isolés, mais cela reste très mineur. On totalise 140 ha de feux de végétation, dont 115 ha concernant les espaces cultivés. À titre de comparaison, l'année dernière, qui avait été une année très calme, nous n'avions enregistré que 18 ha.

Pouvez-vous établir un parallèle avec 2022 où la saison estivale a été caniculaire ?

Nous étions à 590 ha de feux de végétation sur l'ensemble de l'année 2022. Chaque année est différente. Mais, ce qui est sûr, c'est que les années ressemblant à celle que nous vivons actuellement deviennent de plus en plus fréquentes, avec des sécheresses estivales et des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes.

Lire aussi : 

En quoi cette année 2026 est-elle si particulière ?

Ce qui est vraiment notable par rapport aux années habituelles, c'est que la saison a démarré beaucoup plus tôt. C'est une tendance observée sur l'ensemble du territoire français. Les feux que nous connaissons actuellement surviennent normalement quinze jours à trois semaines plus tard.

Outre les fortes températures, comment l'expliquer ?

Le fait marquant, c'est la très faible hydrométrie et le niveau de sécheresse des sols qui sont particulièrement marqués.

Quelles sont les causes principales des départs de feu ?

Nous ne sommes pas qualifiés pour déterminer systématiquement l'origine précise de chaque incendie. Les enquêtes sont menées avec les services compétents de la gendarmerie. Il peut effectivement s'agir d'un problème mécanique, mais aussi de la présence de mégots. C'est pour cette raison que des messages de prévention sont régulièrement diffusés, que ce soit sur les radios, les réseaux sociaux, par la préfecture ou encore lors d'interviews dans les médias. Jeter un mégot ou autres : ce sont des gestes qui peuvent paraître anodins, mais dont les conséquences peuvent être très lourdes.

Combien comptez-vous de casernes dans le Calvados ? Comment travaillez-vous avec les professionnels du secteur ?

Nous disposons de 46 centres de secours. Nous réalisons en permanence une analyse de la disponibilité de nos équipes et de nos moyens matériels. Nous y associons une analyse du risque agricole, en lien avec la Chambre d'agriculture du Calvados, qui nous transmet trois fois par semaine des informations sur l'état des récoltes, le rythme des travaux et la localisation des chantiers.

Nous croisons également ces données avec les indices météorologiques transmis quotidiennement par Météo France sur le risque d'éclosion et de propagation des feux. À partir de tout cela, nous établissons un indice opérationnel de risque, noté de 0 à 6. Le niveau 6 correspond au risque extrême. Actuellement [l'interview a été réalisée le 9 juillet, NDLR], nous sommes au niveau 5 sur 6. Nous avons malgré tout une chance : le vent n'est pas très fort. Cela peut ponctuellement nous aider.

En revanche, le taux d'humidité de l'air est tellement faible, associé à la sécheresse des sols, qu'au moindre départ de feu, la propagation est extrêmement rapide.

Lire aussi : 

En quoi ce lien avec les professionnels du secteur est-il indispensable ?

Nous prenons contact très tôt, dès le mois d'avril ou de mai, avec le référent de la Chambre d'agriculture, Stéphane Berzinger [directeur technique de la Chambre d'agriculture du Calvados, NDLR]. Nous avons établi avec lui des contacts privilégiés depuis plusieurs années, et cela porte ses fruits. De leur côté, ils ont également organisé un réseau d'entraide avec les agriculteurs équipés de déchaumeurs. Très vite, tout le monde a compris qu'il fallait travailler ensemble dans l'intérêt commun.

En quoi la solidarité et l'action paysanne permettent-elles de sauver des terres et des cultures ?

Lorsque nous arrivons sur un incendie, dans la grande majorité des cas, les déchaumeurs sont déjà à l'œuvre. Ils effectuent une part très importante du travail. Sans leur intervention, les surfaces brûlées pourraient facilement être multipliées par deux. Ils ralentissent considérablement la propagation du feu et nous permettent de mettre en place notre dispositif.

Notre technique d'intervention consiste à attaquer les flancs du feu, c'est-à-dire ses côtés. Nous allons rarement directement sur la tête du feu, sauf lorsqu'il existe un enjeu particulier, comme une habitation menacée. Pour assurer l'alimentation en eau, nous faisons intervenir des engins de grande capacité pouvant transporter jusqu'à 11 000 litres d'eau. Nous installons également de grandes bâches souples d'une capacité de 5 000 l. Les camions-citernes alimentent ces réserves, ce qui permet aux véhicules engagés directement sur le feu de se réapprovisionner sans quitter le chantier.

Quel est l'après ?

Une fois le feu maîtrisé, un travail tout aussi essentiel commence : le noyage. Il consiste à refroidir les lisières, c'est-à-dire la limite entre la partie brûlée et la partie non brûlée, afin d'éviter toute reprise. C'est pour cela que certains engins restent sur place même lorsque le feu paraît éteint : le moindre coup de vent peut provoquer une reprise.

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