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Journée lait de la FDSEA Manche : une sortie de crise très hypothétique

«Quelles sont les perspectives de sortie de crise de la Ferme Manche de demain ?» Question posée par la FDSEA Manche lors de sa journée lait qui s’est tenue le 15 juin dernier à Coutances. A moyen ou long terme, on assistera à un retour de balancier dans le bon sens mais c’est une amélioration sur le court terme que les producteurs attendent. Tiendront-ils jusqu’aux beaux jours ? «Non», estime une majorité.

© TG

«La situation à court terme va demeurer difficile pendant quelques mois mais les tendances à moyens et longs termes restent globalement favorables». Tel est le pronostic établi par Benoît Rouyer, économiste au CNIEL. On avait pourtant entendu une petite phrase porteuse d’espoir : «à court terme, la sortie de crise semble enfin se dessiner mais l’échéancier précis reste incertain». Pour Arnaud Fossey, président de la coopérative Isigny, «la prudence s’impose sur ce léger frémissement. L’an dernier, ce ne fut qu’un feu de paille». Les producteurs de lait sont donc repartis traire leurs vaches, le moral en berne.

Lactalis gagne au «sifflomètre»
Cependant, chacun a pu s’exprimer et au «sifflomètre», Lactalis l’a largement emporté se voyant remettre le «bonnet d’âne du prix du lait dans la Manche et de la distribution de volumes». Car paradoxe, les quotas sont morts mais les systèmes de pénalités exercent le même office. Pour ceux qui le pouvaient, produire plus aurait pu permettre de compenser un prix atone. Et de reprocher à Lactalis de ne pas même avoir fait son dernier quota.
Sur la coopération, les jugements sont plus pondérés avec un petit mieux sur les prix et quelques rallonges. «20 % de lait additionnel chez Isigny. Ça a été plutôt bien accepté après 30 ans de quota. Si on peut les produire à coût marginal, ça passe». Espoirs déçus par contre du côté d’Agrial qui projetait également des rallonges. «Comment voulez-vous que l’on se projette dans l’avenir quand vous changez tout le temps les règles du jeu ?» s’est plainte une productrice. Question de valorisation à perte de ces volumes supplémentaires lui a-t-on répondu. Agrial, qui structure sa filière lait, insiste sur l’adéquation entre l’offre de production et la demande du marché.
Pourtant, les investissements laitiers filent bon train dans le Grand Ouest (sans commune mesure cependant avec ce qui se passe en Irlande ou aux Pays-Bas). «C’est que vous gagnez de l’argent», en conclut un producteur. Et si la transparence n’est pas de règles du côté du géant lavalois, la coopération bâtit bien pour demain. «Il faut se réjouir de ces investissements, insiste-t-on du côté des Maitres Laitiers du Cotentin. Le volume pour moduler ses charges est un moyen de sécuriser le revenu de certains producteurs. Le volume produit par UTH, c’est un point faible de la France. Attention cependant, il faut rester pondéré. Faire plus de lait pour saturer son outil, OK. S’il faut franchir un palier, attention».
Quant à l’éventualité d’un enrichissement des transformateurs sur le dos des producteurs, «on a fait nos meilleurs résultats quand le prix du lait était au plus haut», a rétorqué Arnaud Fossey.
L’occasion pour Hervé Marie de poser la question à Lactalis : «vos comptes sont-ils dans le rouge ?» Un clin d’oeil à la loi Sapin II en discussion au Sénat qui obligerait leur publication. On n’en saura pas plus mais le leader européen vient de s’offrir Graindorge, ça ne va donc pas si mal. Mais Jean Turmel (représentant de la FNPL) de s’interroger tout haut «abus de position dominante sur le marché de l’AOP ?»

Quel prix payé demain ?
S’il est une question dont la réponse était attendue, c’était bien «quel prix du lait payé au producteur au cours du second semestre 2016?» Ludovic Blin (responsable de la section lait de la FDSEA Manche) en avait au préalable contextualisé les enjeux. «J’étais hier à l’assemblée générale d’AS Manche. Il en ressort que le revenu moyen en 2015 a été de 15 000 € avec un prix d’équilibre à 340 € payé 336 €. Si on ampute encore 30 à 40 € comme cela a démarré sur les 6 premiers mois de l’année, on se demande jusqu’où va descendre le revenu des éleveurs en 2016. Et d’ajouter : en juin 2015, 36 % des exploitations lait/viande affichaient une trésorerie négative. Aujourd’hui, il n’y en pas 1/3 qui disposent d’une trésorerie positive. Veut-on encore des producteurs de lait demain ?» Mais au petit jeu des pronostics, personne ne s’est positionné. Ni du côté du privé, ni du côté de la coopération. «Ce n’est pas l’endroit».
Alors peut-être dans les OP (Organisation de Producteurs). La première a été créée en Allemagne en 1969. En France, elles n’ont que 4 ans d’existence. Et puis, 18 OP en Normandie : «est-ce bien raisonnable?», a-t-on pu entendre. «Avec la loi Sapin II, il faut mettre la gestion collective des volumes dans les mains des OP, appelle Jean Turmel. Il faut des AOP (Association d’OP) pour être en capacité de faire bouger les volumes». Une façon de souligner le rôle de la FNPL (Fédération Nationale des Producteurs de Lait) : «les vaches seront bien gardées parce que le syndicalisme sera là.» Et Ludovic Blin d’enchainer : «un producteur qui est mis à la porte, il n’y a plus personne pour le collecter. Les volumes doivent donc être gérés par les producteurs». Mais le tableau n’est pas tout noir. «Danone est une entreprise qui écoute ses producteurs», a témoigné l’un deux. Et si l’entreprise réduit la voilure en terme de volume, il est à souligner qu’à partir du 1er juillet, elle intégrera en partie l’évolution du prix de l’aliment dans son calcul du prix du lait payé au producteur.
Et le mot de la fin pour Ludovic Blin : «la filière lait ne va pas bien. Certaines entreprises apportent plus de perspectives que d’autres et, sur le marché intérieur, la valorisation a été maintenue grâce au travail du syndicalisme.» Mais du boulot, il en reste pour espérer des jours meilleurs.

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