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Veaux de boucherie
La dernière bande d’Edith et Dominique

Dans quelques semaines, leur bâtiment sera définitivement vide. L’activité veaux de boucherie, démarrée en 1999 et dans laquelle ils ont cru et investi,n’aura pas survécu à une crise structurelle. Forcés et contraints, Dominique et Edith raccrochent.

Dans 5 semaines, ça en sera fini. Amers, Edith et Dominique Bossard jetteront l’éponge de leur atelier de veaux de boucherie démarré en 1999.
Dans 5 semaines, ça en sera fini. Amers, Edith et Dominique Bossard jetteront l’éponge de leur atelier de veaux de boucherie démarré en 1999.
© TG
Le veau de boucherie, c’est le seul hors-sol qui nous plaisait". Assis à leur table de cuisine, Edith et Dominique Bossard, producteurs de lait et de veaux au Tourneur dans le Bocage, parlent déjà au passé de leur outil. Un outil de diversification, démarré en 1999, mis en place pour pallier au licenciement d’Edith de son poste de secrétaire de direction. Des investissements à rembourser jusqu’en 2012 Ils y ont cru en investissant dans un bâtiment de 200 places aux normes bien-être animal dès le départ. Des installations qu’ils devront rembourser jusqu’en 2012. Tout allait pour le mieux, "on travaillait beaucoup mais on dégageait du revenu", lâchent-ils visiblement dépités. Mais la machine s’est enrayée fin 2006 pour définitivement se gripper début 2007. De 10 bandes (une bande = 200 veaux pendant 4 mois), ils sont tombés à 2, puis à une et aujourd’hui, c’est la dernière. Dans 5 semaines, haro sur le veau. Edith et Dominique Bossard n’en veulent cependant pas à leur intégrateur qui a fait le maximum pour minimiser les dommages collatéraux. "Aujourd’hui, ils perdent 150 e/veau. On comprend bien que cela ne puisse pas durer". Une crise multifactorielle Mais d’où vient cette crise ? Elle est multifactorielle, analyse notre couple d’éleveurs. "Le prix de la poudre de lait a flambé à cause de la demande Chinoise. Le lactosérum qui ne valait rien auparavant est désormais bien valorisé. Les coûts énergétiques affichent une hausse continue. Les veaux de 8 jours sont rares et chers. La consommation de viande de veau stagne malgré la publicité collective (...)<:i>". Tous les feux, qui étaient à l’orange, sont passés au rouge sans grand espoir que l’un d’eux ne repasse au vert. Pas d’Etat providence Les pouvoirs publics ont-ils bien mesuré la gravité de la situation en débloquant une enveloppe FAC (Fonds d’Allégement des Charges) de 200 000 e pour toute la France ? En d’autres circonstances, Edith et Dominique s’en seraient sans doute amusés, mais aujourd’hui ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi la Manche est éligible à ce fonds mais pas l’Orne ni le Calvados. En fait, cette bizarrerie ne change guère la donne. Avec 8 000 e, la Manche ne décroche pas la timbale. Fabrice Heudier (président de la section bovine de la FDSEA 50) parle même de "véritable provocation". Ils étaient d’ailleurs lundi soir devant la préfecture à St-Lô pour manifester leur mécontentement . Quid de l’avenir ? Dominique et Edith Bossard s’interrogent aujourd’hui sur leur avenir. Ils reconnaissent n’avoir à ce jour pas perdu d’argent, "c’est l’intégrateur la première victime". Ils vont cependant devoir honorer les mêmes échéances avec un chiffre d’affaires amputé de 40 %. Leur conseiller de gestion les a alertés du danger et ils se sont mis en quête de solutions alternatives. Ils ont tapé à différentes portes mais le sort d’une poignée d’éleveurs de veaux de boucherie ne semble guère émouvoir les autorités compétentes. "Pas de budget. Pas en difficultés. Pas un cas prioritaire...", ont-il pu entendre ici ou là. C’est pourquoi ils ont décidé de parler, d’évoquer leur situation. Tout n’est pas négatif. Ils ont reçu une écoute attentive d’Alain Declomesnil, conseiller général et agriculteur. Du côté de la FDSEA, et même s’ils ne sont pas cartés, Pascal Lebrun suit de près ce dossier. Et enfin, la solution, ils l’ont trouvée. Il leur suffirait "d’une rallonge de quota laitier de 120 000 litres", estiment-ils, calculette en mains. Une mécanique que le transfert de quota sans terre pourrait autoriser. En attendant cette éventualité, il faudra trouver les ressources financières et surtout morales pour franchir ce cap difficile. Th. GuillemotDeux grands types de production • Deux grands types de production de viande de veau coexistent à l’heure actuelle dans l’UE. Dans la plupart des Etats membres et principalement en France, en Italie, en Belgique et en Allemagne, les animaux sont alimentés essentiellement à base de lait et de produits laitiers et abattus avant 8 mois. Dans une minorité de pays (Espagne et Danemark notamment), les bêtes sont nourries quasi-exclusivement de céréales et ne sont envoyées à l’abattoir qu’après 10 mois. Aux Pays-Bas cohabitent les deux filières du "veau blanc" élevé au lait (85 % de la production) et du "veau rosé" engraissé aux céréales et abattu plus tard. Le premier est généralement associé à une meilleure qualité gustative et son coût de production est plus cher de 2 à 3 euros par kg, mais tous deux sont vendus sous la même dénomination valorisante de "veau". La production européenne de veau s’élevait en 2005 à 800 000 tonnes (équivalent carcasse), dont 85 % produites dans cinq Etats membres. La France (30 % de la production) est de loin le premier producteur devant les Pays-Bas, l’Italie, la Belgique et l’Allemagne. La France et l’Italie représentent à eux seuls près de 70 % de la consommation européenne de veau.
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