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Biomasse
Ils cultivent des mégas watts !

A Mosles, le miscanthus a envahi l’exploitation d’Antoine Henry et de Pierre-Yves Robidou. Plus familièrement appelée herbe à éléphant, la plante est considérée comme la nouvelle diversification de l’exploitation. L’agriculture répond à l’enjeu énergétique.

Sur les 180 hectares de l’exploitation agricole de Pierre-Yves Robidou et d’Antoine Henry, 10 sont désormais implantés en miscanthus. La plante permet aux agriculteurs d’activer leurs DPU jachères. C’est surtout leur manière de suivre l’air du temps, avec un raisonnement environnemental et économique. “En 2006, nous sommes allés au Space pour prendre des renseignements sur la méthanisation. On a vu le coût de l’usine à gaz et le faible investissement des pouvoirs publics. Et si on pouvait créer de la chaleur avec ce système, nous ne savions pas comment la valoriser”, explique Pierre-Yves Robidou.

Une démarche pédagogique
Cependant, les associés ne rentrent pas bredouilles de ce salon agricole. Au détour d’une allée, ils découvrent le miscanthus et la société Bical. Puis la démarche s’enchaîne rapidement. “Nous avons organisé une réunion d’information avec d’autres agriculteurs. Suite à cette rencontre, environ 75 hectares ont été plantés en avril dernier. C’est parti pour 20 ans”. L’herbe à éléphant a donc pris place à proximité d’une autre diversification originale de l’exploitation : le labyrinthe de maïs. “Le miscanthus est l’occasion de faire de la pédagogie et de casser l’image d’agriculteur pollueur”.

Des débouchés locaux
Le raisonnement est également économique. Pierre-Yves Robidou prévoit déjà d’écouler sa production en direct, dans un rayon de 50 kilomètres. “Il y a une vraie demande du particulier pour se chauffer ou en litière. J’ai fait une mini étude de marché. Les utilisateurs sont surpris de l’origine de leur bois. Parfois, certains granulés arrivent directement de Pologne”. Pour répondre aux sollicitations du public, Antoine Henry et Pierre-Yves Robidou se chargent de la transformation de leur produit. Ils fabriqueront eux-mêmes leurs granulés. Néanmoins, les agriculteurs restent lucides : “c’est une niche, tout le monde ne pourra pas le faire”. Pour les autres, la société Bical peut s’avérer une solution. C’est d’abord elle qui implante le miscanthus, moyennant 3 300 euros à l’hectare. Ensuite, elle propose des contrats de commercialisation. “C’est un parachute ventral. Il dure 7 ans et sécurise les banques”, précise Emmanuel de Maupeou, agriculteur dans l’Eure et Loir et directeur de Bical. D’autres contrats peuvent être proposés sur plus long terme en fonction de la demande locale.
Une diversification
et du temps libre
Mercredi 21 novembre, le monsieur miscanthus a tenu une réunion d’information à Mosles. La plante intrigue. Une quarantaine d’exploitants agricoles a participé.  “Je suis agriculteur et donc un chef d’entreprise. Sur mon exploitation, il y a donc une partie sécurité avec le miscanthus et une autre partie spéculation avec les céréales. Un blé à 155 euros la tonne apporte la même rentabilité qu’un hectare de miscanthus. La plupart des contrats sont signés sur 15 ans et permettent une lisibilité du revenu”, argumente Emmanuel de Maupeou. Autre avantage annoncé : aucun traitement phytosanitaire n’est préconisé sur cette culture. “Et qui peut me garantir un prix fixe des semences, des phytos ou des engrais ? “ Avec la proposition de Bical, le rôle de l’agriculteur se révèle limité. La société implante les rhizomes, suit la culture et se charge de la récolte via les entrepreneurs. “Les exploitants peuvent ainsi valoriser le temps libre dégagé”. Ils ont une nouvelle fois de l’énergie à revendre.

L’équivalent de 7 000 litres
de fioul à l’hectare
Côté financier, Bical évoque une marge nette entre 1000 et 1400 euros à l’hectare. “Mais, nous n’avons pas de prix. C’est le marché qui fixe les tarifs. Les agriculteurs vendent de l’énergie : aux alentours de 25 euros du MW rendu chaufferie. Une parcelle d’un hectare, c’est 7000 de fioul, soit environ 77 MW”. Et lorsque des agriculteurs s’inquiètent de la perte de surface alimentaire, la réponse est instantanée : le miscanthus présente un meilleur ratio énergétique que le colza. L’an prochain, l’herbe à éléphant devrait s’étendre sur une centaine d’hectares dans le Calvados. Pour la première récolte, il faudra encore attendre. Affaire à suivre…
V. Motin

Avis d’expert 

Le monde agricole s’intéresse au miscanthus

 

Mercredi 21 novembre, ils sont venus nombreux à la réunion organisée par Bical, chez Pierre-Yves Robidou. Agriculteurs et représentants d’organisations professionnelles agricoles ont fait le déplacement pour apprendre.

Ils ont dit :
Antoine Herman, responsable chambre d’agriculture secteur de Vire. “C’est une culture à suivre dans les prochaines années. Elle nécessite un PH entre 5 et 8 et un sol portant au moment de la récolte en mars et avril. Dans le Calvados, les réserves d’eau sont également suffisantes pour l’herbe à éléphant. Il y a peu d’interventions à réaliser sur cette culture. C’est un atout dans la logique actuelle de protection de la ressource en eau. Néanmoins, il reste toujours le débat entre surface alimentaire et énergétique. Il ne faut pas être extrémiste. Cette culture pourra intéresser certains systèmes d’exploitation en gardant une notion de proximité”.

Sébastien Debieu, conseiller d’affaires agricoles au Crédit agricole de Normandie. “Il s’agit des prémices. Pour l’instant, on peut considérer qu’il s’agit d’une bonne voie de diversification. Nous ne devons pas fermer la porte à cette possibilité de développement durable local. Les contrats rassurent. Le risque est limité : je connais les quantités et les débouchés. Miscanthus ou pas, la diversification s’impose de plus en plus au monde agricole. Demain, les agriculteurs devront s’inscrire dans une démarche de commercialisation. Bical ouvre la porte en proposant un prix plancher”.
 

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