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Point de vue
“Je suis un enfant de l’Europe”

La tempête des résultats concernant les élections européennes est passée ; place à la réflexion avec Éric Lecler, éleveur au Mesnil-Herman, né en 1957, année du traité de Rome.

© EC

Pourquoi Éric Lecler ? Tout simplement parce qu’il représente le prototype même de l’exploitant et du responsable professionnel. Installé en EARL au Mesnil-Herman, non loin de Saint-Lô, il est aussi président de l’établissement départemental d’élevage (EDE). Mais au-delà de ces deux rôles, Éric Lecler s’est toujours battu, au niveau agricole, pour l’Europe. “En 1984, alors que je siégeais en tant qu’administrateur au JA National (anciennement CNJA), avec plusieurs collègues j’ai mis sur pied tout un cycle de manifestations pour protester contre les distorsions de concurrence. Distorsions dues à l’époque aux différentes monnaies. Notre objectif, c’était sinon une monnaie commune, du moins une vraie parité monétaire. Le CNJA avait d’ailleurs un slogan, mis en avant lors d’une marche de 10 jours sur Bruxelles : j’aime l’agriculture, je veux l’Europe”.

Incompréhension
Le résultat enregistré par le Front National fait bouillir Éric Lecler, “le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il interpelle. Le FN est avant tout un parti anti-européen. Ce qui m’inquiète plus, c’est les scores enregistrés en zones rurales. Il s’agit avant tout d’une incompréhension entre les sphères bruxelloises et le terrain”. Et d’épingler au passage le comportement d’une partie de la classe politique. “Quatre années sur cinq ils mettent l’UE à l’index quand les choses ne vont pas bien ; une sorte d’exutoire en sorte”.
Reste que notre éleveur qui est aussi conseiller municipal de sa petite commune estime que les dernières européennes ont été victimes d’un vote de sanction. “Pour le monde agricole, ces résultats sont préoccupants ; l’Europe est bien sûr née d’une volonté de pacification durable (notamment avec l’Allemagne) mais aussi d’un besoin : celui de satisfaire l’autosuffisance alimentaire d’après-guerre”.
Se définissant comme un enfant de l’Europe, il est né en 1957, l’année du Traité de Rome, Éric Lecler estime que le bilan de 57 années de travail en commun a amené sinon une prospérité, du moins une sécurité qui est aujourd’hui remise en cause. “Cette poussée nationaliste, qui n’a pas lieu uniquement en France, pourrait impacter la politique agricole commune et remettre en cause ses accompagnements financiers. Ce serait une grave erreur. Même si le budget de l’agriculture est conséquent au niveau européen, il s’agit du prix à payer pour que les citoyens des 28 pays bénéficient d’une sécurité alimentaire à pas cher”.

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