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Questions à...
Jean-Hugues Lorault, secrétaire général de la FDSEA 50 : "Entre rajeunissement et convivialité"

Après 8 années de responsabilités au sein de JA puis une pause syndicale de presque 4 ans, Jean-Hugues Lorault remet le couvert syndical en assumant le secrétariat général de la FDSEA 50. Il souhaite rajeunir la troupe des combattants en rajoutant un gros zeste de convivialité. Entretien sans langue de bois.

JEAN-HUGUES LORAULT, FDSEA 50
« Dans le passé, j’ai été personnellement attaqué non pas parce que j’étais Jean-Hugues Lorault, mais parce que j’étais JA ou FDSEA. Ce n’est pas acceptable. On peut ne pas être d’accord, mais il faut se respecter, échanger, accepter la différence... Je dis cela vis-à-vis des autres syndicats agricoles ou ceux qui sont nulle part et que je respecte, mais c’est aussi un message lancé aux associations environnementales. »
© DR

>> Jean-Hugues, cela a toujours été une évidence pour vous de devenir agriculteur ?
Oui, mais une évidence plutôt tardive. Vers 14-15 ans, je me suis aperçu que les études générales, ce n’était pas trop mon truc. J’ai donc fait le choix d’une réorientation vers des études agricoles à Dol-de-Bretagne: Bepa puis Bac pro CGEA décroché en 2000 pour finalement m’installer en 2003.

>> Sur quel type d’exploitation ?
Une exploitation familiale avec  200 000 litres de lait. Cinq ans plus tard, ma soeur est venue me rejoindre dans la société. Nous faisons aujourd’hui également un peu de céréales de vente.

>> Parlez-nous de votre parcours syndical. Jeune, vous étiez déjà délégué de classe ?
Tout à fait, délégué de classe en bac pro. A mon installation, il n’y avait pas de structure locale JA. J’ai alors été sollicité par Ludovic Blin et Philippe Lecompagnon pour en monter une. Nous nous y sommes attelés avec 7-8 adhérents pour créer cette structure syndicale dont j’ai été élu président.

>> L’échelon départemental s’est imposé très vite ?
Pas vraiment. J’ai été sollicité plusieurs fois pour monter au bureau, mais j’estimais que je n’avais pas la disponibilité nécessaire. La troisième fois a été la bonne.  

>> Un long bail ?
Six ans de vice-présidence et 2 ans de présidence, les années 2015, pas forcément les années les plus simples...

>> Vous avez senti le besoin de souffler ?
Je suis resté en retrait 3 ans 1/2, c’était mon souhait, mais je suis toujours resté adhérent FDSEA même d’ailleurs quand j’étais JA.  

>> Mais comment et pourquoi passe-t-on d’adhérent de base à secrétaire général ?
J’ai été sollicité pas Sébastien Amand qui m’avait d’ailleurs déjà fait un appel du pied il y a 3 ans pour monter au bureau, mais, à l’époque, je n’étais pas prêt.

>> Depuis les planètes se sont alignées ?
Sébastien m’a sollicité plusieurs fois avant les élections. J’estimais que je n’avais pas suffisamment de temps, ce n’était pas une question d’envie, mais que, s’il proposait mon nom, j’accepterais cette mission à hauteur d’une journée par semaine. C’est là dessus que nous nous sommes mis d’accord.

>> Vos convictions restent intactes ?
Ce qui me limite, c’est le temps. Il faut trouver les bons équilibres entre la vie professionnelle et la vie familiale. J’ai toujours été un fervent syndicaliste convaincu qu’il ne faut pas se laisser faire. Malheureusement, il y a de moins en moins de combattants et c’est dommageable pour la profession.

>> Vous parliez d’organisation, comment va-t-elle s’articuler ?
Avec le vice-président, Jean-Michel Hamel, qui est là pour m’épauler, mais aussi les secrétaires généraux adjoints. Ma volonté est de travailler en équipe.

>> Avec quels objectifs ?
Etre au plus proche de nos adhérents et de leurs attentes. Bien capter les problématiques locales, je pense, par exemple, aux PLU ou aux relations avec certaines associations environnementales et locales qui nous malmènent... L’objectif est de faire vivre ce réseau et de donner l’envie à de nouveaux de le rejoindre. Mon rôle est d’animer tout cela, de faire du terrain et de passer à l’action syndicale quand il y en a besoin. Mais, je me répète, pour cela il faut des combattants.


>> Cependant, ne serait-ce qu’une journée en moins par semaine sur l’exploitation, cela suppose certaines concessions ?  
Dormir un peu moins, mais cela marche quand on est jeune. Plus sérieusement, il y a quelques responsabilités que je vais arrêter ou mettre en veille : association de parents d’élèves, Cuma... Cela devrait grosso modo se compenser. J’espère in fine que ce travail en équipe, avec une meilleure répartition des tâches, va s’avérer payant. Je me donne un an pour voir si ça marche. Je ne veux pas subir.

>> Vous avez succédé à une femme au poste de secrétaire générale. Vous ne trouvez pas que la nouvelle équipe Fdsea 50 est un peu trop testostéronée ?
Je ne m’attendais pas à cette question (rire). Alors effectivement, je succède à Anne Jeanne qui devient vice-présidente, mais nous n’avons fermé la porte à personne. Les femmes sont bien présentes dans notre équipe. Au-delà, la notion de parité m’agace un peu. Ce qui compte, c’est l’envie d’y aller, la capacité à se libérer du temps...

>> Et à Anne-Marie Denis qui vient d’être élue présidente de la Frsea Normandie, quel message de bienvenue souhaiteriez-vous faire passer ?  
Je ne peux que me satisfaire de l’élection d’Anne-Marie. Il n’y a certes pas de conflit élevage/grandes cultures, mais quand on est représenté par une personne de sa production, on a toujours un peu l’impression que l’on sera mieux compris. C’est plus rassurant, mais c’est sans doute un vieux, voire un faux débat. Je sais au final qu’Anne-Marie sera à l’écoute de tout le monde.

>> On parle beaucoup  d’agribashing, c’est réellement un phénomène que vous vivez au quotidien ?  
Oui, mais notre gros problème, à nous agriculteurs, c’est que nous ne savons pas communiquer. Un grand nombre de nos détracteurs fait preuve d’une méconnaissance du monde rural. Autrefois, on était tous fils ou petit-fils de paysans, on s’en éloigne de plus en plus. Nous devons donc être meilleurs pédagogues, on se braque trop vite. On se doit tous le respect mutuel et s’écouter même si on n’est pas d’accord. Un principe qui doit prévaloir également au sein même de notre corporation.

>> Vous vous considérez comme un vieux jeune ou comme un jeune aîné ?
A 40 ans, plutôt toujours un peu jeune dans la tête. Pour preuve, quand je vais à Saint-Lô, je m’arrête toujours au bureau des JA. C’est un signe.

>> Ça fait partie de votre job que de faire bouger les curseurs ?
Il faut prendre en considération que le profil de ceux qui s’installent aujourd’hui a évolué avec une proportion significative de jeunes qui ne sont plus issus du sérail agricole. Beaucoup n’ont pas cette culture syndicale alors que nos parents, nos grands-parents, ne se posaient même pas cette question d’adhérer ou pas à la fédé.

>> Est-ce à dire qu’on ne serait pas adhérent JA par conviction syndicale ?
Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Beaucoup se retrouvent dans le syndicalisme jeune parce qu’il y a de la convivialité, une structure locale qui permet de nouer des connaissances puis des amitiés.
Mon objectif est donc aussi de rajeunir les rangs de la FDSEA et de ramener du sang neuf. Plus particulièrement ceux qui font preuve d’une capacité de défense syndicale. Nous devons anticiper pour que, lorsque les responsables d’aujourd’hui, et il n’y a rien de péjoratif là dedans, passeront le flambeau demain, nous disposions des moyens humains pour assurer la pérennité des missions de la FDSEA.

 

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