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Environnement
La biodiversité n’a pas attendu le Grenelle de l’Environnement

Après le Grenelle de l’Environnement, 50 % des molécules phytosanitaires vont être retirées du marché. Il va falloir, au champ et sous le verger, changer les habitudes pour lutter contre maladies et parasites. François Serrant, agriculteur au Petit Celland (sud Manche), n’a pas attendu. Il pratique la lutte intégrée depuis plusieurs années, a replanté depuis longtemps des haies autour de ses vergers, cherche à diversifier ses rotations... En d’autres termes, il joue la carte de la biodiversité.

"L’heure n’est plus à sortir l’atomiseur de façon systématique. Il faut faire du raisonné qui repose sur un gros travail d’observations. Les interventions doivent être ajustées et ciblées”. Raisonnable et raisonné, c’est sans doute l’un des traits de caractère de François Serrant, producteur de lait et de pommes à cidre notamment, dans le sud Manche. Il a, à ses débuts, traité son maïs à 4 kg d’atrazine par hectare. “Sur les conseils des DDA et avec l’aval de Bruxelles qui nous invitait à produire 2, voire 3 fois plus”, insiste-t-il. Quelques décennies plus tard, il pose des maisonnettes engluées de phéromone pour piéger les papillons mâles. Il les compte et, en fonction de la somme des températures, il décide (ou pas) de traiter contre le carpocapse. “Les temps ont changé”, reconnaît-il.

Comprendre la haie...
Bloqué par le couperet des quotas laitiers en 1982/1983 dans ses projets de développement et alors que certains de ses collègues empruntent les chemins parfois hasardeux de la diversification (escargot, endive voire même huile essentielle à base de poireau), François Serrant se tourne vers la pomme à cidre. Une bonne douzaine d’hectares d’un verger basse-tige y ont rapidement pris racine. Nous sommes en 1994 et déjà, 14 ans avant le Grenelle de l’Environnement, les Chambres d’Agriculture se penchent sur la biodiversité. Notamment celle du Maine-et-Loire, un département où la pomme de table est en plein développement. “Quel type de haie planter autour d’un verger pour favoriser la biodiversité ?”, s’interroge-t-elle. La Chambre d’Agriculture de la Manche va apporter sa pierre à la réflexion. Elle assure le suivi technique du linéaire qu’a implanté en 1995 François Serrant pour abriter une parcelle de 3 ha. Chêne, châtaignier, aubépine, sureau, cassis-fleur et noisetier en bourrage figurent parmi les essences essentielles. Premier enseignement tiré de cette expérience : l’aubépine est à proscrire. Elle sera d’ailleurs interdite quelques années plus tard. Elle favorise en effet le feu bactérien. Second enseignement : planter côté ouest sous vents dominants.

... jusqu’à en devenir ambassadeur
François Serrant va continuer à planter et replanter, introduisant au passage de nouvelles espèces (merisier, cornouiller...), et devenant même ambassadeur de la haie. Pendant 10 ans, il va assumer la présidence de l’association de reboisement de Brécey. “Il ne faut plus voir la haie comme une contrainte réservée à protéger ou habiller les bâtiments d’élevage”, retient-il. La haie doit être aujourd’hui reconnue comme multifonctionnelle plus particulièrement dans un contexte de changement climatique. “Les pluies d’orages ont remplacé les pluies continues. Elles provoquent une érosion très importante des sols par ruissellement. Un phénomène qui s’est accentué avec l’augmentation des surfaces labourées due notamment à la motorisation croissante autorisant le travail des terrains en pente”. Quelle réponse apporter ? “Il faut repenser notre parcellaire quitte à aller jusqu’à une redistribution, propose François Serrant. Il faut également replanter en tenant compte des courbes de niveau”. Pour cela, il faut des moyens financiers, insérer la réflexion dans un cadre collectif et à l’échelon d’un territoire comme une CdC (Communauté de Communes). La haie n’a pas encore gagné son pari mais un argument relativement récent plaide en sa faveur. En exploitant le bois déchiqueté, elle trouve une justification économique supplémentaire et complémentaire à sa vocation écologique. La haie : trépied de la biodiversité, génératrice d’énergie renouvelable et liant potentiel entre le monde agricole et la société qui l’entoure. Bien des vertus en résumé.

S’affranchir de certains traitements
Mais ce n’est pas qu’autour du verger que notre acteur de la FAT (Fédération d’Actions Techniques) d’Avranches joue la carte de la biodiversité. Il mise également sur les auxiliaires pour s’affranchir de certains traitements. Dans les années 1996/1997 et grâce au technicien verger de la Chambre d’Agriculture, François Serrant implante au milieu de ses pommiers des bandelettes ensemencées d’œufs de chrysopes. Le chrysope, au même titre que la coccinelle, est un auxiliaire. Sa larve dévore notamment pucerons et araignées rouges. Importées de ce qui s’appelait encore à l’époque la Tchécoslovaquie, ce sont 1 800 bandelettes (bout de moquette de 12 cm x 4 cm) à l’hectare qui vont être disséminées. La lutte biologique a produit son effet et fait reculer la lutte chimique.
Mais François n’est pas un intégriste. “Ce sont des équilibres qu’il faut préserver. Mais s’il faut accrocher le pulvérisateur, je le fais !” Considérant que l’on ne peut pas régler un problème technique et écologique comme celui de la mortalité des abeilles devant les tribunaux, il milite pour le dialogue et éloigne toute stratégie d’opposition frontale.
Biodiversificateur mais pas agriculteur bio qu’il respecte, il conclut à la normande : “la situation n’est pas désespérée mais il faut rester vigilant”. En tout état de cause, il en aura fait avancer une : celle de la biodiversité.

Un équilibre fragile à préserver

22 mai : journée mondiale de la biodiversité, un terme dont on entend de plus en plus parler… La biodiversité apparaît dans le Grenelle de l'Environnement, dans la conditionnalité des aides PAC,  dans les politiques départementales, etc. Les scientifiques nous alertent sur la dégradation de la biodiversité. Or, une agriculture durable, économiquement, socialement et environnementalement, passe aussi par la préservation de la biodiversité.

 

La biodiversité : diversité des habitats, des espèces et des gènes
Le terme "biodiversité" provoque des débats passionnés entre agriculteurs, naturalistes et administration. Pourtant, ceux qui n'adhèrent pas au concept de biodiversité y sont parfois plus sensibles qu'ils ne croient.
Tout est une question de sens derrière les mots. La biodiversité est la diversité des êtres vivants. Dans la Convention sur la Diversité Biologique du 5 juin 1992, les scientifiques distinguent trois niveaux de biodiversité : la diversité des habitats, celle des espèces et celle des gènes.
La biodiversité concerne donc tout le vivant et la dynamique des interactions au sein du vivant, qu'il soit naturel (biodiversité sauvage) ou bien géré par l'homme (biodiversité domestique). Au niveau agricole, la biodiversité domestique représente les variétés de plantes ou les espèces animales. Elle est gérée par certains organismes comme les semenciers ou les centres d'insémination. Au niveau du parcellaire, il y a la diversité dans les parcelles et surtout celle en bordure des parcelles.
Discuté concrètement lors du sommet de la terre à Rio en 1992, le concept de biodiversité prend toute son ampleur aujourd'hui avec le Grenelle de l'environnement. Les trames vertes et bleues vont être initiées. Leur objectif est de permettre aux espèces de circuler librement dans les milieux et ainsi d'éviter de fragmenter les habitats.

Un atout en agriculture
L'homme a intérêt à maintenir la diversité animale et végétale. Par exemple, des souches sauvages d'une espèce cultivée ont déjà permis de lutter contre une nouvelle attaque parasitaire.
Autres exemples : réguler des populations de ravageurs
L’agriculture cultive ou élève la plupart du temps des espèces sélectionnées. Elle simplifie les écosystèmes. Cela facilite la gestion et la rentabilité des productions agricoles mais fragilise la régulation naturelle des espèces.
De nombreux ravageurs des cultures deviennent résistants aux produits de traitement. Actuellement, on dénombre 500 espèces de ravageurs résistants. Le contrôle des ravageurs peut se faire par la régulation des populations à partir de “réserves”. Celles-ci sont constituées par les espaces “semi naturels” avec notamment les prairies et les forêts. Sur les territoires bocagers et peu forestiers, ce rôle de réservoir est joué par les haies. Il faut savoir que 80 % des espèces végétales d’un territoire sont présentes dans les haies à condition que les haies soient gérées et reliées entre elles. Les haies sont alors l’habitat, le refuge et le lieu de circulation des espèces végétales et animales. Sur les territoires bocagers, les haies sont les outils de gestion de la biodiversité et elles sont donc complémentaires des espaces agricoles. En terme fonctionnel et "sanitaire," il s’agit d’utiliser les capacités des plantes sauvages et des animaux à s’autoréguler et donc de faire des économies de traitement par la prévention des “attaques”.
C’est aussi conserver et souvent améliorer “naturellement” le potentiel agronomique de ses sols. Enfin, c’est augmenter la production de son exploitation. Dans l’exemple des haies, non seulement on produit plus dans la parcelle, mais on produit en plus du bois. Les arbustes, les arbres valorisent des espaces aériens et de sols non valorisés par les productions agricoles classiques.

Améliorer le fonctionnement du sol
Ça grouille sous nos pieds ! Sous 1 ha de prairie permanente, vivent 4,5 t/ha d'êtres vivants, soit l'équivalent de 6 UGB. Ils décomposent la matière organique, libèrent les éléments minéraux nécessaires à la croissance des plantes. En mélangeant le sol, ils structurent et aèrent le sol. Lorsque la vie des sols est perturbée, les sols deviennent sensibles au tassement ou à l'engorgement en eau. Certaines pratiques favorisent la vie du sol :
- les couverts hivernaux : les vers de terre viennent se nourrir jusqu'à la surface du sol. Ils transforment la matière organique fraîche en matière organique assimilable par les plantes.
- Un travail du sol modéré sans retournement évite de perturber la vie du sol. Néanmoins, le choix du non-labour se fait aussi en fonction du type de sol et de sa rotation.
- Des traitements phytosanitaires limités.
On voit ici que préserver la biodiversité ne veut pas dire conserver telle ou telle espèce. Il s'agit de préserver la diversité dans son ensemble et de la gérer dans le temps. Chaque espèce fait partie d'un tout. C'est l'équilibre qui compte.

Laëtitia CHEGARD /Eddy CLERAN CA 50

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