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François Fillon : « ce n'est pas le modèle agricole qui est en crise »

llll Candidat à la primaire de la droite et du centre, l'ancien Premier ministre, qui a été élu de la Sarthe pendant plusieurs années, détaille les mesures agricoles qu'il souhaite mettre en oeuvre. Baisse des charges, recherche-innovation, statut de l'agriculteur font partie de ses propositions.

© G. Boulougouris/CE


>> Quelle place accorder à l'agriculture française dans une société urbaine et de plus en plus déconnectée de la production agricole ?

Pour moi, l'agriculture française est éminemment stratégique pour notre Nation. On pourrait penser qu'il y a une fracture entre le monde rural et urbain mais les Français, même citadins, savent ce qu'ils doivent aux agriculteurs, car deux millions d'emplois directs sont liés à la production agricole, et sur le territoire national rural, douze millions de Français y vivent, y étudient et y travaillent. L'agriculture française est au coeur de mon programme pour le redressement de la France. Avec les industries agroalimentaires, elle est en année normale de production, le deuxième poste de notre balance commerciale, régulièrement excédentaire de près de 10 mds d'euros. La France est aussi le 1er pays exportateur de semences, ce qui illustre notre excellence scientifique et agronomique. La matière organique dans les productions, dans la forêt, dans la terre elle-même est aussi un formidable stockage de carbone. C'est dire l'importance territoriale, sociale, humaine et économique du monde rural pour notre pays. Nous avons tous pu vivre la solidarité de la population dans son ensemble avec les problématiques dramatiques que vivent nombre d'agriculteurs.

>> Certains voient dans le cumul des crises que traverse actuellement l'agriculture le signe d'une crise de modèle agricole. Quel est votre point de vue ?

L'agriculteur vit dans un monde ouvert, littéralement. Il est rompu, par son métier même, aux crises et aléas mais il faut différencier la nature des crises. Etre un excellent chef d'entreprise, un excellent technicien, un très bon stratège n'est pas suffisant pour réussir car l'agriculture est soumise à deux paramètres qui n'ont rien à voir avec l'excellence du chef d'exploitation : la mondialisation des prix, la nature et ses aléas climatiques. Il n'y a pas de crise de modèle. Il faut, par contre, tenir compte de la spécificité du monde agricole. Une disposition fiscale, à effet immédiat, sera mise en place pour permettre aux entreprises agricoles de créer un «compte pour aléas climatiques et économiques », interne à leurs exploitations. Ce compte doit permettre d'avoir en réserve, à terme, un an de production et rendre les résultats d'exploitation moins sensibles aux aléas. Mais ce n'est pas le modèle agricole qui est en crise, j'en suis convaincu, c'est le modèle français qui se finance en ponctionnant 57 % de la richesse nationale. C'est insupportable pour les Français, insupportable pour les entrepreneurs, insupportable pour les agriculteurs. C'est pour cette raison que je souhaite que la France prélève moins, et qu'elle travaille plus.

>> Vous faites des propositions sur le taux de TVA, l'allègement des normes, pour soutenir la rémunération des producteurs : est-ce suffisant pour sortir l'agriculture du marasme ? Quelles sont vos autres mesures, à plus long terme ?

Restaurer les marges des entreprises agricoles est une urgence vitale car elles sont exsangues. Il faut agir sur tous les leviers possibles :- réduire les charges patronales, pour permettre aux entreprises agricoles de reconstituer leur marge, et salariales, pour redonner du pouvoir d'achat aux salariés agricoles. Cette baisse des charges sera financée par une augmentation de 2 % de la TVA, appliquée aux produits français comme aux produits d'importation qui participeront également au financement de notre protection sociale.- supprimer toutes les normes ajoutées par la France aux normes européennes, souvent sous la pression de tel ou tel lobby. Par exemple, obliger à la réduction des intrants azotés par hectare, a eu pour effet de produire des blés plus pauvres et de qualité moins bonne que nos concurrents et a fait perdre des parts de marché significatives à l'export. Ne nous imposons pas des normes qui nous font perdre un avantage concurrentiel !

>> Vous insistez sur la liberté, pour l'agriculteur, de choisir la forme juridique la mieux adaptée à son activité. Est-ce une avancée vers un véritable statut juridique propre au métier d'agriculteur ?

Oui, les agriculteurs doivent pouvoir choisir librement la structure juridique la plus adaptée à leurs activités, tout en maintenant le statut de producteur agricole. Aujourd'hui, si vous avez différentes activités, vous devez avoir autant de sociétés différentes que d'activités ! Cette proposition est à la fois une révolution et une simplification notamment dans la relation entre les banques et les agriculteurs avec un bilan qui intègre toutes les activités de l'entreprise. Mon souhait est de m'appuyer sur les entreprises agricoles pour créer de la croissance et de l'emploi et supprimer les freins à leur développement.

>> Vous vous engagez également en faveur de la recherche : quels sont les freins à lever dans le domaine agricole ?

Le premier chercheur de l'histoire de l'humanité, c'est l'agriculteur qui aujourd'hui encore sélectionne et améliore les espèces et invente de nouvelles pratiques culturales. Je souhaite supprimer le "principe de précaution" et ouvrir la recherche notamment par l'accès des exploitations agricoles et forestières au Crédit-Impôt-Recherche. Je pense notamment à trois domaines : la génétique, pour permettre de trouver des solutions alternatives à la chimie pour protéger les plantes, et des méthodes plus respectueuses de l'environnement et des cultures ; la fertilité des sols, pour donner aux sols des capacités de capter et de stocker du CO2, et améliorer nos productions. Ce n'est pas de l'écologie "sanction", c'est de l'écologie "action" ! Et enfin, l'agriculture 3.0, pour concevoir des têtes de récolte géo référencées, capable d'analyser la récolte, dont le rôle serait de produire des cartes des exploitations et permettre à l'agriculteur d'adapter ses pratiques culturales, optimiser ses charges et réduire les intrants.

>> Quelles doivent être, selon vous, les grandes orientations de la future PAC ?

En ferez-vous une priorité française ?  Ne nous leurrons pas. L'Europe est en panne, et ce qui a fait le premier ciment européen, la Politique Agricole Commune, l'est aussi. Je veux créer une politique agricole commune réactive et souple pour réagir avec efficacité aux aléas et marchés afin de soutenir l'investissement et les marges des exploitations. Je ne veux ici m'interdire aucun mode d'intervention pour faire face aux grandes incertitudes des prochaines années : assurances, aides directes contracycliques, mais aussi interventions sur les stocks ou les prix. Il faudra avoir une ligne budgétaire maintenue, et une capacité de réaction ultra rapide pour répondre aux agricultures européennes.

>> Vous avez été élu d'un territoire rural pendant de nombreuses années, quel projet portez-vous pour les territoires ruraux, qui se sentent de plus en plus délaissés par les politiques à tous les niveaux, de l'échelon local jusqu'à Bruxelles ?

Mon projet pour les territoires ruraux comprend plusieurs volets :- La multiplication des maisons de santé. Il faut simplifier leur conception et la réglementation et en faire des outils utiles pour la population et accessibles pour les professionnels de santé médicaux et paramédicaux. La première Maison de Santé a vu le jour dans les années 30 à Sablé-sur-Sarthe.- La multiplication des Maisons de Service Public. C'est nous qui avons mis en oeuvre cette politique sous le nom de "Relais de Services Publics". Les zones rurales ont besoin de points relais où les citoyens peuvent rencontrer facilement les administrations.- La simplification des procédures imposées par l'Etat aux collectivités locales et la révision des normes, l'ouverture à la concurrence de certains services, pour leur permettre de faire des économies de fonctionnement et d'accroître l'investissement.- La révision des normes de construction pour baisser le coût de la construction et la révision des normes d'urbanisme qui retardent l'investissement.- Le déploiement du Très Haut Débit sur le territoire national, et la fin des zones blanches de téléphonie mobile pour proposer une "qualité de vie connectée" et accompagner le retour des populations. Je mettrai en place sur nos territoires des organisations du même type que celles qui ont permis à la France de s'équiper en électricité, en eau, en assainissement, en téléphone, en réseaux divers.

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