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Bovins & prix
[REPORTAGE] Filière viande : "On va devoir serrer les dents"

Alexandre Gouin est l'un des trois associés du Gaec des Touches à Barenton. Au moment où le prix de la viande tend à baisser, il se dit " prêt à serrer des dents ", convaincu qu'il faudra toujours de la matière première. " La rareté fera le prix ", dit-il.

Nicolas Boulé, secrétaire général adjoint de la FDSEA (4e à droite) entouré de la famille Gouin : Sylvie, Alexandre, Jacky et Gabriel-Marie. Manque sur la photo le troisième frère, Emmanuel.
Nicolas Boulé, secrétaire général adjoint de la FDSEA (4e à droite) entouré de la famille Gouin : Sylvie, Alexandre, Jacky et Gabriel-Marie. Manque sur la photo le troisième frère, Emmanuel.
© SB

Alexandre Gouin s'est installé le 16 décembre 2013 avec sa maman Sylvie sur la commune de Barenton. Elle-même avait débuté 17 ans plus tôt sur une petite structure (8 ha, 8 bœufs). La viande a donc toujours été présente sur l'exploitation. Et ce sont des Limousines qui ont été choisies plutôt que des Salers, " de par ses qualités maternelles et ses facilités de vêlage " indique Alexandre.

Au fil des années, le Gaec s'est étoffé jusqu'à adosser un atelier lait à la production de viande bovine, après avoir repris une exploitation laitière à proximité. Depuis 2022, Emmanuel, le second fils de la famille, est venu prêter main-forte " parce que nous avions agrandi et que nous avions besoin de main-d'œuvre ", précise l'aîné des fils. Aujourd'hui, ils sont à la tête d'un cheptel de 100 vaches laitières et 130 mères Limousines sur une SAU de 180 ha.

"On subit la baisse des prix"

Grâce à la montée des prix de la viande bovine les mois précédents, " on fait notre revenu avec cette activité. Le chiffre d'affaires de l'atelier viande est aussi important que le lait alors qu'il y a trois ou quatre ans c'était du simple au double ", se rappelle le fils.

Cela va-t-il durer ? " On va devoir serrer les dents parce que les derniers jeunes broutards sont partis la semaine dernière à 1 euro/kg de carcasse en moins par rapport à l'an dernier ", précise-t-il. " Avec des carcasses de 500 kg, je vous laisse faire le calcul... cela fait rapidement un trou. On subit la baisse de plein fouet ", avance Alexandre Gouin, qui veut rester optimiste. Car, avec la décapitalisation des cheptels, y compris dans la Manche, " bien des moules à veaux ne sont plus là ", fait-il remarquer. Alors, " la rareté fera le prix ", prédit-il.

Faire du stock l'hiver

Tous les postes sont regardés de près notamment en période de sécheresse comme celle de ces derniers jours " On a fait du stock cet hiver comme au printemps. On devrait ainsi s'en sortir. Mais si l'eau n'arrive pas, cela va devenir problématique parce que c'est grandement sec. Nous avons la chance d'avoir des terres profondes, et des bêtes qui se développent bien dans les fonds des prés ", relativise-t-il. Leur système repose sur une autonomie fourragère, avec 65 ha de maïs, 12 ha de cultures et 100 ha en prairies. " Cela serait dommage de benner des céréales chez le négociant et de manquer de fourrages ", confie l'éleveur.

La viande reste donc un pilier important dans le Gaec des Touches. " On est avant tout des producteurs de viande même si on fait un peu de génétique ", reconnaît le fils. Aujourd'hui, quelques mâles peuvent être vendus comme reproducteurs, étant adhérents au Herd-book. Quant aux femelles, un premier tri est effectué avant la reproduction. " On fait des babynettes, c'est-à-dire qu'on les garde jusqu'à 24 mois. Et, à ce moment-là, il y a un second tri pour assurer le renouvellement " de génisses de moins de deux ans, vendues à 380 kg de carcasse maximum.

Un Gaec 100 % Gouin

Une nouvelle étape va marquer le Gaec des Touches : le départ en retraite de Sylvie. Elle sera remplacée par le dernier fils de la famille, Gabriel-Marie, âgé de 23 ans. " On se complète bien tous les trois parce que j'ai toujours été attiré par la production allaitante, mon frère Emmanuel par le lait et le dernier de mes frères par les cultures ". De quoi, trouver sa place dans ce Gaec 100 % Gouin.

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