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Blé
Impasse au tallage et 80 unités à la dernière feuille, ça marche !

Les Chambres d’agriculture de Normandie ont accentué depuis 2000 leur travail sur l’optimisation de la répartition de l’azote minéral sur le blé.

A la suite de la généralisation des premiers outils de pilotage de l’azote (Jubil, N tester …) et d’un troisième apport sur blé, les Chambres d’agriculture de Normandie se sont intéressées de près à l’apport au tallage et aux apports de fin de cycle. Après plus de 50 essais, on sait aujourd’hui que c’est la variété qui est le critère déterminant d’une bonne stratégie. Les plus précoces ont besoin d’apports importants en début de cycle, alors qu’au contraire, les plus tardives supportent les impasses au tallage et valorisent des doses allant jusqu'à 80 unités à la sortie de la dernière feuille. Ces résultats ont été obtenus en testant un grand nombre de modalités de fractionnement de l’azote en fin de cycle couplé avec des apports ou des impasses au tallage. Concernant les apports de fin de cycle, les principaux résultats sont présentés dans le tableau 1.
Par ailleurs, d’autres modalités nous ont montré qu’il était inutile de dépasser 80 unités sur les variétés tardives et 60 unités sur les variétés intermédiaires au stade sortie de la dernière feuille. Au-delà de ces doses, le rendement ne progresse plus et les risques de retrouver l’azote minéral dans les reliquats post-récolte apparaissent (l’azote n’est pas utilisé par la plante).

Pourquoi et quand supprimer l’apport au tallage ?
L’apport au tallage est l’apport le moins bien valorisé par le blé. Sur 40 unités apportées, il y en a rarement plus de 20 réellement absorbées. De plus, contrairement à une idée reçue, l’azote ne fait pas taller. Le nombre de talles est déterminé par les conditions climatiques. L’apport au tallage permet aux talles d’être plus vigoureuses à la montaison, mais une bonne alimentation à partir d’épis 1 cm garantit, dans la plupart des cas, un nombre d’épis équivalent. En supprimant l’apport tallage, cela permet en plus d’éliminer plus rapidement des tiges qui auraient disparu en cours de montaison et qui auraient mobilisé inutilement des nutriments.
Cet apport reste cependant important dans deux cas (voir tableau 2, cas des reports de l’azote du tallage à 2 nœuds par rapport à la référence). Premier cas : le sol où le précédent ne favorise pas le développement racinaire du blé (sols superficiels, hydromorphes ou blé sur blé). S’il est mal enraciné, le blé a des difficultés à s’alimenter et peut être carencé de façon excessive au début de la montaison. Deuxième cas : les variétés précoces. Leur vitesse de croissance et leur faible capacité de compensation en fin de cycle les sensibilisent aux carences azotées précoces. Attention aussi aux rares situations où le reliquat est très faible et où le blé est clair et peu développé.
Et le reliquat sortie hiver, me direz-vous ? Bien que nous n’ayons jamais eu de reliquat très élevé, le niveau de reliquat n’a pas eu d’effet sur la réussite d’une impasse au tallage (voir graphique 1). Que l’on ait un reliquat de 10 kg/ha ou de 80 kg/ha, on peut obtenir de bons résultats si l’on adapte la stratégie à la variété ! A l’inverse des variétés précoces, les variétés tardives et intermédiaires sont capables de compenser une éventuelle carence passagère en début de cycle. De plus, la pluviométrie hivernale entraîne en général l’azote dans les horizons profonds et le rend moins disponible à court terme pour le blé. Attention : le reliquat reste indispensable pour déterminer la dose totale à appliquer et donc le niveau de l’apport à épi 1 cm et de la mise en réserve pour la fin de cycle.

Avec ou sans apport au tallage ?
Quand l’impasse est possible, la comparaison entre les deux types de conseil (avec ou sans apport au tallage) tourne à l’avantage de l’impasse : + 1,4 q contre + 0,8 q, + 0,3 % de protéine dans les deux cas. On s’aperçoit que contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’impasse au tallage sécurise le résultat du conseil ! Lorsque l’on reporte la même quantité d’azote en fin de cycle, l’apport au tallage est moins bien valorisé qu’à épi 1 cm, ce qui dans certains cas, pénalise la culture (4 essais avec apport ou on perd plus de 2 q contre 1 seul lorsqu’on réalise l’impasse).
En pratique, le choix d’une stratégie d’impasse au tallage va aussi dépendre de votre situation pédoclimatique. Dans les zones où les fins de cycle sont souvent difficiles (manque d’eau ou coup de chaud), il est inutile de garder trop d’azote pour le stade dernière feuille. Dans notre synthèse, cet effet a été très marqué entre l’Eure et la Seine-Maritime. Dans le sud de l’Eure les conditions de fin de cycle sont souvent plus difficiles. Les stratégies avec impasse au tallage deviennent moins intéressantes (- 0,2 q et + 0,3 % de protéine) qu’en Seine-Maritime, où les risques sont beaucoup plus faibles (+ 2,5 q et + 0,4 % de protéine). Pour choisir il faut aussi tenir compte des autres intérêts de l’impasse au tallage : elle permet d’économiser un passage à une période où le sol n’est pas toujours très portant et limite la production de biomasse inutile, ce qui réduit les risques de maladies et de verse.
Si vous décidez d’effectuer un apport au tallage, ces travaux montrent qu’il n’y a pas d’urgence à la sortie de l’hiver. Puisque les impasses fonctionnent dans un grand nombre de cas, apporter de l’azote au tallage avant la fin février est inutile. Pour que l’azote soit utile, il faut l’apporter quand la température permet à la plante de pousser et donc de l’absorber. Dans le cas contraire, il risque d’être lessivé, de se volatiliser ou d’être temporairement fixé par le sol.
Suite à ce travail, les Chambres d’agriculture vont orienter leurs travaux vers les possibilités que nous offrent ces stratégies pour réduire les doses appliquées sur le blé en limitant les pertes de rendement et de qualité. En effet, le prix de l’azote minéral étant indexé sur celui du pétrole, il faudra à l’avenir ajuster au mieux un intrant qui deviendra de plus en plus coûteux.

David LEDUC
Chambre d’agriculture
de la Seine-Maritime
Odile TAUVEL
Chambre d’agriculture
de l’Eure
L’effet “variété”
Les différences de comportement entre variétés s’expliquent en grande partie par leur vitesse de croissance (précocité à épi 1 cm et durée de la montaison). Nos synthèses d’essais au niveau normand les ont mises en évidence. Cependant, d’autres facteurs influencent sensiblement leur comportement : capacité de tallage, fertilité des épis, faculté d’absorption de l’azote… Les travaux que réalise actuellement Arvalis - Institut du végétal sur le sujet, devraient permettre d’améliorer encore la personnalisation du conseil à la variété.
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