Gestion des exploitations
"La facture électronique est le changement majeur des dix prochaines années."
L'association Réagir AgriAide 14 alerte sur les difficultés qui pourraient découler de la mise en place obligatoire de la facture électronique pour toutes les fermes assujetties à la TVA. Cette nouveauté peut s'avérer plus lourde qu'on ne l'imagine.
â "L'année écoulée a une nouvelle fois mis le monde agricole à l'épreuve, avec des zones de fortes turbulences. [...] Nous faisons face à une détresse plus silencieuse, liée à l'évolution de notre société", constate d'entrée de jeu, Christine Dumont, présidente de l'association Réagir AgriAide 14, lors de l'assemblée générale, mardi 23 juin à Hérouville-Saint-Clair. La structure vient en aide aux agriculteurs en difficulté. Avec des exploitants agricoles qui doivent s'adapter en permanence à un environnement mouvant, "notre mission n'a jamais été aussi essentielle face à la dématérialisation des procédures de gestion".
La barrière du digital
En 2025, l'association a accompagné soixante exploitations, parmi lesquelles "29 nouveaux dossiers et 31 dossiers en suivi, rapporte Yoann Corigliano, salarié de Réagir. Par rapport à 2017, c'est "deux fois plus". Cela représente 169 rendez-vous en 2025. L'association intervient majoritairement auprès d'exploitations laitières et de fermes allaitantes sur la partie ouest du département.
L'origine des difficultés est souvent multiple, mais les questions de gestion (tensions de trésorerie, endettement structurel, lourdeurs administratives, etc.) sont "le principal point de rupture", indique Yoann Corigliano. S'ensuivent les problèmes techniques, les difficultés de santé ou de mal-être. Si les réponses apportées par l'association et l'écosystème agricole sont "non exclusives. Elles peuvent se cumuler entre elles sur le volet financier, accompagnement et social", note-t-il.
"Se retrouver seul face à un écran, cela décourage"
"Les démarches se font pour la plupart en ligne. Pourtant sur le terrain, la réalité est toute autre. Se retrouver seul face à un écran, cela décourage", admet Christine Dumont. Réagir AgriAide apporte alors "une présence physique et de l'écoute, remarque Anne Pelletier, salariée. La force qui réside dans notre approche, c'est d'écouter sans juger. [...] De réintroduire de l'humain, là où les procédures ont créé de la distance."
La facture électronique constitue à elle seule une vraie appréhension pour le milieu. "Côté gestion, c'est le changement majeur des dix prochaines années", d'après le Crédit Agricole Normandie. Dès le 1er septembre 2026, toutes les exploitations agricoles assujetties à TVA devront être en capacité de recevoir des factures dans le cadre de leurs activités commerciales, et d'en émettre dès le 1er septembre 2027, via un équipement de plateforme informatique agréée, sous peine d'amende forfaitaire. À ce titre, le Crédit Agricole a présenté sa solution développée en interne, Kolecto, et le CerFrance a fait de même avec Effinum.
"Ils n'ont ni ordinateur ni adresse mail"
Ces solutions privées sont payantes ou intégrées selon que l'on soit client ou non. "L'idéal aurait été d'avoir une plateforme unique et publique", déplore Xavier Hay, président de la FDSEA du Calvados. Pour Anne Pelletier, environ 25 à 30 % des agriculteurs accompagnés ne possèdent pas "d'ordinateur, ni de téléphone, ni même d'adresse mail".
Une thématique qui illustre toute l'ambiguïté qui existe aujourd'hui entre l'accompagnement "plus classique" de telles associations et l'enjeu plus global "qui imcombe à l'État de lutter contre la défaillance numérique", martèle Christine Dumont. Si la loi d'orientation agricole évoque la formation, l'innovation et la transition des exploitations agricoles françaises comme des axes majeurs, le réseau France Services Agriculture n'est pas destiné à répondre au besoin d'inclusion numérique. Il sera davantage porté sur l'accompagnement aux démarches installation/transmission, en lien avec les Chambres d'agriculture.