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Alimentation
La gestion des fibres longues dans la ration

Les éleveurs disposent de plusieurs méthodes et de différents matériels pour apporter des fibres en quantité plus ou moins importante à leurs animaux

Selon les cas, le fourrage sera directement valorisé en brins longs, ou  réduit en brins plus courts dès la récolte ou encore haché au moment de la distribution grâce aux possibilités de certains matériels.

Distribution de fibres longues
Dans le cas d’une ration simple, essentiellement constituée de foin ou d’enrubannage, la distribution dans des râteliers en libre service est fréquemment utilisée. Cette méthode simple et peu onéreuse, a notamment l’inconvénient d’entraîner une concurrence entre les animaux, ce qui peut générer une consommation irrégulière et du gaspillage.
L’utilisation d’une dérouleuse de balles permet de distribuer les fibres longues à l’auge de manière équitable entre les individus composant le cheptel.
De conception simple, les dérouleuses sont entraînées par hydraulique : le tapis à chaînes et à barrettes agressives fait tourner la balle sur elle-même (attention au sens de la balle) et la déroule latéralement (gauche, droite) ou vers l’arrière (plateau tournant). Les dérouleuses peuvent être équipées d’un bras de chargement hydraulique ; cet équipement est particulièrement recommandé pour distribuer avec un seul tracteur. Parmi les options, on trouve également le réglage de hauteur de distribution, des démêleurs et un ou deux rotors de paillage (projection de la paille sur une courte distance, nécessité de rouler sur l’aire paillée).
La plupart des désileuses/pailleuses sont aujourd’hui commercialisées avec un démêleur agressif, à entraînement mécanique. Elles peuvent distribuer la paille, le foin et même l’enrubannage pour les plus performantes.
La présence sur l’exploitation d’une désileuse/pailleuse ou
d’une dérouleuse et d’un autre matériel de distribution simple (désileuse, godet désileur, distributrice) permet donc d’apporter des fibres longues en complément d’une ration semi complète.
Fibre longue et ration complète
Pour passer à la ration complète avec un conditionnement du fourrage en fibre longue, il faut souvent s’orienter vers des mélangeuses qui offrent une bonne capacité de coupe.
Certaines machines sont capables de traiter des balles entières, alors que d’autres nécessitent d’incorporer la fibre par petite quantité. La possibilité d’incorporer des balles entières est un argument fort auprès des éleveurs, en terme d’organisation du travail et d’efficacité de la machine. Toutefois, sur le plan alimentaire,  l’utilisation d’une balle entière est elle nécessaire ? Ne va-t-on pas déconcentrer la ration ? Coté temps de travail et coûts de mécanisation, il peut être judicieux de hacher la quantité de fibre nécessaire pour la semaine et ainsi gagner du temps les autres jours (main d’œuvre, traction) !

Les recycleuses
Ces machines dérivées des désileuses pailleuses assurent un recyclage en projetant les produits dans la caisse via la goulotte de paillage orientable. Le mélange s’effectue en quelques minutes, une fois que l’ensemble des aliments sont chargés.
Les recycleuses équipées de démêleurs classiques sont capables de traiter uniquement les balles de paille et sans pratiquement en modifier la longueur initiale. Pour bénéficier d’une capacité de recoupe et traiter des fibres plus difficiles (foin, enrubannage), la recycleuse doit être équipée de démêleurs “fibre longue”.
Les mélangeuses à pales
La majorité des mélangeuses  à pales n’a pas la capacité à ingérer des balles  entières de foin, d’enrubannage ou de paille : 2 modèles (Keenan “Balle entière” et Lucas “Qualimix”) sont conçues pour défaire et hacher progressivement les balles. Le plus souvent, il faut donc amener le fourrage par “pincées” avec le chargeur, ce qui n’exclu pas quelques risques d’enroule-ment du produit sur le rotor et les portes pales, lors du mélange. Les dernières évolutions permettent de mieux assimiler les brins longs (orientation des pales, disposition et nombre de couteaux ...), mais le temps de trituration nécessaire à un bon mélange des fibres est assez long et variable d’une machine à l’autre. Ces mélangeuses ont l’avantage de mélanger en douceur sans trop défibrer les produits fragiles. Il ne faut pas trop les charger.

Les mélangeuses à 1 ou 2 vis verticales
Ces mélangeuses sont les plus répandues sur le territoire français. Elles remplacent des matériels de distribution classiques, mais aussi des machines à 3 ou 4 vis horizontales. Leur concept est simple (1 à 2 vis verticales équipées de couteaux “sabre”), ce qui rassure les éleveurs en terme de fiabilité et d’entretien. Moyennant quelques précautions (déformation bol, contrainte sur l’axe de la vis …), elles acceptent des balles entières qu’elles traitent en 5/10 mn : tracteur accéléré, vis avec des couteaux bien tranchants, en vitesse maxi et un ou plusieurs contre couteaux en position (les contre couteaux positionnés sur les parois du bol et dont les degrés d’introduction sont variables, permettent de couper avec plus ou moins d’intensité). Quand le fourrage est suffisamment haché les
autres aliments peuvent être incorporés. Le plus souvent, les contre couteaux sont escamotés et la vis tourne plus lentement pour éviter le défibrage. Le mélange est “bouillonnant”, sans compression.
Les mélangeuses à vis verticales sont bien adaptées aux rations fibreuses, tout en étant peu agressives avec l’ensilage de maïs.
Les mélangeuses à vis horizontales
Ces mélangeuses sont moins fréquentes sur le marché français et paradoxalement bien plus représentées en Europe.
Les premières générations de mélangeuses à vis horizontales disposaient de 3 ou 4 vis. La tendance, depuis quelques années, va plutôt vers une réduction du nombre de vis (1 ou 2 avec pas variable et inversé). Selon leur destination, les constructeurs proposent des vis spécifiques, avec un nombre de couteaux plus ou moins élevé. Les machines “spécial fibres” sont très agressives (couteaux, contre couteau) et bénéficient d’un dispositif anti-enroulement et anti-bourrage : elles viennent à bout d’une balle entière en quelques minutes.
En contrepartie, la vigilance s’impose sur le temps de mélange, dès que l’on ajoute des aliments fragiles.
Mélangeuses automotrices
Bien qu’elles utilisent les différents concepts de mélange, les désileuses automotrices disposent toutes, d’une fraise de chargement. Cet équipement permet un pré hachage des brins longs avant recoupe complémentaire par le dispositif de mélange. La marque Lely (mélangeuse à pales) monte un hacheur réglable à l’extrémité du tapis de chargement pour calibrer les brins avant leur incorporation dans la cuve de mélange.

Couper la fibre à la récolte
Les éleveurs qui ne disposent pas de mélangeuse contournent le problème des brins longs en prévoyant le hachage dès la récolte.
Les presses à balles rondes peuvent être équipées d’un système de coupe (Rotocut, Opticut…). Ils sont surtout utilisés pour la paille et l’enrubannage. Cette option est assez chère et la coupe reste assez longue (10-15 cm) ce qui peut entraîner quelques refus.
Ce dispositif de coupe est également monté sur les presses à balles cubiques. Les couteaux sont plus nombreux ce qui permet de couper plus court. Les éleveurs disposent ainsi de paille ou de luzerne en brins de 5 à 10 cm, faciles à incorporer dans des équipements de distribution classiques (remorque distributrice, désileuse, godet …).
Les entrepreneurs de travaux agricoles qui possèdent des remorques autochargeuses/ensi-leuses, mettent en avant cette technique de récolte qui concurrence à la fois l’ensilage d’herbe et l’enrubannage. Ils observent une demande croissante pour la récolte de la paille à destination de l’alimentation ou du paillage des logettes. Il n’y a quasiment pas de surcoût puisque l’on supprime le pressage.
Des éleveurs font également ensiler de la paille pour disposer de fibre facile à incorporer. La technique est plus risquée (incendie) et nécessite de récolter sans vent.
Dans ces 2 derniers cas, la paille est stockée et tassée en silo dans une travée d’un bâtiment.
En résumé, le meilleur moyen pour ne pas être confronté aux brins longs, c’est de ne pas en avoir !

Utiliser un hache-paille avant la distribution
Le hache-paille permet de couper la paille conditionnée en balles, au fur et à mesure des besoins. Il doit être utilisé à plusieurs (Cuma) pour obtenir un prix de revient intéressant. Ce matériel nécessite de travailler avec des bottes pressées en bonnes conditions (absence de pierres).


Christian SAVARY -

Chambre d’Agriculture de la Manche

Loïc Deveyer -

Chambre d’Agriculture de L’Orne

Expérience
Charger la fibre en premier et faire un premier recyclage pour la défaire et la recouper. Ensuite, mettre l’ensilage et les concentrés et effectuer un second recyclage. Le recyclage doit être assez bref pour éviter le défibrage des éléments fragiles (maïs) et le triage (mélange sensible à la différence de densité entre les produits).

 

Expérience
Avec une remorque distributrice, il est possible d’incorporer 1 kg/VL de paille hachée. La paille est mise de façon homogène sur le fond mouvant, ou après le chargement de 3 ou 4 godets d’ensilage. Le chargement par strates des différents aliments (maïs, paille hachée, ensilage d’herbe, concentrés) associé à une distribution en 2 ou 3 passages, permet d’obtenir un mélange relativement grossier mais suffisamment homogène.

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