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Elevage
La Ferme normande refuse l’onde de soc

Trois représentants de la grande distribution et un de la transformation “viande bovine” ont participé, lundi à Caen, à la conférence sur l’élevage organisée par la FRSEA. Si le prix payé sortie ferme, toutes productions confondues, ne remonte pas, les charrues avec leur soc seront de sortie. L’excellence de l’élevage régional et ses conséquences, notamment en terme d’emploi, risque-t-elle de devenir un souvenir ?

© TG
La course aux prix bas est suicidaire. La seule solution pour que les éleveurs retrouvent du revenu passe par le prix”. Dans son propos introductif, Pascal Férey (président de la FRSEA de Basse-Normandie) a indiqué à la transformation et à la distribution la direction à prendre. Dans ses propos conclusifs, Daniel Génissel (en charge du dossier “viande bovine” à la FRSEA) en a fixé le calendrier et l’urgence. S’adressant aux représentants de Système U, Carrefour et Leclerc présents : “allez plus loin que de faire remonter l’information. Dans deux semaines, les choses doivent avoir bougé et faites-nous confiance pour aller chercher auprès de la transformation, les hausses que vous aurez fait passer”. Entre ces deux joutes oratoires, tous les représentants hauts et bas-normands, toutes productions animales confondues, ont tiré la sonnette d’alarme chiffres à l’appui. “Où vous fournirez-vous quand l’élevage normand aura disparu ?” a synthétisé Régis Chopin, président de la FDSEA de l’Eure.

Réponses urgentes attendues
Interpellée, la grande distribution a parfois caressé dans le sens du poil. “Vous êtes nos premiers consommateurs. Nos clients veulent de plus en plus de produits du crû. Chez nous, les volumes de promotion diminuent. Oui aux prix bas mais pas à n’importe quel prix...” a argumenté le représentant de Carrefour, 20 ans de  FQRN (Filière Qualité Race Normande) en bandoulière.
D’autres ont été plus bruts de décoffrage mais tout autant pédagogiques. “Vous êtes victimes de la bagarre des prix entre distributeurs. Le camembert Président à1,33 casse tous les marchés du camembert. On ne gagne pas d’argent et vous, vous en perdez”, explique-t-on du côté de Système U. Une enseigne dont le président s’est prononcé dernièrement favorable à une hausse du prix du lait. L’occasion pour Jean Turmel de rebondir. “Serge Papin parle bien, concurrence médiatique avec Michel Edouard Leclerc ?, s’est interrogé le responsable “lait” de la FRSEA. On aime bien son discours mais cela doit se traduire tout de suite. On ne vas pas attendre juillet ou août. Il nous faut quelque chose de plus que le marché pour compenser la hausse du prix des aliments”. “On a besoin d’une réponse début avril, a enchaîné Philippe Marie (FDSEA Calvados).
C’est la troisième table ronde à laquelle je participe, trois fois qu’on se passe la patate chaude mais on n’avance pas”.
Système U dit “oui” à condition qu’il s’agisse d’un accord national et que toute la grande distribution s’engage. Et du côté de Leclerc ? “Je ne suis que salarié et pas décisionnaire. Je ne suis pas la bonne personne à cette réunion”. De quoi énerver des esprits déjà bien remontés.  
Thierry Lefranc (président de la section Viande Porcine de la FDSEA de la Manche
“Cette conférence sur l'élevage n'a pas permis d'apporter les réponses que nous attendions. Les éleveurs, dans cette période économique difficile, doivent trouver des partenaires capables de les soutenir dans leurs démarches. Cependant, l'absence des industriels (transformateurs, abattoirs, ...) des différentes filières à cette réunion en dit long sur l'intérêt qu'ils portent à nos revendications de répercussion de la hausse des charges. Sans eux, les discussions n'ont pas pu avancer comme nous l'aurions souhaité, bien que nous ayons pu exposer clairement nos difficultés aux représentants de la grande distribution. Alors que les industriels n'hésitent pas à solliciter les producteurs lorsqu'ils ont besoin de capital, il faut bien noter qu'ils ne répondent pas présents lorsque ce sont les éleveurs qui ont besoin d'appui. Cette situation ne peut pas durer plus longtemps, car les éleveurs de la région ont besoin de réponses effectives et immédiates, sans quoi il n'y aura bientôt plus de produits agricoles à transformer ou à distribuer dans notre région.
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