La Linière de Cagny poursuit sa logique d'investissements
Alors que le site de teillage de Granville-Langannerie tourne à plein régime, la Coopérative Linière de Cagny poursuit sa logique d'investissements : bâtiment d'attente pour les linières, humidificateur de poussière avec malaxeur pour le transport, quai de chargement, préséparateur de graines... Le prix de la résilience et un pari sur l'avenir.
1965 : avec 38 adhérents, le teillage de Cagny devient une coopérative. Soixante ans plus tard et après avoir posé ses lignes qui tournent en 3 X 8 depuis le 30 mars 2025 à Grainville-Langannerie, elle fédère plus de 300 adhérents (une soixantaine de plus que l'an dernier). Quant à la sole, elle va crescendo : 2 900 ha en 2024, 3 600 ha en 2025 et 4 000 ha en 2026 avec une nouveauté. "C'est la première année que nous produisons notre semence", s'est félicitée Lucie Viel, président de la Coopérative de Cagny qui a tenu le 2 avril dernier son assemblée générale. "L'écapsuleuse de la CUMA de la Fleur Bleue est arrivée". À côté du stripage-fauchage, l'objectif est clairement affiché : "assurer 100 % de l'approvisionnement en semences même en cas de pépin". Cerise sur le gâteau : élargir l'offre génétique variétal sur le lin d'hiver.
56 plateaux par semaine
En attendant, ça cadence pas mal à Cagny. Après des niveaux de report inégalés, le teillage est passé dans une autre dimension. La tendance s'inverse avec une récolte 2024 achevée. Un effet 3 X 8 sans nul doute mais également un excellent taux de fonctionnement atteignant par exemple 82 % en mars. Sur la récolte 2025, cela représente 2 500 balles par semaine soit 56 plateaux. Elle devrait s'achever en décembre prochain. Et à propos de plateaux, la coopérative a réinvesti dans 4 unités dont 2 à freinage double ligne pneumatique pouvant rouler à 40 km/h. Un parc de plateaux numérotés de 1 à 19 histoire de ne pas repartir avec celui du voisin.
Si la productivité de l'outil est conforme aux prévisions, Cagny reste dans une logique d'investissements (construction d'un bâtiment d'attente pour les linières, humidificateur de poussière avec malaxeur pour le transport, second tracteur, quai de chargement, préséparateur de graines...) pour atteindre une augmentation des hectares au maximum de la capacité. "Il faut que la coopérative ait les reins solides", s'est dit convaincu son directeur Arnaud Chapron.
Une solidité encore plus forte pour faire face aux aléas du marché : 9,08 €/kg en mars 2024 (fibre longue) pour redescendre à 3,33 €/kg en janvier 2025 puis remonter à 5,56 €/kg en janvier de cette année. "Le lin doit rester dans des prix raisonnables pour le consommateur. Les prix forts ont été pénalisants sur le court terme".
Pousser la porte de la commission
Avant que Frédéric Lefèvre et Cyrille Enée ne retracent le chemin du lin (7 camions-containers partent chaque semaine de Grainville-Langannerie), Lucie Viel a consacré un focus sur la commission de classement. Une matinée toutes les 3 semaines, 60 lots anonymisés sont passés au crible selon 5 critères (nature, couleur, résistance, finesse, homogénéité de rouissage). Chaque commission mobilise au moins 3 administrateurs plus le directeur et des invités (adhérents et salariés). Ce dispositif constitue "le cœur de la coopérative" selon l'expression de sa présidente. Un cœur qu'elle souhaite ouvrir au plus grand nombre sur simple demande auprès d'Arnaud Chapron. Les invitations ont été lancées.
Les travaux de cette assemblée générale ordinaire, précédée par une assemblée extraordinaire pour mettre en conformité les statuts, se sont achevés par un clin d'œil à Aline Michel qui fera valoir ses droits à la retraite en juin prochain. Embauchée en décembre 1988, "Aline est une figure incontournable. la mémoire vivante de la coopérative", a surligné Patrice Pagny. Il n'y a pas toujours eu de directeur et Aline a assumé un grand nombre de petits et gros chantiers parfois seule ou dans une grande solitude. Arnaud Chapron a évoqué "son engagement indéfectible. La coopérative, c'est ta seconde famille". Réponse d'Aline avec tout le bon sens du liniculteur ou plutôt de la linicultrice : "je n'ai peut-être pas toujours fait bien mais j'ai toujours fait de mon mieux !" Alors "bonne retraite" au nom de la rédaction.