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Isabelle Diomard (coordinatrice agro-environnement à la Cran) : un message clair, analysez les effluents d’élevage

Les valeurs d’épandage du lisier, du fumier ou de digestat varient d’une exploitation à l’autre. Des analyses sont vivement recommandées, voire obligatoires. Des références sont toutefois à la disposition des exploitants afin qu’ils déterminent leur plan de fertilisation. On fait le point.

© JP

>> Que dit la réglementation ?
La directive nitrate réglemente l’apport d’azote dans le plan prévisionnel de fumure en zone vulnérable. L’éleveur doit obligatoirement réaliser une analyse d’un des effluents pour le programme d’action entré en vigueur en septembre 2018. Il a jusqu’au 31 août 2021. Si l’analyse n’est pas encore réalisée, l’exploitant peut s’appuyer sur une valeur par défaut fournie dans l’arrêté du référentiel azoté normand.

>> Quelles sont ces valeurs pour le fumier ?
La référence est de 4,9 unités d’azote par tonne en fumier compact de bovin laitier. Dans la réalité, les chiffres varient, en Basse-Normandie, de 3 à 10 pour les valeurs extrêmes (analyse de 1 500 échantillons au laboratoire Lano des Chambres d’agriculture, à Saint-Lô). Le taux de matière sèche joue sur la valeur azotée, en fonction du mode de stockage, du mode de production. L’alimentation des animaux, le niveau de paillage influencent aussi.

>> Et pour le lisier ?
On constate de grosses variations de valeurs en fonction de la dilution. Un lisier très dilué est à 0,7 unité d’azote par mètre cube. Contre 3,1 pour un lisier peu dilué. Selon les analyses réalisées, les résultats varient de 0,2 à 8 unités N/m3. Le mode de logement des animaux - caillebotis ou pas - la séparation du fumier ou pas, la dilution par l’eau de la salle de traite ou lors du stockage en fosse interviennent sur ces valeurs. Dans tous les cas, nous conseillons d’analyser.

>> Quels conseils donnez-vous pour réaliser les analyses ?
Il faut apporter un échantillon bien représentatif. Soit le prélever au moment de l’épandage, car des transformations - comme la dilution - peuvent intervenir en amont. On recommande de prélever différents points dans un tas de fumier. Le lisier peut être prélevé lors du remplissage de la tonne, l’échantillon bénéficie ainsi du brassage. Ensuite, l’échantillon doit être gardé au frais, pour éviter le dégagement d’ammoniac. Il est envoyé au laboratoire. Le coût est de 45 à 50 € HT. L’analyse donne des résultats sur l’azote, le taux de matière sèche et les éléments PK. Elle est à renouveler quand le système de stockage ou le mode production (bâtiment, alimentation) de l’effluent est modifié.

>> Avez-vous des chiffres sur les éléments fertilisants ?
Le phosphore et la potasse dépendent du taux de matière sèche. Il n’existe pas d’arrêté ni d’obligation réglementaire sur ces éléments. En valeur de référence, le fumier bovin se situe à 3 unités de phosphore à la tonne (variation de 1 à 12) et la potasse à 6 U/t (2 à 25). La potasse est apportée par la paille. Plus le fumier en compte, plus l’éleveur peut réaliser des économies sur les engrais de fond. Pour le lisier bovin, les chiffres donnés sont : en phosphore, 1 U/m3 (variations de 0,5 à 10) ; en potasse, 2 U/m3 (variations de 0,5 à 10). Dans tous les cas, le message est clair : faites des analyses.

>> Quels sont les taux d’efficacité des effluents, par exemple avant semis de maïs ?
Tout l’azote n’est pas disponible. Il faut prendre en compte les coefficients équivalents engrais pour évaluer ce qui est utilisable par la culture. Le coefficient varie selon la période d’apport, le type de produit et la culture bénéficiaire. Dans le cas du maïs, le fumier bovin est efficace à 25% pour épandage en mars avril. Le lisier monte à 50 %. Le phosphore et la potasse, quand l’effluent est épandu régulièrement, sont disponibles à 100 %. Selon la situation de la parcelle, un apport de phosphore au semis, en plus du lisier ou du fumier, a un réel effet starter sur la culture de maïs.

>> Un mot sur la matière organique ?
Les épandages maintiennent, voire augmentent, le taux de matière organique des sols. C’est un élément fondamental pour leur fertilité. On apporte aussi du calcium et du magnésium qui maintiennent le pH des sols acides et des oligoéléments. Dans les zones où il n’y a plus d’épandages, car l’activité d’élevage diminue, on observe des carences en cuivre, zinc et phosphore qui n’existaient pas avant. n

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