Questions à Laurence Lubrun, présidente du groupe formation des Chambres d'agriculture de Normandie
[INTERVIEW] "La formation est une boîte à outils pour que l'agriculteur prenne en main son destin"
C'est la rentrée scolaire pour les agriculteurs ?
Il est nécessaire d'y penser. Avec les bouleversements climatiques actuels, il est plus que jamais crucial de s'adapter. La Chambre d'agriculture propose des formations en adéquation avec les besoins des agriculteurs, identifiés par un groupe d'élus professionnels de terrain.
Que rate un agriculteur qui ne se formerait jamais ?
Il rate l'opportunité d'évoluer, d'acquérir de nouvelles compétences. La formation est une boîte à outils : elle permet d'analyser l'avenir de son exploitation avec toutes les clés en main. Et surtout, il rate l'occasion d'échanger entre pairs. Rien ne remplace l'échange entre professionnels, qui permet de partager des expériences ; c'est une richesse.
À quelle fréquence faut-il se former ?
Tout dépend des besoins et des événements marquants de la vie d'un agriculteur : reprise d'exploitation, changement climatique, embauche de salariés, association, transmission... À chaque prise de décision forte, de nouvelles compétences sont nécessaires.
Quels sont les freins à la formation et comment les lever ?
Le principal frein, c'est le temps. Pour y remédier, nous adaptons nos modèles : formations en antennes locales pour limiter les déplacements, formats mixtes (présentiel/distanciel), et étalement des sessions pour éviter les blocs de plusieurs jours d'affilée. Nous tenons aussi compte des saisons.
Un autre obstacle est l'idée que les compétences acquises en sortant de l'école suffisent. Or, le monde agricole évolue constamment, sous l'influence de la conjoncture géopolitique ou des aléas climatiques. Sans formation continue, on risque de faire de mauvais choix.
L'agriculteur d'aujourd'hui doit donc être formé à la géopolitique ?
Absolument. L'agriculture française est tributaire de ce qui se passe dans le monde. Il faut comprendre ces dynamiques pour saisir des opportunités ou anticiper des risques. Lire la presse ne suffit plus : il faut se former pour décrypter ces enjeux.
Combien d'agriculteurs se forment chaque année en Normandie ?
En 2025, nous avons organisé 530 sessions et formé 3 400 agriculteurs. C'est un taux de pénétration remarquable, bien supérieur à celui d'autres corporations.
Quelles sont les nouveautés ?
Nous mettons l'accent sur la gestion d'entreprise, avec des modules dédiés à la conduite des salariés, à la communication et à la transmission des exploitations. Avec 50 % des agriculteurs normands partant à la retraite dans les 5 à 6 ans, bien transmettre est une priorité. Et il faut savoir structurer son discours pour donner envie aux jeunes de s'investir.
Nous proposons aussi des formations sur l'intelligence artificielle, pour comprendre comment l'exploiter sur une exploitation. Enfin, nous développons des modules sur l'optimisation fiscale et sociale.
Quelles formations reviennent chaque année ?
Certaines formations sont indétrônables. En élevage, le pilotage des performances laitières avec les données des robots de traite est essentiel, tout comme la gestion des maladies émergentes. En production végétale, l'optimisation de la pulvérisation, les couverts végétaux et l'amélioration du potentiel des sols restent des classiques.