Filière lait : les prix reculent, les charges grimpent
Alors que la production laitière mondiale reste dynamique, les producteurs français subissent une baisse du prix du lait et une nouvelle hausse de leurs charges. La dernière note de conjoncture du Cniel confirme une situation préoccupante pour les exploitations laitières.
Les derniers indicateurs économiques ne sont guère rassurants pour les éleveurs. Selon le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel), le prix du lait standard conventionnel s'établissait à 417 €/1 000 l, soit une baisse de 59 €/1 000 l sur un an (-12,5 %). Le prix réel conventionnel atteignait quant à lui 435,20 €/1 000 l.
44 250 € de recettes en moins
Pour une exploitation produisant 750 000 litres par an, une baisse de 59 €/1 000 l représente, à volume constant, près de 44 250 € de recettes annuelles en moins. Ce manque à gagner est considérable alors que les charges continuent de progresser. L'indice des prix d'achat des moyens de production agricole (Ipampa) lait de vache affiche une hausse de 7,4 % sur un an. Le poste énergie et lubrifiants bondit même de 42 %. Les éleveurs sont ainsi confrontés à un effet ciseaux : des recettes en diminution et des coûts de production en augmentation.
La collecte recule en Normandie
Si la collecte française progressait encore légèrement en août (+ 0,4 %), la situation est différente en Normandie, où les volumes reculaient de 0,8 % sur un an. Les conditions climatiques pèsent lourdement sur les élevages. Le manque de précipitations depuis la fin juin a fortement pénalisé la pousse de l'herbe. Au 10 octobre, la production cumulée des prairies permanentes était inférieure de 43 % à la moyenne de référence 1989-2018 au niveau national.
La qualité des fourrages
La qualité insuffisante des fourrages récoltés en 2026 commence également à se répercuter sur la production laitière. Début octobre, la collecte française est passée sous son niveau de 2025, avec un recul de 1,7 % en semaine 41. En Normandie, la baisse atteignait 0,1 %.
Ces difficultés risquent de peser durablement sur les trésoreries, notamment pour les exploitations contraintes d'acheter davantage d'aliments pour compenser leurs déficits fourragers.
Une production mondiale abondante
Sur les marchés internationaux, l'offre de lait demeure importante. En août, la collecte des cinq principaux bassins exportateurs progressait de 1,5 % sur un an. Les États-Unis enregistrent une hausse de 2,4 %, tout comme la Nouvelle-Zélande. Dans l'Union européenne, la progression ralentit à 0,8 %, après plusieurs mois de forte dynamique.
Cette abondance de lait exerce une pression sur les marchés des produits industriels. À la mi-octobre, le beurre se négociait à 4 475 dollars/t en Europe de l'Ouest, en recul de 288 dollars par rapport à la semaine 37. À l'inverse, la poudre de lait écrémé progressait pour atteindre environ 3 836 dollars/t.
Les exportations européennes restent néanmoins soutenues, avec une progression de 39 % pour le beurre sur les huit premiers mois de l'année. Les importations chinoises ont également rebondi de 23 % en septembre, en équivalent lait, constituant un signal positif pour les débouchés internationaux.
"Les exportations européennes restent soutenues, et les importations chinoises ont rebondi"
Malgré ces perspectives commerciales, les signaux restent préoccupants pour les exploitations laitières normandes. La baisse des prix, l'augmentation des charges et les conséquences de la sécheresse fragilisent les équilibres économiques. Dans ce contexte, la capacité des éleveurs à dégager un revenu suffisant et à investir dans leurs outils de production demeure un enjeu majeur. Car, sans perspectives économiques et sans rémunération à la hauteur du travail fourni, comment donner envie à une nouvelle génération de s'installer en production laitière ?