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Traite
Hygiène de l’installation de traite : à l’assaut des germes

Lutter contre la présence des germes totaux et leur développement dans le lait du tank nécessite un lavage efficace de l’installation et une bonne réfrigération du lait. Des moyens de prévention et des indicateurs simples permettent de prévenir les montées en germes hivernales (figure 1) et d’en éviter les pénalités…

L’enjeu majeur du nettoyage de la machine à traire est la maîtrise de la contamination bactériologique du lait. Il doit à la fois :
- cibler les germes présents dans le lait (et capables de se développer si les conditions de réfrigération sont discutables) ;
- limiter la présence des germes pathogènes et/ou propices à certaines mammites qui se transmettraient par le matériel de traite mal désinfecté.
Enfin, si le lavage est censé éliminer les bactéries, il doit aussi venir à bout des souillures organiques (protéines, matières grasses, lactose) et minérales (pierre de lait, tartre), qui peuvent constituer un environnement propice au développement des germes (photo 1).

Le nettoyage, 3 étapes clés à ne pas négliger
Le pré-lavage, un décrassement superficiel
Le but de cette étape est de se débarrasser “grossièrement” des fluides, matières organiques et certaines bactéries présentes sur les parois de l’installation ; cela se fait à l’eau froide ou tiède, en circuit ouvert. Cependant, l’eau tiède est à privilégier : les canalisations tiédies lors du pré-lavage limitent ainsi le risque de refroidissement de l’eau dans le lactoduc lors du lavage. L’eau tiède ne doit pas dépasser 50 °C ; au-delà, les protéines risquent d’être précipitées au contact de l’eau et former des agglutinats qui adhèrent aux parois de l’installation.

Le lavage, une efficacité conditionnée par 4 facteurs
Un bon lavage résulte de la combinaison de quatre facteurs : l’action mécanique (dépendante du montage et de l’équipement de lavage de l’installation), la durée du temps de lavage, la température du lavage et la concentration du produit.
En général, on utilise alternativement un alcalin chloré (détergent + désinfectant) et un acide (détartrant). La fréquence d’utilisation de l’acide est à adapter en fonction de la dureté de l’eau.

- Température
Vérifiez plusieurs fois par mois la température en fin de lavage : elle doit impérativement être supérieure à 35 °C, quelle que soit la saison !
L’eau chaude permet le décollement des graisses et optimise l’efficacité des produits de lessive. D’ailleurs, la température recommandée d’utilisation des produits classiques se situe très souvent aux alentours de 60-65 °C. En outre, avoir ce niveau de température au départ du lavage permet de rester au dessus de 35 °C en fin de lavage.
En dessous de 35 °C, les graisses ont tendance à se redéposer sur les surfaces nettoyées. Pour cette raison, il est important (voire imposé en Certitraite®) qu’en fin de lavage, la température de l’eau soit au moins égale à 35 °C, ce qui suppose des capacités en eau chaude suffisantes (photo 2).
Astuce : équiper le bac de lavage d'un couvercle limite les déperditions de chaleur.

- Estimez si les capacités de votre chauffe-eau sont suffisantes
N’oubliez pas que le chauffe-eau doit satisfaire aux besoins en eau chaude pour le nettoyage de la machine à traire, mais également le lavage du tank, l’allaitement des veaux, le pré-lavage de l’installation, … A titre indicatif, la plupart des salles des traite en service aujourd'hui demandent plus de 250 litres d'eau chaude par jour pour leur nettoyage, sans compter le lavage du tank et les autres consommations.
Si la température en fin de lavage de la machine à traire est insuffisante, envisagez l’installation d’un chauffe-eau de capacité supérieure, ou optez pour un chauffe-eau professionnel ou encore vous pouvez munir un chauffe-eau domestique d’un thermostat à usage professionnel (“kit agri”) par votre installateur.
Avertissement sur la pose d’un thermostat à usage professionnel : attention, si cette intervention permet d’augmenter la température de l’eau du chauffe-eau (70 à 80 °C), ce dispositif n’est pas toujours adapté aux cumulus domestiques : ceux-ci doivent faire l'objet de plusieurs vérifications avant la mise en place du “kit agri”, il faut notamment s’assurer que les sécurités du ballon sont adaptées à de telles températures. Notez que l'augmentation de température augmente le coût énergétique et le risque d'entartrage. En outre, il diminue la durée de vie du matériel et fait perdre la garantie du chauffe-eau domestique sur lequel il est installé.
Avertissement quant à l’utilisation d’un chauffe-eau professionnel : cet équipement possède des thermostats réglables jusqu'à 80-95 °C, avec une cuve adaptée à de telles températures et doivent posséder une seconde sortie pour l'eau mitigée afin d'éviter les brûlures aux points de puisage manuels (lavabo, robinets…), conformément à la législation française (arrêté du 23 juin 1978) relative aux installations de distribution d'eau chaude, qui précise que la température de l'eau aux points de puisage est limitée à 60 °C.

- Durée
La durée du lavage doit se situer entre 5 et 10 minutes.
En dessous, l’action de la solution en circulation sera insuffisante. Au-delà de 10 minutes de lavage, la température de la solution risque d’être trop basse en fin de lavage. Dans ce cas, si votre installation est munie d’un automate de lavage, voyez avec votre installateur s’il est possible de réduire la durée de cette phase.

- Concentration
Une bonne utilisation des produits.
Respectez les concentrations minimales indiquées sur chacune des étiquettes de lessives (attention : pour une même marque, la concentration préconisée pour le produit alcalin n’est pas nécessairement la même que pour l’acide). Exemple : si 60 l d’eau sont requis au lavage et que le produit doit être utilisé à 0,5 % : il faut 300 ml de produit.
Le volume d’eau nécessaire pour le lavage varie en fonction des caractéristiques de la machine ; il est généralement indiqué par le constructeur. Pour connaître le volume d’eau que votre installation utilise habituellement lors du lavage, vous pouvez remplir le bac de lavage jusqu’au niveau de remplissage usuellement atteint à l’aide de seaux gradués. Vous pourrez ensuite en déduire, en fonction de la concentration recommandée sur l’étiquette, le volume de lessive correspondant. Si vous disposez d’un automate de lavage avec pompage automatique du détergent, vérifiez que le volume de lessive qu’il prélève est adapté.
Ne surdosez pas excessivement le produit (sauf cas de recours exceptionnel) : un excès fréquent de lessive à long terme risque de compromettre l’intégrité des matériaux de traite, et cela constitue un gâchis tant économique qu’environnemental (photo 3).
Enfin, si vous changez de marque de lessive, vérifiez impérativement si la concentration recommandée est différente de la précédente, auquel cas, évaluer un volume adapté.

- Effet mécanique
Un bon lavage passe par une bonne conception des circuits ; bien que les montages puissent varier d’une marque à l’autre et selon la taille de l’installation, le résultat doit être le même : faire circuler la solution de lavage intensément dans le lactoduc et les éléments en contact avec le lait.
La solution de lavage doit en effet circuler sous forme de bouchons pour être un contact avec l’intégralité des surfaces (y compris donc les parois supérieures du lactoduc). Ce bouchon résulte de l’alternance de gros volumes d’eau poussés par de multiples apports d’air (photo 4). La pulsation doit être en fonctionnement pour cette étape.
- Des éléments matériels qui peuvent faire la différence
Pour un lactoduc non bouclé, des pontages doivent être montés entre la moitié inférieure de la canalisation de lavage et l’extrémité du lactoduc.
Le bouclage du lactoduc est recommandé : il permet aux bouchons de solution de parcourir la totalité du lactoduc ; la présence d’au moins une vanne de circulation est nécessaire (photo 5) pour imposer un sens de circulation à la solution de lavage ; en complément, un pontage d’eau doit être monté entre la vanne de circulation et le premier poste.
En cas de lactoduc de grande longueur ou d’une forte pente (1,5 à 2 %), il peut être judicieux d’installer deux vannes de circulation (de part et d’autres de la chambre de réception) qui permettront d’inverser le sens de circulation des bouchons à chaque nettoyage.
Pour un diamètre de lactoduc important (supérieur ou égal à 60 mm), il s’avère plus prudent de monter un injecteur d’air (entrée d’air fixe à intervalles réguliers), (photo 5) mais ce dispositif tend à refroidir la solution de lavage plus rapidement. A défaut, un pontage doit être monté. Il peut être nécessaire de monter une arrivée d’eau supplémentaire entre l’injecteur et la vanne de lavage pour éviter l’encrassement de cette dernière.
Enfin, dans le cas d’installation de taille importante, on peut pourvoir le bac de lavage de deux départs d’eau (deux canalisations d’aspiration) : une pour le lactoduc, une pour les postes de traites.

Le rinçage
Obligatoire, réalisé à l’eau froide, en circuit ouvert, il permet d’éliminer tout résidu de produit de nettoyage et de désinfection présent dans l’installation.
Très important : l'utilisation d'une eau potable reste une règle d'or pour le nettoyage de tout ce qui est en contact avec le lait.

- Drainage et séchage, l’ultime étape… surtout en période hivernale !
Un bon drainage de toutes les parties de l’installation, y compris celles où aucun liquide ne circule (car elles ne sont pas à l’abri de la condensation/vapeur) permet d’éviter la présence d’eau stagnante dans les canalisations.  La machine à traire doit être équipée aux points les plus bas de purges ; une purge automatique à proximité de la pompe à lait est en outre nécessaire.
Après le nettoyage, il est également recommandé de débrancher les faisceaux trayeurs de leur support de lavage (coupelles/jetters) afin que l’eau s’égoutte par gravité (ce qui vous évitera également de mauvaises surprises avec le gel), et dans un souci de ne pas déformer prématurément l’embouchure des manchons (photo 6).
- Le nettoyage, une attention de tous les jours !
Le nettoyage de l’installation doit être fait immédiatement après la traite afin que les souillures déposées sur les parois n’aient pas le temps de sécher et donc d’adhérer.

Rigueur dans les pratiques
Mauvaise utilisation des vannes, défaut d’orientation de certains manchons insérés dans la chambre de réception (photo 7 : le manchon n’était pas orienté correctement aux nettoyages, de la crème s’était accumulée)… Un manque de rigueur peut entraîner des incidents de lavage. Il appartient à l’éleveur d’être particulièrement vigilant sur l’utilisation des éléments de lavage dont il dispose. Un doute dans votre manière de procéder ? N’hésitez pas à échanger avec votre installateur !
Par ailleurs, en cas de remplacement, détaillez par écrit le protocole de nettoyage et affichez le visiblement !

Ne négligez pas les éléments annexes !
Les bidons, et notamment leurs couvercles, doivent  également être soumis au lavage (photo 8) ; bien que le lien ne soit pas forcément évident, des exploitations ont pu se sortir d’épisodes de germes en se mettant à nettoyer les couvercles dans le bac de lavage.
Un point plus anecdotique mais qui a permis de remédier à des soucis de germes : veillez à la propreté de la vanne du tank pour éviter la contamination du lait lors du pompage ; veillez également à ce que le système de purge automatique de la pompe à lait soit propre pour éviter la contamination du lait par le bas !

Inspection visuelle… et olfactive !
Soyez attentifs aux éléments parmi les plus difficiles à nettoyer : les dessus de griffes et de compteurs à lait.
Si les conditions et les éléments de la machine à traire le permettent, l’éleveur peut régulièrement contrôler le nettoyage de son installation, en démontant un raccord du lactoduc, par exemple (notez que cette manœuvre peut être risquée et être à l’origine de fuites sur la canalisation à lait), ou en observant par le regard qu’offrent certaines chambres de réception si les parois sont propres. En inspectant visuellement l’intérieur de cet élément, vérifier également qu’il ne s’en dégage pas une odeur suspecte.
Agnès LEBEHOT
Chambre d’Agriculture du Calvados

Contrôle du nettoyage de l’installation de traite
Pour vous assurer du bon nettoyage de votre installation de traite, une méthode de contrôle a été validée par le COFIT (Comité Français Interprofessionnel pour les Techniques de production du lait). Ce service est proposé par les maîtres d'œuvres “OPTITRAITE” en Basse-Normandie . Ce contrôle est réalisé sur les nouvelles installations dans le cadre du contrôle CERTITRAITE®.
La vérification du nettoyage, c'est :
- une analyse de la conception du circuit de nettoyage ainsi que du fonctionnement des équipements du système de lavage (programmation) ;
- une évaluation de la méthode de nettoyage utilisée ;
- un relevé des quantités d'eaux utilisées et des températures mesurées.
Pour contacter les maîtres d’œuvre :
Chambre d'Agriculture du Calvados
- Agnès LEBEHOT - 02.31.70.25.26
a.lebehot@calvados.chambagri.fr

Chambre d'Agriculture de la Manche
- Jean-François GAULE - 02.33.95.46.01
jfgaule@manche.chambagri.fr
- Denis LECLER - 02.33.79.41.73
dlecler@manche.chambagri.fr

Contrôle Laitier de l'Orne
- Yoann DURAND - 02.33.81.11.04
yoann.durand @orne-contrôle-laitier.fr
- Jérémie PIEL - 02.33.81.11.04
jeremy.piel@orne-contrôle-laitier.fr

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