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Jean-Hugues Lorault : “pensons au nombre d’actifs, plus qu’à la taille des fermes !”

La fête de l’agriculture et de la ruralité marque la rentrée syndicale des Jeunes Agriculteurs de la Manche. Tour d’horizon des dossiers d’actualité avec leur président, Jean-Hugues Lorault.

Avec 12 000 entrées, la fête la terre ne se limite pas au monde agricole. Quel message souhaitiez-vous transmettre au grand public ?
Nous avons souvent des difficultés à faire passer les bons messages. Nous voulions montrer que l’agriculture évolue. Nos méthodes changent. Car derrière les exploitations se cachent des enjeux économiques et humains. Nous sommes des chefs d’entreprise qui veulent gagner leur vie en pensant à l’environnement.
Je tiens aussi au fait que l’on raisonne le nombre d’actifs sur une exploitation agricole. Oui les exploitations grossissent. Mais, il faut regarder le nombre de personnes qui en tirent un salaire à la fin du mois. Pensons au nombre d’actifs !

Dans votre discours, vous avez aussi insisté sur le fait que la PAC n’est pas une prime…
Non, ce n’est pas une prime. La PAC a été mise en place pour compenser des prix trop bas. Dans notre terre d’élevage, nous devons le rappeler à nos voisins. Les contraintes environnementales ont un coût. Malheureusement, nous ne disposons pas de prix assez rémunérateurs pour assumer ces charges imposées.

Dans le cadre du parcours à l’installation, les Jeunes Agriculteurs ont un nouvel interlocuteur avec la région. Les relations sont-elles bonnes ?
On change le système. Les fonds à l’installation transitent par le Conseil régional. Nous avions l’habitude de travailler par département avec l’administration. Désormais, nous allons à Caen. Nous avons eu des difficultés en début d’année. Des dossiers ont traîné. Désormais, ça se passe bien. Il y a une période de rodage.

Vis-à-vis de la région, votre homologue ornais est plus vindicatif…
Je ne perds pas espoir. Nous arriverons à travailler ensemble. Des contrastes existent effectivement dans nos propos. Cela montre la volonté du réseau JA d’avancer. Mais, je suis quelque de confiant. Nous avions l’habitude de bien échanger avec l’administration dans la Manche, j’espère que ce type de relation existera avec la région.

Vous avez demandé un parcours à l’installation simple. Concrètement, que cela signifie-t-il ?
Le parcours est déjà plus léger qu’avant. Néanmoins, les règles n’arrêtent pas de changer. Il faut toujours réinformer les jeunes. Nous devons également respecter au chiffre près les chiffres du projet d’installation pendant 5 ans. Si ce n’est pas bon, on risque d’être pénalisé. Simplifions ce parcours pour donner aux jeunes l’envie d’y adhérer. C’est un gage de réussite. Le taux d’échec est plus faible quand les projets sont encadrés.

Avec la suppression des quotas, les jeunes ne risquent-ils pas de se détourner de l’installation aidée ?
C’est un risque. Nous nous battons pour que les transformateurs gardent un œil attentif sur les projets d’installation. Les projets travaillés dans un cadre aidé pourraient bénéficier de volumes différents. Nous avons du travail. Ce parcours aidé est un élément de réussite. Préservons des moyens de le mettre en valeur.

La semaine prochaine, les Jeunes Agriculteurs proposeront un nouveau concept de distribution des produits, lors de la finale nationale. Qu’attendez-vous de ce projet intitulé les Halles de Jim ?
Les Jeunes Agriculteurs souhaitent remettre la main sur la distribution de leurs produits. Là-bas, nous mettrons en place un supermarché éphémère. Il sera alimenté par les produits de nos régions. Là encore, il faut avoir confiance. Nous voulons que cela serve d’exemple pour développer un projet encore plus structuré. Les agriculteurs doivent reprendre la main sur la distribution de leurs produits. Cette démarche demandera du temps. Dans 10, 15 ou 20 ans, nous aurons peut-être un projet similaire mais à plus grande échelle.

L’actualité récente montre que la grande distribution investit dans les filières. Intermarché est, en effet, candidat à la reprise d’un abattoir. Saluez-vous cette initiative ou considérez-vous la grande distribution comme un pompier pyromane ?
Je ne suis pas là pour taper sur une enseigne de la grande distribution. Peu importe le distributeur, nous avons des difficultés à faire passer nos messages. Ils gèrent une entreprise, nous aussi. Cependant, ils devront comprendre que les producteurs se fatigueront. On ne pourra pas nous presser encore très longtemps. La grande distribution sera obligée d’en prendre conscience.

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