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Isigny-Saint-Mère : la coop à qui le monde entier sourit

La coopérative d'Isigny-Saint-Mère tenait son assemblée générale vendredi 12 avril à Isigny-sur-Mer. Avec des résultats très positifs, elle affiche un prix du lait dans la moyenne haute au niveau national et confirme son statut d'entreprise à la renommée mondiale.

« 2017 a été excellente, mais 2018 est encore meilleure », se félicite Daniel Delahaye, directeur général d’Isigny-Sainte-Mère. Un prix du lait dans la fourchette haute nationale, des + dans quasiment toutes les cases des tableaux de résultats, des médailles aux concours internationaux, des travaux pour assurer l’avenir de la coopérative… Les producteurs ont le sourire vendredi 12 avril à leur assemblée générale. Mais, insiste le président Arnaud Fossey à plusieurs reprises, « je vous invite à la plus grande humilité. Il ne faut rien considérer comme acquis. » En contexte de crise, les chiffres sont tout de même frappants.

Prix du lait

En 2018, la collecte a augmenté de 7,7%. Les producteurs ont pu accroître leur référence laitière de 5% ; de nouveaux coopérateurs ont intégré la structure. Avec ça, le prix du lait affiche un prix de base de 336,17€/1 000 l - 397,60€ en comptabilisant toutes les primes. Pour 2019, la confiance semble de mise. Le conseil d’administration envisage de dépasser les 250 millions de litres de lait. L’allocation de 5% est reconduite, la coopérative attend de nouveaux adhérents et une ristourne originale est votée : le bonus additionnel de 10€/1 000 l destiné uniquement aux producteurs qui respectent les consignes de qualité du lait. Elle s’ajoute à celle de 22€/1 000 l destinée à tous les producteurs.

Bons résultats

Sur les très bons résultats annuels - 23,3 millions d’euros d’excédent net, c’est le chiffre d’affaires hexagonal qui a étonné Daniel Delahaye. « Je ne pensais pas qu’il augmenterait aussi bien » : 161 millions (sur un CA total de 411 millions). Le bio enfle de 45% entre 2017 et 2018, un chiffre qui devrait être identique en 2019. Parcourant les divers secteurs, lait, beurre, crème, fromages, il concède pourtant que « le marché laitier n’est pas euphorique ». Si le beurre et la crème « se vendent très bien », le secteur des pâtes molles est en baisse de 5,9%, concurrencé par le chèvre notamment. « C’est un marché difficile, on va continuer à se battre pour cet atelier-là ». Il souffre en outre de l’annonce du Brexit : « les acheteurs anglais ont tendance à relocaliser les marchés de pâte molle ».

Plus de poudre

D’une part de 61% en 2018, les chiffres à l’export devraient passer à 70% du chiffre d’affaires de la coopérative en 2019. Et ce, malgré l’effondrement des cours de la poudre zéro, moins 50%. « Les stocks ont fondu, mais les prix n’ont pas repris : moins de 2 000€/t. Il manque 500€ pour être à l’équilibre », explique le directeur. Le marché du lait infantile, dans lequel la coopérative est engagé, reste quant à lui, extrêmement porteur. Destiné uniquement à l’export, il poursuit sa hausse : + 9,4% en 2018. L’atelier, arrivé à saturation, va connaître un nouveau développement avec la construction, démarrée fin mars, d’une troisième unité (U3) de lait infantile. Plus haute que les précédentes - 45 m - elle sera opérationnelle au printemps 2020, pour un coût estimé à 65 millions d’euros. L’unité de séchage est également en cours de réfection.

Le sourire de Mickey

« Les petits comme nous, on a notre place en local, au national et à l’international, déclare Daniel Delahaye pour expliquer la success story de la coopérative. Il faut avoir une belle grande histoire ; ce sont les prés, les bêtes bien soignées, la transformation de qualité… toute une chaîne. » Une histoire enrichie récemment par le rachat des caramels d’Isigny en début d’année d’une part, et le lancement d’une gamme estampillée Mickey sur huit produits, d’autre part. Un coup de force marketing qui relie la coopérative à l’imaginaire du monde entier.

Arnaud Fossey

Producteur de lait à Saint-Georges-de-Bohon (50)

Président de la coopérative

Une nouveauté cette année pour les producteurs : les 10€/1 000 l accordés aux éleveurs « au titre de l’excellence de la qualité bactériologique du lait ». Pourquoi cette récompense ?

Pour Isigny, cela a du sens de récompenser la qualité, car on ne parle que de ça chez nous. Il nous a paru nécessaire qu’il y ait une différenciation de ristourne chez les producteurs et de récompenser les bons élèves. En outre, la coopérative a décidé de revaloriser la prime « race Normande » de 10€. Les producteurs hors zone AOP beurre et crème d’Isigny pourront bénéficier aussi de cette revalorisation. L’objectif de cette prime est de conserver le vivier de la race normande sur toute la collecte d’Isigny Sainte Mère. Cette prime est financée à hauteur de 50% par notre partenaire chinois.

Quelles sont les conséquences du Brexit pour la coopérative ?

Le marché britannique est le plus important de notre marché européen (23% des produits exportés sont destinés à l’Europe, ndlr). C’est un marché historique, Isigny y possède même une filiale et trois salariés permanents. Avec l’annonce du Brexit, il connaît une réelle baisse depuis un an. Nos prix accusent une augmentation de 15% à cause de la dévaluation de la livre sterling. Les produits concernés sont essentiellement la crème, le beurre et le fromage à pâte molle. Le Brexit pourrait nous poser des problèmes techniques importants puisque nous passerions d’une libre circulation à une circulation réglementée. Nos équipes s’y préparent depuis plusieurs semaines.

Propos recueillis par DB

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