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A la coopérative de Creully (14) : bio et export font bon ménage

A la coopérative de Creully (14), le bio n’est pas une révolution mais une évolution répondant à la demande de certains adhérents et d’une frange de consommateurs destiné à cohabiter en bonne intelligence avec le marché céréalier mondial. « L’agriculture française est structurée pour l’export », a rappelé Pascal Desvages, son président.

Carton quasiment plein comme à l’accoutumée pour la coopérative de Creully qui tenait, le 26 novembre dernier à Caen, son assemblée générale.
Dans son rapport d’orientation et après l’analyse chiffrée du dernier exercice, son président Pascal Desvages a haussé le ton d’un cran quand il s’est agit des Egalim ou bien encore de politique environnementale française.  Oui à l’AB mais oui aussi à l’export.

Quelle vitesse de croisière ?
2016, 2017, 2018... Sur 3 années consécutives, le grenier à blé coopératif a connu le meilleur comme le pire. « Deux très mauvaises moissons en 2016 et 2018 entrecoupées de 2017, meilleure seconde moisson de l’histoire de la coopérative en quantité et en qualité», a commenté Pascal Desvages et de s’interroger sur la vraie vitesse de croisière du navire ?
« 300 000 t? 250 000 t? La prudence guide nos choix. » Une prudence payante puisque le résultat est en hausse de 3 % « conforme à nos prévisions de maîtrise des charges et de versements de compléments de prix. Indépendants nous le sommes et entendons bien le rester». Pas facile cependant de se projeter. « Nous sommes absents des marchés sur les débuts de campagne. On ne peut pas être présent qu’à mi-temps. Il est grand temps que la France reprenne sa place sur le marché international pour jouer son rôle», plaident les dirigeants de la coopérative. 
Un vœu partagé ? « Certaines positions politiques ont des effets dévastateurs sur le commerce»,  déplore Pascal Desvages et de qualifier les Egalim « d’enfumage. On assiste à une tentative de dynamitage du système coopératif français, à une tentative de déstabilisation de nos métiers », et de dénoncer en guise d’illustration la séparation en matière de phyto du conseil et de la vente.
« Une ineptie » assume Stéphane Carel, son directeur.  Creully n’est pas contre une agriculture plus économe en intrants « mais il faut laisser le temps au temps. Nous travaillons avec le vivant. Il existe plusieurs modèles d’agriculture qui sont de plus en plus complémentaires, une agriculture d’exportation à côté d’une agriculture biologique ».  Un vivant qui a parfois la dent dure, y compris quand il s’agit de bio : - 40 % de rendement en 2018. Attention aux sirènes, surtout à terre.

llll Humeur
« Un état omniprésent, centralisateur, qui ne négocie rien. Voilà comment résumer l’attitude des pouvoirs publics aujourd’hui. Le législateur travaille à une refonte complète du modèle agricole, à marche forcée, sans aucune concertation.
Depuis un an maintenant, toutes les propositions d’amendement des textes de loi issus des « egalim », par la profession agricole ont été rejetées. Pas un mot n’a été retenu. Seuls autorisés à la manœuvre, nous retrouvons les associations environnementales et les ministères. Bien sûr, les coopératives et le monde agricole s’adapteront. Mais à quel prix. A l’heure où l’ensemble des filières cherchent à améliorer, voire maintenir les marges des producteurs, tout cela va dans le mauvais sens. Pour nos élites parisiennes, les coopératives agricoles sont responsables des maux du monde agricole. « L’agriculture productiviste et son corollaire de pollution ».
Pourtant, n’oublions pas les bienfaits de cette agriculture-là. Depuis l’après-guerre, le coût de l’alimentation pour les ménages a été divisé par quatre. La sécurité alimentaire est quasi sans faille. La variété et la diversité des produits ont permis de supprimer les carences alimentaires. Il en résulte une espérance de vie qui n’a cessé de progresser. Bien sûr, certains consommateurs se tournent vers une alimentation bio. Il est important qu’un nombre suffisant de producteurs se dirigent vers ce mode de production afin de fournir les quantités suffisantes pour alimenter ce marché. Nous assistons dans ce cas à une évolution structurée, économique et non liée à des incantations politiques et sociétales. Rappelons à nos élus que toutes les évolutions seront possibles dès lors qu’il sera question d’économie et de marché. A bon entendeur...»
Pascal Desvages
Président de la coopérative de Creully

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