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Liniculture
La Chine et ses filatures au bout du fil

En 2005, 70 % des fibres longues de lin produites en Europe ont été exportés vers des pays tiers. Elles y reviennent transformées et c’est la Chine et ses filatures qui sont au bout du fil.

"Nous produisons en Normandie, grâce aux excellentes conditions pédo-climatiques, un lin d’une rare qualité dont la filature chinoise ne peut pas se passer. En le mélangeant aux fibres égyptiennes, russes ou locales (...), elle fabrique toute une gamme répondant aux différents besoins du marché mondial", estime Henri Pomikal.
"Nous produisons en Normandie, grâce aux excellentes conditions pédo-climatiques, un lin d’une rare qualité dont la filature chinoise ne peut pas se passer. En le mélangeant aux fibres égyptiennes, russes ou locales (...), elle fabrique toute une gamme répondant aux différents besoins du marché mondial", estime Henri Pomikal.
© TG
Henri Pomikal, président de la coopérative linière de Villons-les-Buissons (14), rentre de Chine. Avec ses collègues de Linnenpartners (voir encadré), il est allé prendre le pouls et a tenté de comprendre un marché en pleine expansion. L’avenir de la filière lin française passe par l’Empire de la Grande Muraille. Kingdom : 10 000 T de fil par an Kingdom, filature créée il y a à peine 8 ans, est aujourd’hui le premier fabricant chinois de fil de qualité. L’entreprise, qui dispose de deux usines, en fabrique 10 000 T par an. 90 % de sa matière première provient d’Europe. 60 % du produit transformé y est réexporté. Sa collègue, ZEH, 4 ans d’âge et un outil déjà entièrement remboursé. "On a mis le pied dans le gigantisme", commente Henri Pomikal après avoir visité 5 filatures (de 1 000 à 6 000 employés) dont 3 à capitaux privés chinois. Et rien ne semble pouvoir arrêter ce développement à l’échelle du pays. "A partir du moment où les capitaux et la croissance sont au rendez-vous, tout devient facile", commentent nos liniculteurs français. Un développement et un gigantisme qui ne doit pas faire peur à la filière lin française tant les atouts hexagonaux sont indéniables. Nous produisons, et plus particulièrement en Normandie grâce aux excellentes conditions pédo-climatiques, un lin d’une rare qualité dont la filature chinoise ne peut pas se passer. En le mélangeant aux fibres égyptiennes, russes ou locales (...), elle fabrique toute une gamme répondant aux différents besoins du marché mondial. De ce voyage est aussi née une interrogation : les tris français sont-ils valorisables là bas? L’expérience sera tentée par Linenparteners dans les prochaines semaines. Elle va y envoyer un lot qui sera trié manuellement par une cinquantaine de chinois. Objectif : fournir les petites filatures qui n’ont pas de contact direct avec la France ou qui n’ont pas la capacité à acheter des containers entiers et trouver le modèle économique qui aboutisse à une meilleure valorisation des tris français. Prix : le sujet qui fâche "Les Chinois savent recevoir mais nous nous sommes fait “engueuler” partout parce que notre lin était trop cher", lâche Henri Pomikal. Mais les liniculteurs français ont réussi à faire passer leur message. "A 1,40/1,50 e en 2005 avec 2 T de filasse par hectare, on arrive à dégager une recette. En 2006 avec un rendement de 1,5 T, ça ne passe plus. Et si on ne peut plus rémunérer nos liniculteurs, ils vont se tourner vers des productions plus faciles. Vous perdrez alors votre source d’approvisionnement en lin de haute qualité", a tenté d’expliquer la délégation française à ses interlocuteurs chinois. "Nous sommes assis sur une matière première unique au monde et dont ils ont besoin. Il faut savoir la vendre sans la brader pour assurer la pérennité de notre production et de ses débouchés", résume Henri Pomikal. En attendant, les filatures chinoises tournent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le travailleur chinois quant à lui travaille 8 h par jour, 7 jours sur 7, 350 jours par an. Nourri logé, il gagne 100 $ par mois (10 $ de charges sociales salariales facultatives et 20 $ de charges patronales). Certainement pas un salaire "Royal" mais une conception certaine de la "bravitude". "La richesse de la Chine, c’est sa culture du commerce", conclut Henri Pomikal. Th. Guillemot La coopérative de Villons-les Buissons organise sa réunion technique le 2 février, à 15 h à la salle du Crédit Agricole de Caen.Quatre coopératives, un privé et un courtier Linenpartners est un regroupement de quatre coopératives (La Linière/59, Lin 2000/60, Vert-Galant/76 et Coop de Villons-les-Buissons/14), d’une entreprise privée (Vanwynsberghe/27) et d’un courtier (Devoldere/59). L’ensemble pèse 12 000 ha, soit environ 15 % de la sole linière française. L’objectif est de fédérer les cinq outils autour d’une force commerciale commune par laquelle transite aujourd’hui 30 % de la production (70 % à terme). L’enjeu est donc avant tout commercial mais il s’agit également de mutualiser pour lisser les qualités, en fonction des années, des différents bassins de production et offrir ainsi à l’export un produit constant.
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