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Chambre d'Agriculture de l'Orne
La dernière séance

Il y a quelques jours, Bruno Charuel s’est assis pour l’ultime fois dans le fauteuil de directeur de la Chambre d’Agriculture de l’Orne pour une dernière session. Sa dernière séance.

Une des dernières missions de Bruno Charuel, il a assuré la transition entre deux générations de présidents de Chambre d’Agriculture, Régis Chevallier et Jean-Louis Belloche
Une des dernières missions de Bruno Charuel, il a assuré la transition entre deux générations de présidents de Chambre d’Agriculture, Régis Chevallier et Jean-Louis Belloche
© TG

Il a démarré sa carrière comme conseiller agricole dans le Haut-Nivernais en 1974. Il y croise en chemin François Mitterand. Député de la Nièvre à cette époque, le futur Président de la République s’intéresse de prêt à l’aménagement rural. Un dossier qu’a justement en charge Bruno Charuel, jeune diplômé de l’ITPA (Institut Technique de Pratiques Agricoles) devenu depuis ESITPA (Ecole Supérieure d’Ingénieurs et de Techniciens pour l’Agriculture).
Il est marqué du sceau d’un autre homme politique, Alain Lambert, ex-Ministre du Budget et actuel Président du Conseil général de l’Orne.  Bruno Charuel a d’ailleurs tenté de le rejoindre au Département. Pas encarté mais avec le soutien de la majorité. Les urnes en ont décidé autrement.
Entre les deux, il a fait sa campagne africaine. Trois années en temps  que chef de mission des Maisons Familiales au Sénégal. Une autre aventure de développement, avec femme, enfants et 150 techniciens sous ses ordres.

Une attirance pour le lait
A son retour d’Afrique en 1982, Danone ou bien encore le Crédit Agricole lui ouvrent leurs portes. Homme de terrain, c’est l’EDE (Etablissement Départemental de l’Elevage) qu’il choisit. Un Picard natif de St-Quentin (Aisne) pose définitivement ses valises dans l’Orne. “J’ai toujours eu une attirance pour le lait, se souvient-il. Les mentalités y sont plus ouvertes”. Une motivation supplémentaire quand on a le développement chevillé au corps. A sa fonction de direction de l’EDE, il ajoute celle du Contrôle Laitier. Croisement des compétences et économies d’échelle. “Une période de mutation avec les déclarations de naissance. On est passé des cartes perforées au minitel puis à la microinformatique.” Parallèlement à ces évolutions technologiques, c’est surtout le management des hommes qu’il faut orchestrer. Au Contrôle Laitier, le peseur doit se muer en conseiller, presque ad hoc. 
Le 1er janvier 2000, Bruno Charuel remplace officiellement Pierre Vielle à la direction de la Chambre d’Agriculture. Un vent de folie vient de s’abattre sur la France. L’agriculture ornaise a un pied à terre. “Un moment très difficile et très lourd”, concède-t-il.  Son maître-mot : reconstruire ! Il va manœuvrer pour que les entreprises d’insertion soient habilitées à porter un coup de main au déblayage des parcelles. Il se souvient “d’une ambiance extraordinaire dans les exploitations”. Après le coup de massue, un incroyable élan de solidarité qui fait renaître l’espoir jusque dans les coins les plus reculés de la campagne. Pour mener à bien ce chantier, Bruno Charuel a activé son réseau. Les oreilles ont été attentives au Conseil général, à la Préfecture... La situation l’exigait. 

Une société scélorosée
Il en sourit aujourd’hui mais n’avait guère apprécié à l’époque les excès de zèle de l’inspection du travail. Deux procès verbaux avaient été dressés pour défaut d’affichage des règles du travail. Classés sans suite in fine. “On est dans une société sclérosée, régie par le principe de précaution, timorée par le risque juridique (...), souffle-t-il. La faute au législateur. Je ne supporte pas que la norme et la règle l’emportent sur l’humain. C’est ce qui explique mon engagement politique. ” Pas étonnant donc qu’il avoue s’être parfois affranchi dans l’exercice de ses fonctions, “avec des risques”, de certaines contraintes administratives.
A l’heure de la pause, que pense Bruno Charuel du développement agricole qu’il a accompagné tout au long de sa carrière ? “Les agricultrices et les agriculteurs sont des challengers. On leur a demandé de produire plus et moins cher, ils l’ont fait. On leur a demandé de maîtriser les volumes de production, ils l’ont fait. On leur demande aujourd’hui de répondre aux attentes sociétales, ils le font”.
La Chambre d’Agriculture les a toujours accompagnés pour relever ces défis. Et demain ? “Elle devra nécessairement développer une approche plus commerciale. Il faudra trouver les bons équilibres entre le consulaire, la mission de service public et la mission de service client”. La feuille de route d’un autre challenger, Arnauld Besnard-Bernadac. Il occupera le fauteuil de Bruno Charuel le 2 mai prochain.

Merci Bruno
“Après presque 30 ans passées au service des agriculteurs et de l’agriculture de l’Orne, Bruno Charuel prend sa retraite. Pendant toutes ces années, il a œuvré à la promotion de notre métier par un engagement total et une implication sans faille. Ses compétences professionnelles lui ont permis d’anticiper et d’adapter les services de notre institution tout en maîtrisant et gérant au mieux les budgets. Sa présence à mes côtés m’a permis d’accomplir sereinement ma responsabilité de président me permettant ainsi de proposer et d’agir avec pragmatisme et efficacité. Je ne doute pas que sa volonté de servir et d’être utile lui feront vivre une retraite active. je lui souhaite par conséquent d’en profiter pleinement et le remercie très sincèrement pour l’ensemble du travail réalisé au service de la profession toute entière.”
Régis Chevallier
Ancien président et dela Chambre d’Agriculture de l’Orne

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