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Syndicalisme
JA Calvados veut changer d’air et changer d’ère

Les Jeunes Agriculteurs du Calvados sont sortis de leur pré carré que constitue l’installation pour parler réchauffement climatique et qualité de l’air à l’occasion de leur assemblée annuelle.

Guillaume Ferey, président de JA 14, “si l’installation est notre priorité, il nous faut savoir vers où on veut aller”. Vers une agriculture qui prend en compte les enjeux environnementaux, c’est certain !
Guillaume Ferey, président de JA 14, “si l’installation est notre priorité, il nous faut savoir vers où on veut aller”. Vers une agriculture qui prend en compte les enjeux environnementaux, c’est certain !
© TG
On peut être jeune et néanmoins déjà accepter de se remettre en cause. Démonstration avec JA Calvados qui avait choisi “Qualité de l’air et réchauffement climatique” en fil rouge de leur assemblée générale qui s’est tenue, mercredi dernier, à la CRAN (Chambre Régionale d’Agriculture de Normandie). Ce sont Christophe Legrand (directeur d’air COM) et Jean-Pierre Cohan (ingénieur ARVALIS) qui ont balayé devant la porte de la ferme départementale. Les JA ont quant à eux fait leurs propositions.

Des solutions pour agir
“Changement climatique : quel avenir pour l’agriculture de notre département?” Question posée par le rapport d’orientation de JA 14 et quelques éléments de réponse au terme de plus de deux heures de débats. Vincent Barbot, Marianne Lombard, Pierre Rousseaux et Mathilde Vermès, rapporteurs, ont apporté leurs débuts de solutions. “Faire un bilan énergétique de son exploitation, situer sa consommation d’énergie et évaluer l’impact de ses pratiques, réduire les gaz d’échappement en limitant le déplacement des véhicules (grâce par exemple à un regroupement du parcellaire ou en travaillant en commun via une CUMA), favoriser le stockage à la ferme, privilégier les engrais verts, mettre en place des cultures puits de carbone, faire la part belle à l’herbe plutôt que cultiver religieusement le maïs, opter pour les énergies renouvelables, adapter ses choix variétaux...” Un inventaire à la Prévert qui n’a rien de révolutionnaire mais qui éclaire un changement des mentalités. Les Jeunes Agriculteurs acceptent leur part de responsabilité en matière d’environnement et veulent en devenir acteurs.

+ 6 oC en 2100 ?

Pas question bien sûr pour les agriculteurs, et surtout les jeunes, de se flageller outrageusement. La part de l’agriculture dans les problématiques de qualité de l’air et de réchauffement climatique est relative. Relative mais réelle comme sa contribution à l’émission de gaz à effets de serres (méthane, ammoniac, protoxyde d’azote). Air COM (réseau de surveillance de la qualité de l’air en Basse-Normandie) a également mis en évidence la présence de résidus de produits phytosanitaires et de particules ultrafines comme le nitrate d’ammonium dans l’air.
Un air sur lequel l’activité  humaine pèse depuis 150 ans environ. La prise de conscience date des années 1950 et l’épisode de la canicule (15 000 morts dont 500 à 600 dus à l’ozone) a profondément marqué les esprits. Car in fine, c’est le réchauffement climatique qui nous menace. “De + 1,5 à + 6oC d’ici 2100, selon Christophe Legrand, ça veut dire 200 millions de personnes à déplacer et qui se retrouveront sur les routes”. Un coup de chaud qui fait froid dans le dos.

Maintenant ça pousse plus vite qu’avant
“Il est dangereux de dire que la Basse-Normandie se réchauffe mais maintenant ça pousse plus plus vite qu’avant”. Avec humour mais aussi rigueur scientifique, Jean-Pierre Cohan (ingénieur Arvalis) a précisé l’impact des changements climatiques sur la production de blé tendre d’hiver, de pois, de maïs et des prairies dans le Calvados. Deux paramètres agronomiques (somme des températures et cumul de pluie) sur des plages de 27 ans ont été mesurées. Côté température, le gain médian (du 1er septembre au 31 août) atteint 250o jour : “‘ça commence à faire beaucoup”. Côté précipitations : en légère progression avec + 24 mm en moyenne (un peu plus de pluie en automne/hiver mais un déficit plus prononcé vers le printemps/été);
Quelles conséquences sur un plan pratique ? Au niveau du blé tendre, le stade épi 1 cm se trouve avancé de 4 à 6 jours (un épi gel à - 4o) mais la sortie de gel est plus précoce de 7 jours. Apparemment donc pas de problème.
En terme de gestion de l’échaudage, on ne peut que subir : “on cramera toujours plus qu’avant,” reconnaît Jean-Pierre Cohan.
Autre élément avec le maïs, le réchauffement mesuré (+ 100o jour) correspond à une gamme de précocité.
En conclusion, il ne faut pas s’affoler. “On a les moyens scientifiques pour adapter les systèmes culturaux aux nouvelles conditions climatiques”, rassure-t-on du côté d’Arvalis.
Mais pour Guillaume Ferey, président de JA 14, “si l’installation est notre priorité, il nous faut savoir vers où on veut aller”. Vers une agriculture qui prend en compte les enjeux environnementaux, c’est certain ! Un changement d’ère.
Th. Guillemot
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