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La carotte de Créances fait de la résistance

A Créances (50), la fête de la carotte n’est plus. Place à la fête du terroir. Si les producteurs de carottes avaient boudé la première édition l’an dernier, ils sont revenus samedi 10 août pour communiquer auprès du consommateur sous l’égide des « Jardins de Normandie » et de la FDSEA 50.

llll Avec la fin de la dérogation de l’utilisation du dichloropropène en cas d’urgence phytosanitaire pour lutter contre le nématode de la carotte, les chiffres parlent et sont cruels.
« 50 % de surfaces en moins dans notre bassin de production », martèlent de concert Philippe Jean (GPLM) et Jean-Luc Leblond (président de la section légumes de la FDSEA 50). Et si la carotte de Créances a perdu une première bataille, elle n’a pas pour autant perdu la guerre. Les deux maraîchers étaient en croisade, le 10 août dernier, à la fête du terroir pour ferrailler sur-le-champ de la communication en sensibilisant élus et consommateurs à la légitimité de leur combat.

Distorsion de concurrence
La légitimité de leur combat, c’est tout d’abord une distorsion européenne de concurrence incompréhensible. Alors que Stéphane Travert était encore ministre de l’Agriculture, la France a interdit l’utilisation dérogatoire du fumigant mais pas l’Espagne, ni l’Italie, ni le Portugal, ni Chypre. .. On trouve donc sur les étales de la distribution, dans les assiettes de la restauration collective et autres, des carottes voyageuses dont la méthode de production est rigoureusement interdite en France. Une forme de Ceta mais, cette fois, intracommunautaire.
Et si l’on peut reprocher à certains élus un défaut de courage politique, il faut tout autant souligner la droiture de quelques autres comme Henri Lemoigne. Le maire de Créances a interpellé directement, il y a quelques mois, le président Macron sur le dossier. Il est vrai aussi qu’Henri Lemoigne compte pour adjoint, au sein du conseil municipal de Créances, un certain Philippe Jean.

Une carotte pour bobos parisiens
Le risque ? « Que la carotte de Créances ne devienne plus qu’un marché de niche pour bobos parisiens faute de volume », s’inquiète Philippe Jean. Et à ceux qui prétendent que rien n’a été fait pour sortir du « chimique », le par ailleurs vice-président du Sileban (Société d’investissement légumière et maraîchère de Basse-Normandie basée à Gatteville-le-Phare-50) rétorque : « 20 ans de recherche financée par les producteurs ».
Dans l’immédiat, l’heure est aux analyses de sol pour mesurer le niveau d’infestation en nématodes. 1 600 sont programmées ou ont déjà été réalisées pour un montant de 430 000 euros. C’est sur cette base que la décision d’emblaver ou pas est actée.
« On se donne 5 ans pour faire baisser le niveau de nématodes », pronostiquent les responsables professionnels. La méthode alternative privilégiée : une rotation poireau, navet puis deux années de cultures avant de resemer en carotte. En attendant, l’Etat avait promis des aides pour passer ce cap d’assainissement.  « On n’a toujours pas vu les aides du gouvernement et aucun écrit du ministère de l’Agriculture sur les aides promises », s’inquiètent Jean-Luc Leblons et Philippe Jean. 
A défaut de se refaire la cerise sur la carotte, les producteurs ont retrouvé le sourire le temps d’une fête de terroir. Les consommateurs et consom’acteurs étaient présents offrant une oreille attentive aux difficultés actuelles. Certains sont même repartis frustrés. Ils voulaient acheter des carottes de Créances mais il n’y avait rien à vendre sur le stand des « Jardins de Normandie ». Après tout, il faut peut-être commencer à apprendre à s’en passer. C’est le message qu’ont voulu faire passer les producteurs. 

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