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Jean-Hugues Lorault : prêt à repartir sur le terrain

Malgré une année 2015 marquée par les manifestations, les JA de la Manche restent mobilisés à nouveau cette année. Ils l’ont prouvé lors d’une nouvelle action le 21 janvier dernier. Rencontre avec le président, Jean-Hugues Lorault, combatif et déterminé afin de trouver des solutions pour la profession.

© DR

>> Vous avez terminé l’année 2015 par une manifestation interpellant les élus face la crise que connaît la profession. Quel bilan faites-vous de ces douze derniers mois ?
C’est un bilan morose. Les cours de toutes les productions, toutes filières confondues, se sont fortement dégradées par rapport à 2014. Fort de constater que malgré une forte mobilisation depuis un an, les résultats n’ont pas été à la hauteur de nos espérances. A mon sens, il y a deux grands responsables. Les premiers sont les transformateurs. Ils ne sont pas corrects vis-à-vis des agriculteurs sous prétexte que leur entreprise est privée.  Ils gèrent leur business sans se préoccuper des problématiques des exploitations en terme de contraintes environnementales, sociales, fiscales, ou encore le bien-être animal. Ces gros faiseurs de l’agroalimentaire n’ont aucun scrupule. Ils n’ont aucune difficulté à gérer leur business dans la mesure où nous producteurs, nous n’avons rien à dire sur le prix qu’ils paient nos produits à la fin du mois.

>> Selon vous, ce ne sont pas les seuls responsables ?
Pour moi, les seconds responsables sont les élus. Jusqu’à quand pourrons-nous accepter que certaines entreprises, sous prétexte qu’elles sont privées, n’ont aucun compte à rendre et peuvent faire autant de profit qu’elles le souhaitent sans s’en cacher. Le tout sur le dos des agriculteurs qui eux doivent répondre à un certain nombre de contraintes, qui elles sont orchestrées par nos dirigeants politiques. Il faut aller au bout de la démarche si on veut garder ses contraintes. Mais dans ce cas, il faut qu’on ait des prix en adéquation. Sinon, on arrête de faire des contraintes franco-françaises. On  se contente des contraintes européennes et on joue avec les mêmes règles que les autres. Alors, on sera plus à l’aise pour se positionner sur les marchés et aller chercher une valorisation plus conséquente. A entendre les élus, ils font leur possible. Sauf que pour le prix payé aux producteurs, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, l’a dit jeudi dernier, ils n’ont aucun pouvoir et aucune légitimité à faire bouger les choses.

>> Alors, ce qu’il a annoncé ne vous a pas convaincu ?
Le dispositif proposé n’a jamais été notre demande. Cela a été une réponse qui nous a été faite. Mais on joue avec de l’argent public. Et pour le citoyen, cela peut paraître de grosses sommes. 4 000 euros, c’est le maximum auxquels les agriculteurs peuvent prétendre, et encore pas tous. La perte engendrée est plutôt de l’ordre de 40 000 euros par an pour une exploitation moyenne dans la Manche. Cela ne règle rien.
C’est normal que l’ensemble des demandeurs obtienne cette aide. C’est certainement le sens de l’intervention du ministre. Aujourd’hui, on sait que les enveloppes sont  insuffisantes. Pour la Normandie, il faudrait 23 millions d’euros. Nous en avons que 10 ! L’urgence est de répondre positivement à toutes les demandes qui correspondent aux critères d’attribution. Des courriers de la profession ont été faits dans ce sens. A entendre le ministre, il va mettre les moyens sur ce plan de soutien. Mais je reste inquiet.
En terme de structuration de nos filières, rien n’avance. On peut accuser la profession de ne pas se mettre au travail sauf qu’il nous faut des outils face aux transformateurs.  Dès qu’on entre dans une discussion de gré à gré, cela engage uniquement la bonne volonté de chacun. Il faut que le gouvernement mette des règles obligatoires afin de se remettre autour de la table et retravailler nos filières. Il n’y a que le gouvernement qui peut encadrer cela.

>> Les Bretons ont débuté la semaine dernière des actions. Au niveau de la Normandie, vous avez engagé également des actions. Pour quelles raisons ?
Depuis quelques semaines, nous avons échangé avec le Grand Ouest. Le souhait était de se remobiliser. En fonction des territoires, le tempo était différent. Les Bretons se sont engagés très vite sur du blocage routier.  En Normandie, nous avons ciblé les transformateurs dont huit sites dans le département de la Manche. On considère que ce sont eux qui ne jouent pas le jeu. Nous avons une telle disparité sur le prix du lait en janvier. Cela va de 255 à 305 €/1 000 l. Cela ne nous laisse pas sans réaction. Cette variation n’est pas cohérente. Quand on regarde les trois familles de produits, on se rend compte que les entreprises valorisent le lait à hauteur de 300 €. Pourquoi ne part-on pas sur ce prix même si c’est loin d’être suffisant.

>> Cela signifie que vous allez poursuivre vos actions, avec quels objectifs ?
On va garder un œil sur l’action des voisins. Et il n’est pas impossible qu’on arrive à un blocage routier s’il a une cohésion entre les différentes régions. Mais ce qui est sûr, c’est que nous allons accentuer le mouvement.
Notre souhait, c’est que le gouvernement puisse intervenir en matière fiscale, sociale, environnementale. Il reste une marge de manœuvre sur le territoire français. On peut alléger les choses et nous redonner un peu de compétitivité. Mais cela ne réglera pas tout. Je suis convaincu qu’on ne pourra pas continuellement laisser les transformateurs se faire de l’argent sur notre dos, et sur le dos de l’Etat.

>> Malgré la mobilisation depuis plusieurs mois, quel est votre état d’esprit ?
Il reste de l’espoir. C’est évident. Ne rien faire, c’est accepté. Cela fait 5 mois qu’on est resté dans l’analyse, qu’on a regardé l’application du plan d’actions. Le gouvernement devait regarder de près si les entreprises jouaient le jeu. Or, ce n’est pas le cas. Pour le porc par exemple, on était à 1,40 €/kg sur le porc. Aujourd’hui, on est à 1,08. Cela s’est donc dégradé. Mais les actions de cet été ont permis entre autres le maintien du prix de la viande bovine.
Pour 2016, je souhaite aux producteurs une année plus motivante et rémunératrice que 2015. La seule manière d’engager la nouvelle année, c’est que chacun s’implique à son niveau pour qu’ensemble on puisse s’exprimer d’une même voix afin de faire évoluer la situation par le haut. C’est en jouant collectif qu’on pourra faire face aux transformateurs et faire comprendre à nos élus qu’ils doivent être à l’initiative de l’écriture des règles qui permettront à nos filières d’évoluer.

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