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« J’ai envie de toi » : des terres provinciales aux planches parisiennes

Avec « J’ai envie de toi », écrit et avec Sébastien Castro, dans une mise en scène de José Paul, Alexandre Jérôme et Guillaume Clerice labourent les planches du Théâtre Fontaine pour tracer, qui sait, le sillon du succès de cette rentrée théâtrale 2019. Mais même à portée de reflets des néons du « Moulin Rouge », nos deux intermittents du spectacle cultivent leur madeleine de Proust aux odeurs de parfums d’enfance. Le papa d’Alexandre était boucher-tueur du côté de Château-Gontier (Mayenne). Denise et Eugène Toublanc, les grands-parents de Guillaume, vendaient leur surplus de lait dans les villages du côté d’Erquy (Côtes-d’Armor).

« Aujourd’hui, plus que jamais, je sens l’appel de la campagne. J’envisage avec ma femme et ma fille un retour au vert mais c’est sans doute un projet plus proche de l’utopie.» Attablé à la terrasse du Bo Man Café, rue Notre-Dame-de-Lorette à Paris (IXe), Guillaume Clerice fait baisser la pression avant de remonter sur les planches. Dans moins de 3 heures, le rideau s’ouvrira, la salle sera pleine.Ce voyage temporel dans le futur, ses parents l’ont osé dans le passé. Ils se sont éloignés de Denise et Eugène Toublanc, petits paysans du côté d’Erquy (22), pour monter à Paris et tenter leur chance. C’est dans cette banlieue que Guillaume est né et a grandi. Enfin pas que ! Retour aux sources bretonnes pendant les vacances.  Sa madeleine de Proust désormais.

Une madeleine de Proust au goût de quinoa ?

Baignant dans le milieu parisien du spectacle et vivant de son métier de comédien depuis une dizaine d’années, on s’attend à ce que sa madeleine ait pris le goût du quinoa. Mais à la question, « es-tu devenu un bo-bo parisien ?», la réponse est tout en nuances. « J’ai arrêté les bananes pour des questions de bilan carbone. Je ne mange que des fruits et légumes de saisons. Je regarde l’étiquette pour savoir d’où ça vient mais je regarde le prix aussi ».

Ouf, on a évité la correctionnelle d’autant plus que son voisin de planches sait rebondir. « Je suis très viandard mais je ne l’achète que chez le boucher. Alors certes oui, de la viande j’en mange moins mais j’en mange mieux ».

Alexandre Jérôme, sans le savoir, tient un discours interprofessionnel. Peut-être pas un hasard puisque son père était boucher-tueur à Château-Gontier (53). Ville où Alexandre a fait ses premiers pas dans une troupe. Comédien-chanteur de 30 ans et arrivé à Paris à l’âge de 12 ans, il se souvient « qu’en Mayenne, je n’avais pas peur quand j’ouvrais mon frigo mais nous n’avions pas tous la chance de vivre à la campagne ».

Et à l’heure d’enfiler les costumes et de passer au maquillage, ni Guillaume ni Alexandre ne font l’apologie de l’agriculture d’antan. Ils ne sont pas tombés non plus dans la marmite de l’agribashing. « Agriculteur, un beau métier mais un dur métier », s’accordent-ils de concert. Et à la proposition de visiter une exploitation agricole d’aujourdhui à l’occasion d’une tournée en province, ils acceptent bien volontiers l’invitation.

 

Depuis le 29 août jusqu’au 5 janvier avec prolongation  ?

Après une quinzaine de représentations en juillet à Toulouse pour roder  la pièce, « J’ai envie de toi » a ouvert le bal parisien dès le 29 août, une semaine avant tout le monde. Un choix stratégique payant,mais à double tranchant, à l’heure où les critiques n’ont pas encore grand-chose à se mettre sous la plume.

« Une comédie de boulevard légère, soit, mais diablement efficace. Chez Castro, il y a tout ce qu’il faut. Le public le sait bien qui accourt déjà s’abreuver de son humour au Théâtre Fontaine. Pliée de rire, la salle jubile devant cette arme de distraction massive. L’idéal pour bien attaquer la rentrée ! » pouvait-on lire dans Le Parisen.

 

Une arme de distraction massive

Même Télérama vous la recommande. « Fan depuis longtemps du comédien Sébastien Castro, on attendait avec curiosité sa première pièce en tant qu’auteur. Multipliant les quiproquos, ce réjouissant vaudeville moderne ne déçoit pas. Passé un début un peu laborieux, le rythme s’accélère et les interprètes, Guillaume Clerice en tête, se déchainent dans une mise en scène malicieuse de José Paul. Sébastien Castro, quant à lui, campe un Youssouf irrésistiblement drôle », signe Michèle Bourcet.

Reste la critique de la presse agricole. Elle n’a rien vu « d’un début un peu laborieux » (ndrl : faut bien des préléminaires),ni des « quelques longueurs » (ndrl : faut bien reprendre son souffle).   « J’ai envie de toi », c’est comme dans le cochon mayennais ou breton, tout est bon. «  Il s’agit d’une comédie de boulevard dans laquelle les codes du vaudeville ont été gardés mais Sébastien a su insufler du sang neuf avec un contexte moderne, une finesse et une élégance d’écriture, un rythme et un sens de la rupture», analysent Guillaume et Alexandre. Nous avons l’impression d’être au début d’une aventure ». Une aventure qui pourrait se concrétiser, pourquoi pas ?, par un Molière, histoire de dire que deux provinciaux déracinés ne sont pas montés à Paris pour rien.

Alors que claironnent les trompettes de la renommée du côté d’Erquy
et de Château-Gontier. En attendant, une pièce à ne manquer sous
aucun ...

Pratique

 

« J’ai envie de toi » au Théâtre Fontaine (Paris IXe) avec Sébastien Castro, Maud Le Gunedal, Guillamure Clerice, Anne-Sophie Germanaz, Astrid Roos et Alexandre Jérôme dans une mise en scène de José Paul.

De 14 e à 40 e. Location : 01 48 74 74 40. theatrefontaine.com

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