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Culture
La féverole conforte sa place en 2008

Après les bons résultats des récoltes 2006 et 2007, la féverole confirme en 2008 son potentiel de rendement et son adaptation aux sols profonds de Basse-Normandie. Ces bons résultats, tant en terme de rendement que de valorisation économique sont liés à des conditions agroclimatiques favorables ainsi qu’à la bonne maîtrise de l’itinéraire cultural.

Face à la poursuite du développement des surfaces de féverole prévu en 2009, la coopérative de Creully souhaite, avec le concours d’Arvalis et de l’Unip, faire le point sur les perspectives de marché et sur l’optimisation technico-économique de la culture dans les assolements : c’est tout l’enjeu du colloque du 25 novembre prochain.

Produire pour un marché
Si cela est vrai aujourd’hui pour la plupart des productions, la production de féverole pour le marché export sur l’Egypte (alimentation humaine) conditionne réellement la conduite de culture et exige une protection efficace. L’accès à ce marché permet en contrepartie une meilleure valorisation de la graine que le marché de l’alimentation animale.
Les exigences des acheteurs s’appuient sur des critères de qualité visuelle, qui peuvent varier légèrement selon les contrats mais qui s’appuient toujours sur les normes répertoriées dans le tableau 1.
Si l’humidité du grain peut être “gérée” à la réception (ventilation ou séchage) il n’en est pas de même de la qualité visuelle des grains.
La récolte doit être pratiquement exempte d’impuretés (graines étrangères, cailloux, terre, …) et surtout ne doit pas comporter plus de 5 % de grains cassés ni plus de 5 % de grains bruchés ou piqués. C’est l’humidité à la récolte et le bon réglage de la moissonneuse batteuse qui conditionnent le taux de grains cassés.
Concernant les grains “bruchés”, il s’agit de protéger la culture contre les pontes de la bruche adulte, petit coléoptère noir qui colonise les cultures de féverole au cours de la floraison et qui pond sur les gousses en formation.
Arvalis-Unip met à la disposition des collecteurs un système d’alerte et de conseils de traitement contre ce ravageur (encadré).

Des prix attractifs mais très fluctuants
Là encore, dans ce domaine, toutes les productions sont soumises aujourd’hui à une forte volatilité des prix. La féverole n’échappe pas à ces variations liées à la demande, à l’offre sur le marché mondial ainsi qu’à la qualité des graines disponibles (tableau 2).
La lecture du tableau 2 montre que les prix de la féverole ont fortement grimpé en 2007, dans le sillage du prix du blé, en comparaison à la moyenne des années 2004 à 2006. On observe, quelle que soit l’année, un différentiel de prix d’au moins 30 €/t avec la féverole qui part sur le marché de l’alimentation animale (prix proche de celui du pois standard, c'est-à-dire utilisé en alimentation animale).
A noter une baisse générale des prix de marché des protéagineux depuis 2 mois, dans le sillage du blé et du tourteau de soja, à cause d’une part de récoltes abondantes au niveau mondial et d’autre part de la baisse des valeurs boursières, les matières premières agricoles étant de plus en plus soumises à la spéculation.

Quels rendements escompter ?
Les niveaux de rendement accessibles dépendent des conditions agro-climatiques et de la maîtrise de l’itinéraire cultural (qualité de l’implantation et protection phytosanitaire). Si les printemps 2007 et 2008, bien arrosés, ont été favorables à l’expression des rendements, les années précédentes, marquées par une sécheresse et de fortes températures de fin de printemps, l’ont été beaucoup moins (tableau 3).
Les niveaux de rendement que peuvent escompter les producteurs, vont dépendre aussi des types de sol et notamment de la satisfaction des besoins en eau.
Le tableau 4 présente les rendements accessibles dans le cas d’une année moyenne au plan climatique, avec une bonne maîtrise de l’itinéraire cultural.
Les données technico-économiques (prix, rendements, charges) et les contraintes agronomiques liées à la rotation sont autant d’éléments à prendre en compte pour apprécier la place de la féverole dans les assolements des exploitations. Ce sera l’un des thèmes majeurs du colloque du 25 novembre prochain.


Anticiper les attaques de bruches sur pois, fève et féverole avec Bruchi-LIS®
Depuis le 10 octobre, Arvalis - Institut du végétal met à disposition des responsables techniques un nouvel outil d’aide à la décision, Bruchi-LIS®, via internet. Il permet de prévoir les dates de traitement contre les bruches dans les cultures de pois, de fèves et de féverole. Un outil innovant qui apporte un conseil réactif aux producteurs et sécurise la qualité de la collecte.
Un nouvel outil accessible via internet
Destiné aux responsables techniques des organismes stockeurs, des Chambres d’agriculture ou d’usines de transformation, Bruchi-LIS® est accessible via : http://www.bruchilis.arvalisinstitutduvegetal.fr/ par abonnement auprès d’Arvalis.

Contact
Delphine Bouttet - Ingénieur régional - Arvalis-Unip Région Centre Station Expérimentale - 91720 Boigneville. Tél. : 01 64 99 22 33 - E-mail : d.bouttet@arvalisinstitutduvegetal.fr
Bernard Gaillard - Ingénieur régional - Arvalis-Unip Région Ouest
Station Expérimentale La Jaillière - 44370 La Chapelle Saint-Sauveur
Tél. : 02 40 98 64 58 - E-mail : b.gaillard@arvalisinstitutduvegetal.fr

Jean-Pierre Baucher, agriculteur à Bretteville-l’Orgueilleuse (14)

Un premier essai concluant qui sera renouvelé en 2009

Agriculteur à Bretteville-l’Orgueilleuse dans la plaine de Caen, Jean-Pierre Baucher n’avait encore jusqu’à l’an dernier jamais tenté la féverole. Mais échaudé par les faibles rendements en pois qu’il a finalement abandonné il y a deux ans et par la baisse du prix du maïs, il a ajouté au menu de son assolement 2007/2008 la féverole. “3 ha 80 pour voir et se faire la main”, confie-t-il, encouragé il est vrai par Alexandre Hemet (technicien à la coopérative de Creully-14).

Un rendement de 75 q/ha
Avec un rendement 2008 de 75 q/ha, Jean-Pierre Baucher se déclare satisfait de sa tentative. Il va d’ailleurs transformer l’essai en 2009 avec 6 ha 50 (sur 60 ha de labour). Dans la rangée des plus, notre agriculteur pointe par rapport à un maïs auquel il faut apporter 120 à 130 u d’N, les “très grosses économies d’engrais avec une culture qui, de plus, permet de refaire un blé de bonne heure avec un bon reliquat d’azote”. Un argument encore plus recevable en 2008/2009 avec l’envolée du prix des engrais.
Autre atout de la féverole, les interventions culturales s’intègrent parfaitement dans le planning de travail de Jean-Pierre Baucher. “Cela permet d’étaler les travaux au moment des semis avec une implantation début février, dès que les conditions météo le permettent”. Complémentarité aussi avec les céréales au moment de la récolte. “La féverole se bat après le blé. En année standard, vers la mi-août même avec des taux d’humidité de 17/17,5 pour éviter les grains  tachés”.

Acquérir un savoir-faire
C’est une culture qui ne paraît pas très exigeante, estime Jean-Pierre Baucher. Mais Alexandre Hemet précise que 2008 a été une année favorable à l’alimentation en eau, avec une pluviométrie régulière. “Ce ne sera pas le cas tous les ans : il est préférable de donner la priorité aux terres profondes. Dans les terres argilo-calcaires ou les limons peu profonds, il faut privilégier la culture d’hiver. En sols filtrants des travaux seront conduits avec Arvalis pour tester des variétés de printemps en semis de décembre – janvier”.
Autre préalable pour éviter l’échec : le suivi sanitaire. Le principal ennemi de la féverole, c’est la larve de bruche qui pique et tache le grain. Un vice rédhibitoire qui coûte très cher en fermant les portes de la valorisation sur le marché de l’alimentation humaine.
Un sujet qui sera largement débattu lors du colloque féverole organisé par la coopérative en collaboration avec Arvalis - Unip, le 25 novembre prochain à Caen. “Si la pression bruche est bien présente dans notre région, on sait la combattre”, rassure Alexandre Hemet. La lutte passe par une procédure d’alerte basée sur une modélisation des risques, car on ne peut pas traiter sur l’observation du parasite puisqu’il passe quasiment inaperçu. Avec la prise en compte des dates de semis et des variétés utilisées, on prévoit les dates de floraison et les fenêtres de “risque bruche” liées aux conditions climatiques. Pour chacune des fenêtres à risques, l’alerte (par SMS) est déclenchée 48, voire 24 heures avant le seuil optimum d’intervention. Grâce ainsi à la collaboration entre Arvalis – Unip et la coopérative, la féverole est placée sous étroite surveillance. Mais cette lutte, pour être efficiente, doit être collective. “Il faut que tout le monde traite en même temps”, insiste Alexandre Hemet. Encore un peu de travail de sensibilisation à faire à ce niveau auprès des agriculteurs et des techniciens.
Th. Guillemot

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