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Scénar 2020
La Commission européenne sort ses jumelles

Dans une étude prospective de grande ampleur, la Commission européenne examine les tendances lourdes qui traversent le monde rural… Elle en profite pour cadrer les scénarios de réforme de la PAC.

Quel milieu rural en 2020 à travers l’Europe ? C’est la question ambitieuse à laquelle tentent de répondre les “Scénar 2020”, organisés autour de trois scénarios. Ce rapport(1) est tout d’abord l’occasion d’identifier les moteurs des changements, treize variables classées en deux groupes.
Pour certaines évolutions, la voie semble tracée, d’autant que 2020 est une échéance relativement proche et les processus engagés semblent devoir continuer sur leur lancée : c’est le cas du comportement des consommateurs européens en matière d'alimentation, mais aussi de la démographie, de la croissance économique générale, des marchés mondiaux agricoles, des évolutions du mode de vie en zone rurale, des questions sanitaires, technologiques et environnementales. Sur ces points, la vision se limite à un état des lieux et à un unique scénario tendanciel.
D’autres variables sont sujettes à des décisions politiques importantes, qui interviendront dans les années à venir : évolution de la PAC, des accords à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), politique environnementale notamment. Pour ces éléments “endogènes” -qui offrent prise aux décideurs européens- l’étude envisage plusieurs futurs possibles.

Trois scénarios
Les différentes options envisagées pour ces variables plus “politiques” ont l’intérêt de baliser les limites de ce qui pourrait advenir de la PAC ou d’un accord à l’OMC.
En particulier le scénario “réforme” (dit “de référence”) peut être analysé comme un “compromis” probable, qui permet d’identifier sur quels sujets Bruxelles considère que du chemin reste à faire et jusqu’où : la PAC laitière y serait marquée par un desserrement des quotas jusqu’à les rendre inopérants, avec une compensation financière partielle à la baisse de prix qui s’en suivrait. L’intervention publique sur les marchés serait maintenue, mais à des niveaux abaissés, notamment si des stocks s’accumulent. Les aides directes seraient découplées totalement ; elles seraient soumises à un taux de modulation de 25 % et à la discipline financière (taux non précisé). Côté OMC, un accord serait finalement signé, reprenant les propositions de l’Union européenne à la Conférence de Hong Kong (déc. 2005).
A côté de ce scénario, un second, intitulé “régionalisation” pourrait être fondé sur une politique beaucoup plus proche de l’actuelle, et sans accord à l’OMC.
Enfin un troisième scénario, intitulé “libéral”, sert de repoussoir : il est basé sur la fin de toute politique de soutien des marchés, de toute protection douanière (OMC) et même sur la fin des aides directes ! Un scénario extrême, qui a tout de même été simulé pour “contraster” l’image…

Le secteur animal malmené

Avec en contrepoint la vision “libérale”, les deux premier scénarios apparaissent bien similaires ! C’est peut-être l’un des messages de l’étude : la position européenne à l’OMC et les projets de réforme de la PAC déjà “dans les tuyaux” préservent l’essentiel, d’après les auteurs.
La comparaison des secteurs végétaux et animaux est également intéressante. Les grandes cultures apparaissent désormais remarquablement insensibles aux trois scénarios en termes de prix. Le seul point vraiment crucial pour ce secteur est le maintien ou non des aides directes, remises en cause dans le scénario “libéral”. Les prix des productions animales au contraire, sont déjà affectés de -5 à -10 % par le scénario de réforme (“scénario de référence”) par rapport au scénario “régionalisation”, proche de la PAC actuelle.
Dans le scénario “libéral” les prix des produits animaux chutent de façon spectaculaire (-20 à -25 %), principalement du fait des concessions faites à l’OMC ; les volumes de denrées animales sont également en recul, sauf
-exception notable- le fromage qui accroît ses tonnages.
Globalement la sensibilité des systèmes végétaux au maintien des aides directes, et la vulnérabilité des produits animaux en cas de libéralisation des politiques (agricole, douanière) sont des conclusions fortes de ce travail(2).
Une autre dimension de cette étude est de proposer une vision géographique fine des processus décrits. La Basse-Normandie apparaît très sensible aux décisions politiques agricoles, avec un grand écart selon le scénario retenu. Le plus modéré (“régionalisation”) est sensiblement plus favorable que le scénario de référence, où les évolutions de la PAC et l’accord OMC pénalisent déjà les productions bovines de façon significative. Le scénario “libéral” touche très fortement les zones françaises d’élevage bovin (par les effets sur les prix) et de grandes cultures (par la fin des aides directes). La Normandie (Haute et Basse) figure parmi les régions les plus pénalisées.
Sous une forme un peu académique, ce document traite de l’actualité qui est devant nous : discussions sur le “bilan de santé” en fin d’année ; négociation sur la PAC de l’après 2013 d’ici un an et demi ; reprise des négociations à l’OMC : après le temps des analyses, celui des grandes décisions arrive. Et elles pèseront lourd pour notre région.
Jean HIRSCHLER
Chargé d’études économiques
Chambre d’agriculture 61

(1) : “Scenar 2020”, DG agriculture, janvier 2007, 232 pages, disponible sur :      http://ec.europa.eu/agriculture/    publi/reports/scenar2020/index_    en.htm
(2) : cette idée est ressortie récemment d’un autre exercice prospectif, “Agriculture 2013”, conduit par l’INRA en 2007.
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