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Grande AOP : « les producteurs doivent montrer de l’envie »

INTERVIEW de Benoît Duval, vice-président de l’Union des producteurs de lait AOP et vice-président de l’ODG camembert.

© JP


Le 21 février, la fin de la guerre du camembert était signée entre les producteurs et les industriels. Une grande AOP est née. Reste à savoir ce que l’on met dedans. Deux niveaux d’appellation sont envisagés par la filière. Mais, dans la campagne, tout le monde n’a pas déposé les armes.

>> Comment est « l’ambiance camembert » en ce moment ?
On nous a donné la mission, à Paris, de résoudre le problème du camembert « Fabriqué en ». Nous avons trouvé un accord, qui doit être dans le vrai car il ne convient à personne… Je ne suis ni pro ni anti Lactalis, qui est montrée comme l’entreprise destructrice de l’AOP. Ce n’est pas vrai. La grande AOP est une opportunité, pour les producteurs concernés, de ne plus être dépendants des cours mondiaux du lait.

>> Où en est l’accord ?
La commission d’enquête est venue la semaine dernière (semaine 40 NDLR) en Normandie. Les producteurs historiques de l’AOP ont exprimé leurs inquiétudes quant à un cahier des charges au rabais. Et il faut les comprendre : à la fin des quotas, ils ont choisi de ne pas intensifier leur production. Alors que beaucoup d’autres l’ont fait. Et maintenant, ces derniers peuvent prétendre entrer dans l’AOP.

>> Que craignent-ils ?
Ils ont peur que l’AOP soit bradée aux industriels. Mais nous ne nous sommes pas laissés faire. L’échelon 2 de l’appellation, celui « véritable », doit avoir un niveau élevé afin de renforcer le cahier des charges. L’objectif est bien de faire progresser la valeur ajoutée dans les fermes. Mais les producteurs qui alimenteront le socle auront aussi des efforts à faire. Certains devront baisser leur production pour avoir suffisamment d’ares disponibles par vache.

>> Justement, pour le socle de l’AOP, avez-vous des prétendants ?
Quand nous nous déplaçons dans les concours d’animaux, par exemple, les producteurs nous questionnent sur la future AOP. Mais tout le monde doit construire le cahier des charges, pas uniquement ceux qui sont déjà dans l’appellation. Les producteurs normands doivent montrer de l’envie. Je pense qu’une cotisation symbolique permettrait un premier pas d’engagement de la part des producteurs. Elle serait une façon de dire : « oui, je serai là demain ».

>> Quelle est la prochaine étape ?
L’actuel ODG va faire une proposition concrète de cahier des charges pour les deux niveaux de l’appellation, socle et véritable. Les discussions ne sont pas figées : le retour de valeur dans les filières ne pourra se faire qu’à condition d’avoir cahier des charges suffisamment fort, tant côté production que transformation du lait. Puis nous entrerons dans le dur, c’est-à-dire la présentation à l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao).

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